Amal Chebli, fondatrice de l’école Rayon d’espoir. Photo Chloé Khoury Hanna, de l’Académie libanaise des beaux-arts
Dans le cadre du projet « Plumes engagées, la jeunesse libanaise s’exprime ! » de l’Institut français, en partenariat avec Yomkom, l’ALBA et L’Orient-Le Jour, et avec le soutien de ALAM et Change Lebanon, six de nos journalistes ont tenu au printemps dernier une formation aux techniques d’écriture du portrait journalistique à 84 jeunes plumes. Âgés entre 14 et 16 ans et issus de 28 écoles des régions de Beyrouth, Jounieh, Tripoli, Akkar, Zghorta, Koura, Minié, Baalbeck, Qab-Élias, Zahlé, Rayak, Chouf, Baabda, Saïda, Tyr et Nabatiyé, ces jeunes ont réalisé le portrait d’une personnalité locale de leur choix, s’illustrant par des prises d’initiatives citoyennes. Parmi les 28 portraits rédigés, L’OLJ a choisi d’en publier trois. Voici celui d’Amal Chebli, fondatrice de l’école « Rayon d’espoir » à Zahlé (Békaa). Ce portrait a été rédigé avant l’opération militaire israélienne de grande ampleur au Liban-Sud et dans la Békaa, le lundi 23 septembre 2023, et la guerre à grande échelle entre le Hezbollah et l’État hébreu qui a suivi jusqu’au 27 novembre 2024.
Dans le cœur de chaque rêveur réside une force, un pouvoir de transformation inégalé. Amal Chebli, fondatrice de l’école « Rayon d’espoir », école et institut médico-psycho-pédagogique pour enfants, adolescents et jeunes en difficulté scolaire et à besoins spécifiques, incarne cette vision avec toute la ferveur d’une sexagénaire militant pour une noble cause. Née dans l’éclat chaleureux du Liban, cette femme de 61 ans s’est tissé, avec détermination et passion, un parcours exceptionnel. Au sein d’une famille généreuse, elle a grandi, bercée par l’amour et la solidarité.
Dès son jeune âge, Amal Chebli a ressenti l’appel profond de servir et de venir en aide aux enfants qui en avaient besoin. La jeune adolescente impétueuse qu’elle était a ouvert une petite école dans la maison parentale. C’était un premier pas dans un voyage de mille lieues, une initiative courageuse, un engagement précoce envers l’éducation et le partage des connaissances. Malgré les réticences de sa mère et comptant sur le soutien inconditionnel de son père, elle a transformé l’espace familial en refuge pour les enfants : « Les cousins, les voisins et les enfants en situation de handicap », dit-elle, en havre d’espoir les accueillant les après-midis, les samedis et pendant les vacances d’été.
Après de longues années d’études et de formation en Belgique et en France, Amal Chebli s’est mariée avec un homme qui partage son dévouement, ses intérêts, ses ambitions et ses convictions. Son mariage, ses obligations familiales envers son conjoint et ses deux enfants n’ont jamais freiné ni son engagement ni son engouement ; au contraire, son mari était là, dès le début, et ensemble, ils se sont battus contre les préjugés, notamment ceux de certains directeurs d’établissement circonspects à l’idée de l’inclusion des élèves à besoins particuliers. Ainsi, ils ont surmonté d’infinis obstacles, tel assurer les subventions nécessaires pour couvrir les frais onéreux de l’institut, et relevé les maints défis imposés par la situation chaotique du Liban. Amal Chebli a dû se battre pour l’inclusion, pour que chaque enfant, quel que soit sa différence ou son handicap, s’épanouisse et trouve sa place dans la société.
Connexion à la terre nourricière
Bien des années plus tard, en l’an 2000, « Rayon d’espoir » a vu le jour. Au sein de la vallée de la Békaa, à Zahlé, cet institut accueille des enfants en difficulté pour les aider à suivre le programme scolaire. Là, les élèves ne se contentent pas d’apprendre à lire, écrire, compter… Ils sont également immergés dans un environnement où le développement des compétences de vie est au cœur de l’enseignement. Dans cette école innovatrice, les enfants sont initiés à s’engager activement dans la société. Amal Chebli y veille personnellement, épaulée par son équipe pédagogique et administrative qui lui voue admiration et respect. « Mme Amal nous laisse travailler avec elle en équipe et dans la confiance, des réunions d’évaluation se tiennent de manière hebdomadaire afin d’optimiser le travail », affirme Grace Debes, responsable de l’école. Cette confiance et cette liberté bien dirigées et accordées aux enseignants, aux directeurs et à tout le personnel de l’école les incitent à s’engager et à s’investir passionnément chacun dans son domaine. « Elle se soucie des moindres détails. Et quand elle est à Rayon d’espoir, elle n’agit pas seulement en tant que directrice, mais comme une maman attentionnée. Elle est en contact direct avec les enfants, elle chante avec eux, les félicite, les encourage, les calme et les écoute », précise Grace Debes.
Dans le sillage lumineux d’Amal Chebli, l’école Rayon d’espoir brille. Chaque enfant qui en franchit les portes est accueilli avec amour, soutenu avec respect et encouragé à embrasser sa propre lumière, à illuminer le monde qui l’entoure. « Mon fils Charbel, 3 ans, qui présente une déficience intellectuelle, a été admis dans trois établissements différents », confirme Yolla Akoury. « Les résultats n’ont jamais été à la hauteur de nos attentes. Ce n’est qu’à Rayon d’espoir qu’en l’espace de trois mois, il s’est senti pleinement épanoui. » Elle ajoute : « Amal Chebli est une femme extraordinaire, extrêmement modeste, fort dynamique et appréciée des élèves, de leurs parents et de son équipe. »
N.B. : Tous les portraits seront exposés à partir du 14 mars, à 15h30 (heure du vernissage en présence de l'ambassadeur français Hervé Magro), dans la salle Ibrahim Najjar de la galerie d'exposition sur le nouveau campus de l'ALBA à Dekouané.

