Des travailleurs manipulent des caisses d'aide humanitaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) provenant d'un avion des Émirats arabes unis à l'aéroport égyptien d'El-Arish, le 24 janvier 2025, dans le cadre d'une mission organisée par les Émirats arabes unis pour apporter de l'aide dans la bande de Gaza. Photo AFP/FADEL SENNA
La distribution de l'aide humanitaire apporte un souffle d'espoir dans la bande de Gaza, depuis le début de la trêve entre le Hamas et Israël, mais reste chaotique en raison de la désorganisation du territoire palestinien après quinze mois de guerre. Des centaines de camions de carburant, de nourriture et d'équipements se succèdent depuis dimanche. Mais l'absence d'autorité politique claire et de contrôle dans le territoire dévasté par les bombardements israéliens rend sa gestion très difficile compte tenu des besoins immenses de la population et des problèmes de distribution.
A Rafah, dans le sud, l'AFP a pu filmer deux poids lourds déboulant sur une large piste, entourée d'habitations détruites. En les voyant arriver en soulevant la poussière, les habitants se mettent à courir. Certains se hissent sur la plateforme avec un couteau, arrachent les cartons et les jettent au sol. En novembre, l'ONU dénonçait le pillage « systématique » des convois. Ce n'est désormais plus le cas. Et « j'espère que d'ici quelques jours, tout cela disparaîtra, quand les habitants de Gaza se rendront compte que nous aurons suffisamment d'aide pour tout le monde », a expliqué le coordinateur humanitaire de l'ONU au Moyen-Orient, Mouhannad Hadi, de retour d'une visite de Gaza. « Ne présumons pas que grâce à un simple cessez-le-feu notre travail se résumera à une promenade de santé », a-t-il pourtant ajouté.
Tout manque à Gaza
A Gaza-ville, dans le nord, à l'angle d'un carrefour, des hommes montent des dizaines de tentes soigneusement alignées, montées sur arceaux. Tout un quartier de toiles sur terre battue, jouxtant des ruines de béton. Des tuyaux et des câbles sortent du sol, témoignant de la présence de maisons en dur il n'y a pas si longtemps. Mais à l'instar des habitations, tout manque à Gaza, à commencer par une administration, un gouvernement qui décide, des institutions qui gèrent leur budget.
La bande de Gaza était depuis 2007 placée sous la férule du Hamas, dont la direction a été décapitée par la guerre déclenchée le 7 octobre 2023, après l'attaque sans précédent du mouvement islamiste sur le sol israélien. Et si ses combattants réapparaissent dans les rues, le groupe n'y exerce plus qu'un contrôle partiel. Il ressemble plus aujourd'hui à un groupe insurrectionnel, loin du gouvernement autoritaire qu'il était avant les 15 mois de bombardements israéliens.
Famine « imminente », malnutrition « endémique »
Or les besoins sont gigantesques dans le territoire en grande partie en ruines, où « la famine est imminente », la malnutrition « endémique » et le système de santé « effondré », selon les mots du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, en décembre.
Des responsables de l'ONU s'alarmaient alors de « l'effondrement de l'ordre public et de la sécurité », avec « des pillages généralisés et des luttes pour des ressources (...) raréfiées ». Cette semaine, « des enfants sautaient sur des camions pour essayer de prendre des paniers de nourriture », a témoigné mardi M. Hadi.
Mais peu à peu, l'espoir revient. « Les prix sont acceptables maintenant », se réjouit Hani Abu al-Qambaz, commerçant de Deir el-Balah, dans le centre du territoire. Pour 10 shekels (2,70 euros), « je peux m'acheter un sac de produits pour mon fils et je suis content ». Le porte-parole du Fatah à Gaza, Munther al-Hayek, confirme, lui aussi que les conditions de vie ont commencé à s'améliorer.
Interdiction de l'Unrwa
La situation risque pourtant de se compliquer dès le 28 janvier, quand l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) se verra interdite de toute activité par Israël, qui accuse plusieurs de ses membres de soutenir le Hamas. Si l'application de cette nouvelle législation reste floue, « c'est un scénario assez catastrophique dans une série de catastrophes », affirme à l'AFP Jonathan Fowler, un porte-parole de l'Unrwa, relevant que les autres agences de l'ONU « n'ont pas la capacité sur le terrain de faire la distribution comme on le fait ».
Cette décision prive le territoire de son fournisseur d'aide « le plus compétent, sans alternative claire », remarque l'International Crisis Group (ICG) dans un rapport publié cette semaine. « L'ordonnancement des livraisons sera vital. Avec des camions d'aide encombrant les quelques routes restantes, ainsi que des masses de civils en déplacement et l'armée israélienne se retirant (...), le chaos pourrait régner », écrit l'ONG. Qui regrette aussi l'absence de processus de « déconfliction » et de voies de communication entre agences humanitaires et armée israélienne, ouvrant la voie potentiellement à de dangereux malentendus.


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