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A Varsovie, l'Europe débat des "hubs de retours" pour migrants

Une session plénière du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), le 24 avril 2024. Photo AFP / TOBIAS CANALES / HANS LUCAS

L'Union européenne doit-elle ouvrir des "hubs de retours" pour les migrants? Et si oui, où placer ces centres et pour qui? Les ministres de l'Intérieur des 27 débattent jeudi à Varsovie de ces questions explosives. L'immigration est de retour au coeur de l'agenda européen avec un net durcissement de ton, dans un contexte de poussée de la droite et de l'extrême droite. Lors d'un sommet à Bruxelles à l'automne, les Etats membres de l'UE avaient réclamé "en urgence" une loi pour accélérer les expulsions d'étrangers en situation irrégulière. Et ce, quelques mois seulement après avoir déjà adopté une loi titanesque sur la migration, qui doit entrer en vigueur en 2026.

Au coeur des discussions: la question des retours. Actuellement, moins de 20% des décisions d'expulsion sont suivies d'effet au sein de l'UE. Une statistique que "personne ne comprend", dénonce le commissaire européen Magnus Brunner, qui plaide pour "des règles plus strictes en matière de retours".  Ce responsable est chargé de présenter d'ici fin mars une proposition pour faciliter les renvois. Et vient consulter les 27 ministres de l'Intérieur européens, réunis jeudi dans l'imposante citadelle de Varsovie.

Un modèle "compliqué" -

Parmi les idées explorées: celle d'ouvrir des centres dans des pays en dehors de l'UE pour y envoyer des personnes dont la demande d'asile aurait été rejetée et faisant face à une obligation de quitter le territoire: les fameux "hubs des retours". Un modèle qui suscite un fort intérêt, mais qui est "compliqué", souligne François-Noël Buffet, ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur français. "Il y a tout le côté opérationnel qui se pose et il y a les aspects juridiques qui ne sont pas négligeables", énumère-t-il depuis les couloirs de ce musée militaire polonais.

Se pose d'abord la question de l'administration de ces centres: serait-elle confiée à l'Agence européenne de surveillance des frontières Frontex ? Ou aux pays dans lesquels ils seraient construits? Ces "hubs" s'apparenteraient-ils à des centres de détention? Et avec quelles garanties pour le respect des droits humains? Les pays scandinaves, Danemark en tête, poussent ouvertement à la création rapide de ces hubs, aux côtés de la Pologne, de l'Autriche, des Pays-Bas et de l'Italie. Un vœu exprimé par d'autres pays européens, qui plaident toutefois pour que ces centres ne soient pas installés à leurs frontières, de crainte de subir des flux de migrants cherchant à rentrer à nouveau dans l'UE.

La France est donc pour l'instant plutôt en retrait des discussions, préférant juger sur pièce tant le sujet est épineux, notamment aux yeux d'une partie de la société civile. Un des rares pays qui rejette d'ores et déjà ce projet: l'Espagne, qui craint qu'il ne respecte pas les droits humains. "La protection des réfugiés est l'une des valeurs les plus importantes pour les citoyens européens, pour la société européenne", défend jeudi le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.

"Irréfléchies" 

Confrontée aux avis divergents des Etats membres, la Commission pourrait être tentée de mettre une proposition plutôt timide sur la table en mars: un texte qui appellerait à ce que l'option des "hubs de retours" soit explorée dans le respect du droit européen, mais qui n'inclurait pas de projets concrets d'ouverture de centres. Le sujet inquiète malgré tout nombre d'organisation non-gouvernementales. "Les Etats membres de l'UE et la Commission européenne devraient examiner de près leurs obligations légales avant de se lancer dans des tentatives irréfléchies de transfert de leurs responsabilités vers des pays tiers", ont alerté 50 d'entre elles, dont Amnesty International et Human Rights Watch.

Autre risque soulevé par des experts: que les gouvernements européens fassent l'objet de chantage par ces pays tiers, qui pourraient exiger une ribambelle de contreparties politiques et financières.  Ces appels répétés pour une nouvelle loi interviennent alors même que le nombre de passages clandestins aux frontières de l'Union a considérablement diminué. En 2024, il a atteint le niveau le plus bas depuis 2021, lorsque les flux migratoires étaient encore perturbés par le Covid, selon les données de Frontex.

L'Union européenne doit-elle ouvrir des "hubs de retours" pour les migrants? Et si oui, où placer ces centres et pour qui? Les ministres de l'Intérieur des 27 débattent jeudi à Varsovie de ces questions explosives. L'immigration est de retour au coeur de l'agenda européen avec un net durcissement de ton, dans un contexte de poussée de la droite et de l'extrême droite. Lors d'un sommet à Bruxelles à l'automne, les Etats membres de l'UE avaient réclamé "en urgence" une loi pour accélérer les expulsions d'étrangers en situation irrégulière. Et ce, quelques mois seulement après avoir déjà adopté une loi titanesque sur la migration, qui doit entrer en vigueur en 2026.

Au coeur des discussions: la question des retours. Actuellement, moins de 20% des décisions d'expulsion...