Capture d'écran de la vidéo publiée sur les réseaux sociaux et montrant la femme qui s'est emportée à l'aéroport international de Beyrouth jeudi 20 février 2025
Une semaine après les tensions survenues entre les partisans du Hezbollah et les autorités libanaises après l'interdiction faite par ces dernières aux avions iraniens d’atterrir au Liban, sur fond de menaces israéliennes, une vidéo montrant une femme voilée brandissant une photo de l'ex-chef du parti chiite Hassan Nasrallah, dans le hall d’arrivée de l’aéroport international de Beyrouth, a fait le tour des réseaux sociaux.
« Nous n’avons pas payé aussi cher le sang de nos martyrs pour que vous nous ordonniez de sortir. Ce n’est pas à nous de sortir, mais à chacun d’entre vous qui reçoit des ordres dictés par les États-Unis et Israël. Partez, émigrez si ça ne vous plaît pas. Ici, c’est notre pays à nous », hurle la femme vêtue de noir.
🤳 #Çafaitlebuzz | Cette vidéo d’une partisane du Hezbollah faisant un esclandre à l'aéroport international de Beyrouth agite les réseaux sociaux
— L'Orient-Le Jour (@LOrientLeJour) February 20, 2025
Les détails ici : https://t.co/CZTBDwB250 pic.twitter.com/JNVNMZGrm9
Dans la séquence filmée par l'une des personnes l'entourant, la partisane apostrophe un autre membre de l'assistance qu'elle accuse de vouloir l'empêcher d'exhiber un portrait de l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Celui-ci avait été assassiné par une frappe israélienne massive le 27 septembre dernier, lors de la dernière phase de la guerre que se sont menés pendant plus de 15 mois les deux belligérants.
Selon ce qui ressort des propos de la femme et des affirmations de certains commentateurs sur Internet, ses reproches viseraient un agent de sécurité de l'AIB qui lui aurait dit : « Baisse ce portrait ou alors sors ».
« Vas-y, fais-moi sortir »
Dans les milieux sécuritaires, on nie en bloc toute interdiction adressée à la jeune femme ou toute atteinte à son égard. « La scène ne s’est pas déroulée avec les Forces de sécurité intérieures », assure une source sécuritaire informée. « Et à l’AIB, rien n’empêche quiconque d’exprimer son avis. Sauf en cas d’actes de provocation et d’atteinte à la sécurité », ajoute cette source. Même discours de la part de l’armée libanaise. « Si la vidéo a bien été filmée à l’aéroport de Beyrouth, aucun élément de l’armée libanaise n’a porté atteinte à la jeune femme », assure-t-on au service de l’orientation.
La femme venait visiblement d’arriver au Liban pour assister aux funérailles de Hassan Nasrallah et de son éphémère successeur Hachem Safieddine tué début octobre par une frappe israélienne. La cérémonie aura lieu à Beyrouth le 23 février à 13 heures.
Sur la vidéo, on voit la femme brandir la photo du leader chiite assassiné. « Vas-y, fais-moi sortir. Je suis debout dans mon pays. Celui qui veut m’empêcher de rentrer dans mon pays, qu’il vienne me l’interdire », lance-t-elle, sans que l’on sache à qui elle s’adresse. Autour d’elle, d'autres personnes qui semblent être ses proches crient leur allégeance au leader chiite assassiné.
Sur X, les points de vue s’affrontent. Selon le média al-Modon, les services de sécurité de l’AIB, en empêchant la passagère de brandir le portrait de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, se sont basés « sur l’interdiction d’afficher une image partisane, dans le cadre du maintien de la sécurité et de l’ordre au sein de l’aéroport ». Mais Faysal Abdelsater, un journaliste proche du Hezbollah, voit les choses autrement. « La bassesse de certains employés de l’aéroport de Beyrouth a-t-elle atteint le point où ils interdisent aux Libanais qui viennent assister aux funérailles du martyr de la nation Hassan Nasrallah de porter haut son portrait pour exprimer leur chagrin ? », demande-t-il. « Quiconque empêche le port des photos du sayyed (titre religieux donné à Hassan Nasrallah), quel qu’il soit, exécute les désirs et les ordres américains et israéliens », accuse-t-il.
Les réseaux sociaux s'enflamment
L’incident a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Le site Janoubia a ainsi affirmé que la raison première de ce qui s'est passé est due au fait que des voyageurs en provenance de l’étranger avaient jeté par terre des drapeaux américains et israéliens (pour les piétiner, ndlr), et que l’intervention de la sécurité de l’aéroport pour enlever les drapeaux a suscité la colère de la partisane du Hezbollah. Mais la femme a assuré qu’un agent en civil, qui s’est présenté comme faisant partie des services de renseignement de l’armée libanaise, lui avait demandé de ne pas arborer la photo dans l’enceinte de l’aéroport et de « hisser les portraits à l'extérieur ».
« Celui qui reçoit ses ordres de l’Iran, qu’il émigre dans ce pays », a lancé de son côté sur X la journaliste d’Asharq News Rasha Khatib, en réaction à la vidéo. Elle a demandé « où étaient les forces de l’ordre » et réclamé « l’arrestation de la femme et des personnes qui se trouvaient avec elle ».
De son côté, l’analyste Riad Kahwaji a estimé que l’hymne national libanais est la meilleure façon de faire face à des tentatives de mobilisation sectaire, comme celle à laquelle on assiste dans la vidéo. « Lors de tentatives de mobilisation communautaire, l’assistance doit prendre l'initiative d'entonner l'hymne national pour rappeler aux personnes présentes qu'elles se trouvent au Liban, où l'État est de nouveau en mesure d'exercer son autorité. Le Hezbollah s'est toujours appuyé sur la mobilisation sectaire pour renforcer son mini-État. Qu’il retourne dans le giron de l’État ! », a-t-il martelé.
Depuis l’ouverture par le Hezbollah d’un front de soutien à Gaza le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attaque du Hamas contre Israël depuis Gaza, la riposte israélienne a considérablement affaibli le parti chiite dont certains partisans déversent à présent leur colère contre l’Etat libanais.


endoctrinement, quand tu nous tiens !!!
12 h 00, le 21 février 2025