L'ancien président français Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris, le 20 janvier 2025, pour son procès pour avoir accepté un financement illégal de campagne électorale dans le cadre d'un pacte présumé avec le dictateur libyen Moamer Kadhafi. Photo AFP / BERTRAND GUAY
Un procès de "chaises vides", la visite "indigne" d'un dictateur en France et maintenant, des soupçons de corruption. Des proches des victimes de l'attentat du DC-10 ont dit jeudi au procès de Nicolas Sarkozy leur sentiment d'une "trahison", contestée par l'ancien président français. Jugé depuis le 6 janvier et jusqu'au 10 avril aux côtés de onze autres prévenus, Nicolas Sarkozy conteste tout financement de la part du dictateur libyen Mouammar Kadhafi (renversé et mort en 2011) en échange de contreparties.
Le frère de Danièle Klein, Jean-Pierre, faisait partie des 170 personnes de 18 nationalités tuées dans l'attaque préparée par les services secrets libyens contre l'avion d'UTA au-dessus du désert du Ténéré (Niger), le 19 septembre 1989. A la barre, elle lui rend hommage avant d'évoquer le "long combat" et "l'attente" des familles jusqu'au procès de 1999, qui a vu la condamnation en leur absence de six Libyens, dont Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi, à la perpétuité. "Un an après ce verdict de papier, nous avons vu reprendre subrepticement les relations avec Mouammar Kadhafi, dans un désespoir muet et résigné", poursuit-elle. Face aux "contrats d'armement" et aux "dividendes", "les 170 innocents du DC-10 pèsent une plume".
Les proches des victimes se sont constitués partie civile car la visite controversée de Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, comme la promesse d'une levée du mandat d'arrêt visant Abdallah Senoussi, sont selon l'accusation des contreparties au financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. La question de leur recevabilité se posera au tribunal, car pour être recevable, il faut avoir un lien direct avec les infractions jugées.
"Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré devant nous: +ma détermination contre le terrorisme international est implacable+, c'est ce même Sarkozy qui reçoit Kadhafi, terroriste et dictateur, avec les honneurs et un faste déraisonné", s'emporte notamment Mélanie Grisot, qui a perdu son père, Michel, dans l'attentat. "Ca, c'est une trahison. C'est pas une fable, c'est la réalité", ajoute-t-elle, faisant référence au mot régulièrement utilisé par l'ex-chef d'Etat, assis non loin à la place des prévenus.
"Jamais trahi"
Pour Guillaume Denoix de Saint Marc, président de l'association des victimes, "cela fait 35 ans aujourd'hui que nous attendons justice". "Ce procès d'aujourd'hui permettra de définir l'ampleur de la trahison de Nicolas Sarkozy envers les victimes de l'attentat qu'il a reçues en décembre 2007. Je suis écoeuré que ces agissements aient pu nourrir des ambitions personnelles, si c'est avéré", estime-t-il.
Christophe Raveneau, qui a perdu son père, Georges, un des pilotes de l'avion, parle d'abord de sa mère, "qui n'a jamais cédé" et qui "a élevé" ses enfants "dans l'honneur". "Vous avez bradé le votre en rencontrant l'assassin de 170 personnes", lance-t-il à l'adresse de Brice Hortefeux et Claude Guéant, qui ont vu Abdallah Senoussi fin 2005 en Libye - eux affirment avoir été "piégés".
"Messieurs les prévenus, imaginez-vous simplement devant un cercueil quasi-vide et cette phrase: +C'est papa, chéri.+ M. Sarkozy, j'avais l'âge que votre fille a aujourd'hui", dit-il. "Le monde s'est écroulé une seconde fois quand vous avez serré la main de la dictature aux frais de nos concitoyens", poursuit-il. "A cette seconde, vous avez perdu le respect que nous vous avions accordé."
Après une courte suspension, Nicolas Sarkozy vient à la barre. Il salue la "dignité" des témoignages "bouleversants", affirme "respecter" la "douleur" des familles et avoir "entendu" et "compris" leur "colère". Quant au "doute", "je suis ici pour y répondre", poursuit-il. "Je peux dire à chacun de ceux qui ont témoigné que je ne les ai jamais trahis. Je n'ai jamais serré la main de M. Senoussi. Je n'ai jamais mis leur sort en contrepartie d'un quelconque compromis, pacte ou même de realpolitik", affirme-t-il.
"A mon tour de leur dire, avec beaucoup de respect, qu'on ne répare pas une souffrance aussi légitime qu'elle soit en étant injuste et qu'au fond, si les bourreaux de leurs familles sont aujourd'hui en prison ou ont quitté le pouvoir ou sont morts, c'est parce que leur pays a été à la tête d'une coalition qui a empêché le massacre des Libyens", fait-il valoir. "Et je leur demande, au moins jusqu'à la fin du procès, de croire davantage en la parole de leur ancien président de la République qu'en la parole des bourreaux de leurs familles".
Jugé pour corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal de campagne et association de malfaiteurs, M. Sarkozy encourt 10 ans de prison et 375.000 euros d'amende, ainsi qu'une privation des droits civiques (et donc une inéligibilité) allant jusqu'à cinq ans.
Le frère de Danièle Klein, Jean-Pierre, faisait partie des 170 personnes de 18 nationalités tuées dans l'attaque préparée par les services secrets libyens contre l'avion d'UTA au-dessus du désert du Ténéré (Niger), le 19 septembre 1989. A la barre, elle lui rend hommage...


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine