Le président américain Donald Trump s'exprime lors de la séance de travail des gouverneurs dans la salle à manger de la Maison Blanche à Washington, DC, le 21 février 2025. Photo Jim WATSON / AFP
Comme un grand coup de pied dans la fourmilière: en l'espace de quelques jours, Donald Trump a fait vaciller le lien transatlantique. S'il est trop tôt pour parler de la fin de ce lien historique, qu'il aura fallu 80 ans pour consolider, le rapprochement opéré par le président américain avec la Russie de Vladimir Poutine dans le dos de l'Ukraine lui porte un coup sérieux et place les Européens devant leurs responsabilités.
Témoignant d'un sentiment d'urgence, le président français Emmanuel Macron, qui a multiplié les appels à son homologue américain, vient lundi à Washington pour s'en expliquer avec Donald Trump. Il sera suivi de peu par le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui sera reçu jeudi à la Maison Blanche.
« Je vais lui dire: 'Au fond, tu ne peux pas être faible face au président Poutine' », a expliqué le président français jeudi. « Je vais lui dire: 'Si tu laisses l'Ukraine prise (par Poutine, ndlr), la Russie sera inarrêtable pour les Européens, pour tous', a-t-il ajouté, mettant en garde contre une « faute stratégique énorme ».
Le président américain, qui dit vouloir mettre rapidement fin à la guerre en Ukraine, a provoqué un séisme politique en reprenant langue avec le président russe, considéré comme paria par les Européens et sous la précédente administration américaine.
Cela a été suivi par une réunion sans précédent depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022 entre hauts responsables américains et russes mardi dernier à Ryad, en Arabie saoudite, où ils se sont engagés à nommer des équipes de négociation. Ni Kiev ni les Européens n'ont été invités à la table.
Dans le même temps, Donald Trump fait monter la pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky, disant qu'il n'avait « aucune carte en main », et en le qualifiant de « dictateur ». Il ne cache pas sa colère envers le dirigeant ukrainien, qui a refusé d'accepter un accord sur l'exploitation de minerais dans son pays.
« Un moment dangereux »
« Je pense que nous vivons actuellement un moment assez difficile et très dangereux où les deux côtés de la communauté transatlantique, pour ainsi dire, s'éloignent de plus en plus l'un de l'autre », s'est inquiété auprès de l'AFP l'ancien Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, en marge d'une conférence de conservateurs américains près de Washington.
Pour Nigel Gould-Davies, de l'Institut international des études stratégiques (IISS) à Londres, « il s'agit d'une crise transatlantique sans précédent ». « Pendant la guerre froide, on craignait que l'Amérique ne se découple de l'alliance, n'abandonne l'Europe et ne retombe dans l'isolement. Ce qui a commencé maintenant est pire: en négociant avec la Russie par-dessus les Européens et en intervenant dans la politique européenne, les Etats-Unis ne se contentent pas de se découpler de l'Europe, mais décident pour elle et la perturbent », écrit-il.
C'est que pour Donald Trump, l'Europe a mangé son pain blanc. Le président américain accuse les Européens de ne pas partager le fardeau et, en plus, de pratiquer une concurrence déloyale en matière commerciale. Il exhorte les pays européens à prendre davantage de responsabilités en matière de défense, soulevant même des doutes sur la disposition des Etats-Unis à venir en aide à leurs alliés de l'Otan sur le Vieux Continent en cas de besoin.
Donald Trump avait déjà fortement secoué les Européens lors de son premier mandat de 2017 à 2021. De sorte que son successeur, le président démocrate Joe Biden, a pu se vanter d'avoir « restauré » les alliances de l'Amérique, y compris à l'OTAN. Jeremy Shapiro, du European Council on Foreign Relations à Bruxelles, estime sur le site d'ECFR qu' »il ne s'agit pas d'un complot contre l'Europe mais d'une nouvelle démonstration de l'insignifiance géopolitique croissante de l'Europe ».
« Tête froide »
Les Européens entendront-ils le message ? L'Europe « doit en faire beaucoup plus, non seulement pour assurer notre propre défense, mais aussi pour soutenir l'Ukraine car nous traversons une période extrêmement critique de l'histoire mondiale », concède le chef de la diplomatie danoise, Lars Løkke Rasmussen, dans un entretien mercredi à l'AFP. Quant à la diplomate en chef de l'UE, Kaja Kallas, elle a appelé jeudi la population du Vieux Continent à « garder la tête froide ».
Reste que selon Max Bergmann, du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington, « la situation sécuritaire est très précaire en ce moment, et pour les Européens il y a le feu au lac ; c'est un peu la panique ». « Mais je pense que ce que l'on demande à l'Europe maintenant, ce n'est pas seulement d'en faire un peu plus, mais c'est que l'Europe prenne effectivement des mesures qui la feraient émerger, franchement, comme une superpuissance », dit-il à l'AFP.



Accord Iran-États-Unis : le délai accordé à Israël pour se retirer du Liban « est de deux mois », selon Raad
En revanche Putin, est un vrai nationaliste , qui souhaite défendre , d’abord le sanctuaire russe contre un encerclement stratégique sécuritaire rampant et menaçant , et puis , des minorités russophones , malmenées , sur le territoire de l’Ukraine, ou, pour des raisons historiques , elles se sont retrouvées rattachées
14 h 26, le 22 février 2025