La commissaire européenne Hadja Lahbib, et le dirigeant syrien Ahmad el-Chareh à Damas, le 17 janvier 2025. Photo SANA / AFP
La commissaire européenne Hadja Lahbib, qui a rencontré vendredi à Damas le dirigeant syrien Ahmad el-Chareh, s'est dit impressionnée par sa volonté de pacifier son pays et de faire des Européens des « alliés », lors d'un entretien avec l'AFP à son retour de Damas.
« Mon impression est celle d'un homme pragmatique et transactionnel », prêt à travailler « à l'apaisement » en Syrie et à sa reconstruction, a-t-elle assuré, après un tête-à-tête de deux heures dans un des bureaux de l'ancien palais présidentiel de Bachar el-Assad.
« Ce que j'ai entendu est vraiment encourageant, beaucoup de sagesse. Mais maintenant, nous avons besoin d'action » de la part des nouvelles autorités, avait souligné plus tôt devant la presse Mme Lahbib, qui est en charge de la gestion des crises à la Commission européenne.
Issu du mouvement el-Qaëda, Ahmad el-Chareh est le chef du groupe islamiste radical, Hay'at Tahrir el-Cham (HTC). Ce mouvement affirme avoir rompu avec le djihadisme et son chef multiplie les signes d'ouverture et de bonne volonté depuis qu'il a conquis Damas, pratiquement sans combats, le 8 décembre dernier.
Bien sûr, « on a le droit de pas y croire ». Mais il est important de ne pas abandonner la Syrie au moment où elle en le plus besoin, a-t-elle expliqué. « Aidons-la, mais sans être naïf », a résumé la commissaire belge, première dirigeante de l'Union européenne à se rendre à Damas, après la visite de plusieurs ministres européens, dont ceux de la France, de l'Allemagne ou de l'Italie.
Elle a promis vendredi une aide humanitaire d'urgence de 235 millions d'euros pour la Syrie et ses voisins, afin de faire face aux besoins de base: eau potable, alimentation, logement d'urgence, etc.
« La masse des défis est énorme après 50 ans de divisions et de fractures », a-t-elle assuré. La population est éreintée après une décennie de guerre et des années de répression brutale et « le risque c'est que les gens se révoltent » si rien n'est rapidement fait pour améliorer leur sort, a-t-elle encore expliqué.
« Beaucoup d'attente »
La société civile syrienne, dont Mme Lahbib a rencontrer plusieurs représentants, « a beaucoup d'attente, mais elle veut y croire », a-t-elle ajouté.
Ahmed el-Chareh a pendant deux heures « fait un discours sans faute ». « Tout ce qu'on rêvait d'entendre, je l'ai entendu », y compris sur les femmes, a-t-elle encore expliqué. Le nouveau leader syrien a ainsi réitéré a promesse de réunir une conférence nationale, « dans toutes les composantes » d'un pays où cohabitent plusieurs religions et des peuples différents. Il a aussi assuré avoir nommé une femme à la tête de la Banque nationale syrienne.
« Ce qui vous inquiète, nous inquiète aussi », a assuré le nouveau dirigeant syrien, dans des propos rapportés par la Commissaire européenne.
Il s'est toutefois montré très discret sur l'avenir des deux bases russes en Syrie, dont le démantèlement est demandé par plusieurs pays européens.
Il a revanche à nouveau plaidé pour la levée des sanctions européennes contre son pays, afin d'en faciliter la reconstruction.
Mme Lahbib a assuré que le sujet serait à l'ordre du jour du prochain conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE, à Bruxelles le 27 janvier.
Plusieurs pays, dont l'Allemagne et la France, sont favorables à un assouplissement de ces sanctions, dont celles concernant le système bancaire et financier.
Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, avait demandé mercredi un assouplissement « urgent » des sanctions internationales, lors d'une visite à Damas.
L'urgence est à l'aide humanitaire, qui doit pouvoir parvenir à toutes les populations dans le besoin partout en Syrie, a réclamé Mme Lahbib. Mais très vite, le nouveau dirigeant syrien veut reconstruire son pays et il veut pour cela conclure un « partenariat » avec l'Europe dont il cherche à devenir l' »allié » au Moyen-Orient, a encore assuré Mme Lahbib.


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