Frappes israéliennes sur la Békaa, le 27 décembre 2024. Photo envoyée par notre correspondante Sarah Abdallah
Un mois après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, la situation à la frontière-sud reste volatile, mais sans devenir hors de contrôle. Chaque journée apporte son lot de bâtiments dynamités par l'armée de l’État hébreu dans les zones qu'elle occupe encore, de frappes plus ou moins ciblées, de libérations de détenus et d'opérations de déblayage dans les zones réinvesties par l'armée libanaise.
Au niveau diplomatique, les ministres français des Armées Sébastien Lecornu et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot seront au Liban de lundi à mercredi, pour rencontrer notamment les militaires français de la Finul à l'occasion du Nouvel An, a-t-on appris vendredi auprès du ministère français des Armées. A Beyrouth, Sébastien Lecornu devra s'entretenir lundi avec le général Joseph Aoun, commandant en chef de l'armée libanaise chargé de piloter le déploiement des militaires dans le sud du pays à la suite du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah.
Dix corps retrouvés à Khiam
Au Liban-Sud entre-temps, dans la localité de Khiam, la Défense civile a annoncé avoir extrait deux nouveaux corps des décombres des bâtiments détruits par les bombardements israéliens avant le cessez-le-feu, entré en vigueur le 27 novembre dernier. Les corps ont été transférés à l'hôpital gouvernemental de Marjeyoun, et les opérations de recherche se poursuivront demain jusqu'à ce que toutes les personnes disparues soient retrouvées.
Selon notre correspondant sur place Mountasser Abdallah, les corps de neuf combattants du Hezbollah et d'une ressortissante syrienne ont été retrouvés dans la localité depuis que l'armée libanaise y est entrée le 11 décembre dernier. Khiam a été le théâtre de violents affrontements entre le parti chiite et l'armée israélienne, qui n'a pas pu y entrer avant le cessez-le-feu.
Une Libanaise de 75 ans a aussi été retrouvée morte vendredi à Yaroun (Bint Jbeil), village situé à quelques kilomètres de la frontière-sud qui a été lourdement bombardé au cours des derniers mois, a affirmé le président du conseil municipal de la localité Ali Tahfé. Alors qu'un examen préliminaire de la dépouille mortelle de Najwa Ghacham évoquait des blessures par balles, selon le rapport du médecin légiste, la dépouille présentait des blessures par perforations et une fracture à la jambe qui pourrait avoir été causée par un tir de drone israélien sur la maison de la victime.
Pas encore de retour possible
Toujours au Liban-Sud, le président du conseil municipal du village de Kabrikha, dans le caza de Marjeyoun, a déclaré qu'un barrage de terre placé par l’armée israélienne au cours de son incursion dans la localité et qui avait coupé la route du village a été démantelé en coopération avec l'armée libanaise. Le panneau portant le nom du village que les soldats israéliens avaient ôté a aussi été réinstallé. « Quand l’ennemi est arrivé sur la bifurcation entre les villages de Kabrikha et de Kantara, après son incursion dans la région de Wadi Hojeir, ses soldats ont entrepris d’installer des remblais de terre, en violation nette de la résolution 1701 et de l’accord de cessez-le-feu », souligne un communiqué de la municipalité. Ils ont également « ôté et volé le panneau indicateur portant le nom du village », a-t-il ajouté. L'armée libanaise avait affirmé jeudi soir que les troupes israéliennes s'étaient retirées de Wadi Hojeir « suite à des contacts effectués par le comité » chargé de surveiller le respect du cessez-le-feu.
De son côté, la municipalité de Tayr Harfa a annoncé dans un communiqué que la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) avait rouvert la route entre Chameh et Tayr Harfa, dans le caza de Tyr, « pour faciliter les déplacements de ses véhicules et ses équipes ». La route qui relie ces deux localités avait été rendue impraticable pendant les combats. « Pour l’heure, il est impossible de se rendre dans le village, en raison de la présence des forces israéliennes à l’intérieur et dans les environs, ce qui pourrait mettre les gens en danger », souligne le communiqué. « Nous tiendrons les habitants au courant pour le retour, en coopération avec l’armée libanaise et les autorités concernées », ajoute le texte.
Par ailleurs, les deux ouvriers syriens portés disparus depuis jeudi soir alors qu'ils se trouvaient à proximité de Wadi Hojeir ont été relâchés par l'armée israélienne. Taher Rimi et Ahmad Amine ont été transférés par la Croix-Rouge libanaise à l'hôpital de Tibnine (caza de Bint Jbeil) après avoir été remis par la Finul. Enfin dans la journée, plusieurs explosions ont été entendues au Liban-Sud à Yaroun (Bint Jbeil) Kfar Kila (Marjeyoun), Meis el-Jabal (Marjeyoun) ou encore Naqoura (Tyr). Aïta el-Chaab (Bint Jbeil) a été ciblée par des tirs, notamment d'artillerie.
Bombardements dans la Békaa
Dans la Békaa, l'aviation israélienne a frappé vendredi matin les hauteurs de Qoussaya près de la frontière avec la Syrie, selon les informations de sources locales de notre correspondante Sarah Abdallah. Plus tôt, l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), avait évoqué des « explosions » entendues dans l'Anti-Liban, région survolée intensément par des drones israéliens.
Revendiquant ces bombardements, l'armée israélienne a affirmé avoir frappé une « infrastructure utilisée pour transporter des équipements militaires à la frontière syro-libanaise ». Ces frappes ont été menées au niveau du « poste-frontière de Janta », utilisé pour « transporter des équipements via la Syrie au profit du Hezbollah », dans la Békaa. L'aviation israélienne a également bombardé la décharge de Majdel Anjar, proche du poste-frontière de Masnaa.
Outre ces bombardements, la zone frontalière entre le Liban et la Syrie a été le théâtre d'une série d'accrochages et d'incidents opposant des groupes armés proches de l'ancien régime, dont le Hezbollah, aux forces de sécurité du nouveau pouvoir à Damas. Les nouvelles autorités syriennes ont déclenché dernièrement une opération contre les « milices » fidèles au régime Assad dans l'ouest de la Syrie.

