Lors d’un entretien à la chaîne OTV, l’ancien président libanais Michel Aoun, fondateur du Courant patriotique libre (CPL), a déclaré que la classe politique devait se plier aux règles fixées par la Constitution et a estimé que si un amendement était nécessaire pour débloquer l’élection, il devait se faire selon les règles établies par le texte.
Il a en outre appelé à ne pas « renouveler l’expérience de 2008 », une référence aux conséquences de l’accord de Doha qui a mis fin à une crise politique et institutionnelle sans précédent au Liban et a consacré le retour au dialogue et au consensus comme substituts à la logique de la confrontation. La mise en œuvre de l’accord, né à la suite du coup de force initié le 7 mai 2008 par le Hezbollah, avec qui le CPL était allié, dans une tentative inédite de contrer une décision du gouvernement de Fouad Siniora, avait débouché sur l’élection de Michel Sleiman à la présidence.
À l'approche de la séance parlementaire du 9 janvier supposée mettre fin à deux ans de vide présidentiel qui ont suivi la fin du mandat de Michel Aoun le 31 octobre 2022, la polémique autour de l’amendement de la Constitution, notamment l’article 49, est revenue sur le tapis. Ce texte stipule que les juges et les fonctionnaires de première catégorie (dont le chef de l’armée) ne peuvent être élus à la tête de l’État, ni durant leur mandat ni avant que deux ans se soient écoulés après leur démission de leur poste. Une disposition qui constitue un obstacle à la candidature du commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun, qui fait partie des favoris dans la course à la présidentielle. « Il faut respecter la Constitution, et sa modification ne doit pas être temporaire ni à des fins personnelles », a souligné Michel Aoun.
« Geagea a le droit de se présenter »
Les propos de l'ancien président formulés lors de cet entretien laissent supposer qu'il souhaite fermer la porte de Baabda au commandant en chef de l'armée. Il a en revanche assuré n’être fondamentalement pas opposé à la candidature de son rival politique Samir Geagea, chef des Forces libanaises, et qu’il ne souhaitait pas que la séance parlementaire du 9 janvier soit reportée, selon une transcription de l’entretien.
« Geagea a le droit de se présenter. Nous vivons dans un pays démocratique », a déclaré Michel Aoun. Constatant qu’aucun des candidats potentiels à cette élection censée mettre un terme à plus de deux ans de vacance présidentielle, « n’a de majorité », il a ajouté qu’il « n’était pas favorable à un report » compte tenu du temps écoulé depuis la fin de son mandat le 31 octobre 2022. « Il faut élire un président au cours d’une séance comprenant des tours de scrutin successifs », a-t-il également dit.
Commentant le cessez-le-feu de deux mois en cours depuis le 27 novembre entre le Hezbollah et Israël, et qui a été violé à plusieurs reprises par l’État hébreu, Michel Aoun a aussi jugé que le sort de cet accord était « inconnu » et que la situation actuelle était « anormale », fustigeant « l’inefficacité » du comité de surveillance lié, selon lui, à sa partialité.
S’agissant du sort des armes du Hezbollah ou d’autres groupes sur le sol libanais, Michel Aoun a souligné que « les armes doivent être placées sous l’autorité de l’État ». Il a ajouté que « l'entrée en guerre (du Hezbollah et d’Israël) a divisé le pays moralement, mais même ceux qui étaient en désaccord ont rempli leurs devoirs sociaux, ce qui est important pour l'unité nationale ». « J'étais contre la guerre, mais je ne juge pas et je refuse la moquerie. Je conseille à tout le monde de faire de même », a-t-il encore noté. « Les armes palestiniennes, à l'intérieur et à l'extérieur des camps, doivent être remises à l’État, car elles n'ont plus aucune utilité. Toute arme doit être placée sous l’autorité exclusive de l’État. Concernant les armes du Hezbollah, l’accord de cessez-le-feu doit être respecté », a-t-il insisté.
Sort des détenus libanais
Sur la question du changement de régime en Syrie, après la chute de Bachar el-Assad consécutive à l’offensive de la coalition rebelle menée par Hay’at Tahrir el-Cham (HTC), Michel Aoun a estimé que « la stabilité restait à atteindre » et que « les erreurs commises jusqu’à présent doivent servir d’enseignements pour ne pas se répéter ». Interrogé sur l’envoi d’une délégation libanaise en Syrie, l'ancien président a botté en touche, indiquant que cette décision revenait au gouvernement. « C'est l’État qui gère les relations. Des accords peuvent être conclus dans différents domaines. Nous aspirons à entretenir une relation avec l’État syrien qui dépasse le régime précédent et englobe le peuple », a-t-il toutefois déclaré.
Concernant les déplacés syriens au Liban, il a jugé qu’il ne s’agissait pas de réfugiés politiques mais de personnes « déplacées pour des raisons de sécurité », ajoutant que c’était à l’État de « communiquer avec les nouvelles autorités syriennes à ce sujet ».
Enfin, sur la question des détenus libanais en Syrie, dont le sort est revenu sur le devant de la scène avec la chute du régime Assad, Michel Aoun a assuré avoir « la conscience tranquille ». « Qu’on dise ce que l'on veut, j’ai combattu et perdu des martyrs pour chasser la Syrie du Liban (à la fin de la guerre civile de 1975-1990), tandis que d’autres soutenaient le camp opposé. Dès le premier jour, j’ai affirmé qu’il fallait établir une relation positive avec la Syrie après son retrait du Liban », a-t-il plaidé.
Depuis l'ouverture des prisons du régime de Bachar el-Assad, un hashtag accusant Michel Aoun d’être un « traître » a circulé sur les réseaux sociaux. En 2008, l'ancien président avait rencontré Bachar el-Assad, qui lui avait assuré qu’il n’y avait aucun détenu libanais dans les prisons syriennes.
« Ma conscience est tranquille concernant les détenus. Aucun responsable avant moi ne s’était intéressé à cette question. Lors de ma première rencontre avec Assad, je lui ai posé la question. Il m’a répondu qu’il y avait des condamnés pour des crimes (de droit commun), mais qu’aucun détenu politique libanais n’était retenu », a-t-il conclu.




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