Un salarié en grève du groupe pétrolier Total lors de la manifestation à Paris contre la réforme des retraites, le 7 mars 2023. Photo d'archives AFP / Emmanuel Dunand
La France a remis en chantier jeudi la très impopulaire réforme des retraites voulue par le président Emmanuel Macron et qui a reporté l'âge de départ de 62 à 64 ans.
Le gouvernement n'a cependant laissé que trois mois et une marge de manoeuvre étroite aux partenaires sociaux pour négocier.
Pour échapper à la censure, le Premier ministre François Bayrou avait consenti mi-janvier à rouvrir ce dossier, après la très forte contestation de la réforme de 2023, y compris dans la rue, mais à condition que cela aille vite et que syndicats et au patronat parviennent d'ici « fin mai » à un accord.
Après avoir initialement exigé des partenaires sociaux qu'ils ne retouchent le texte sans dégrader l'équilibre financier du système de retraites, il leur a même demandé, dans une lettre mercredi soir, de « rétablir l'équilibre financier » du système dès 2030.
Cette obligation de trouver des économies supplémentaires ne va pas faciliter la tâche aux partenaires sociaux.
Mais le début des discussions a été marqué par le départ du syndicat Force ouvrière (FO), qui a annoncé son refus de participer à une « mascarade » en raison d'un courrier de François Bayrou exigeant un retour à l'équilibre financier du système dès 2030.
« La lettre du Premier ministre a fini par nous convaincre de ne pas venir dans cette concertation », a déclaré le négociateur de FO Michel Beaugas, qui a claqué la porte.
« Nous ne participerons pas à cette mascarade où on veut nous faire dire qu'effectivement la seule solution, c’est d'allonger la durée de travail pour les salariéss », a-t-il lancé à la presse.
Les syndicats réclament, comme des partis de gauche, l'abrogation de la réforme de 2023 et sa mesure phare, le recul progressif de l'âge de départ de 62 à 64 ans.
« Je suis pessimiste sur l'issue des discussions », a déclaré jeudi le président de la principale organisation Medef, Patrick Martin.
« Nous voyons mal comment la cible d'un retour à l'équilibre en 2030 pourrait être atteinte si l'on remet en cause la règle des 64 ans », selon lui.
Premier syndicat, la CFDT voit elle dans ce chantier de réforme « une vraie opportunité », selon son numéro deux Yvan Ricordeau. Elle espère des améliorations notamment sur « la prise en compte de la pénibilité et le renforcement du droit des femmes ».
La CGT a notamment demandé de chiffrer le coût d'un retour de l'âge de départ à 62 ans. Pour le négociateur de la CGT Denis Gravouil, « le patronat mène une campagne de pub extrêmement puissante sur la retraite par capitalisation ».
Le système de retraites français fonctionne actuellement par répartition, les actifs cotisant pour leurs aînés partis en retraite.
La Cour des comptes a évalué la semaine dernière, dans un rapport qui doit servir de base aux discussions, que le déficit du système de retraites devrait atteindre 6,6 milliards d'euros en 2025, et se « stabiliser » jusqu'en 2030 avant de se creuser davantage.
Le gouvernement s'est engagé à ce que tout accord, même partiel, soit débattu au Parlement.


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