La chanteuse iranienne Parastoo Ahmadi au cours de son concert diffusé sur YouTube. Capture d'écran
La chanteuse iranienne Parastoo Ahmadi et ses musiciens ont été arrêtés samedi après un concert diffusé sur Internet la semaine dernière, dans lequel elle apparaissait sans le hijab imposé par la loi aux Iraniennes.
Les autorités de Téhéran avaient annoncé tout de suite après la diffusion de la vidéo des « mesures appropriées » et des « poursuites contre la chanteuse et la production », selon Mizan, l'agence de presse de la justice iranienne. Cette dernière dénonçait le fait qu'un « groupe dirigé par une chanteuse » ait produit « de la musique sans respecter les règles légales et religieuses ».
L'avocat de la jeune femme, cité dans des médias, notamment celui de l'opposition Iran International, l'arrestation de Parastoo Ahmadi, de son guitariste Soheil Faghih-Nassiri et de son pianiste Ehsan Beiraghdar. Ils ont tous été arrêtés « séparément », selon l'avocat Milad Panahi-Pour. Il a souligné que la chanteuse avait été appréhendée « dans la province de Mazandaran » et qu'il n'avait plus de nouvelles depuis et ne sait pas où elle et ses musiciens sont détenus.
Parastoo Ahmadi avait posté la vidéo de sa performance sur sa chaîne YouTube tard mercredi, vêtue d'une longue robe noire près du corps, les épaules découvertes et sans foulard sur les cheveux, une tenue violant ouvertement les règles imposées par la République islamique. Le concert a été vu près de 1,7 million de fois sur la plateforme.
« Je suis Parastoo, la fille qui ne peut garder le silence et refuse d'arrêter de chanter pour le pays qu'elle aime », a-t-elle écrit sur YouTube. « Écoutez ma voix dans ce concert imaginaire et rêvez d'une nation libre et belle ». La date de la prestation d'une trentaine de minutes, effectuée sans public, n'a pas été précisée. Mais elle semble avoir été tournée en Iran, la chanteuse étant accompagnée des membres de son groupe, quatre hommes, dans la lumière tamisée du patio d'un caravansérail traditionnel. Depuis la révolution islamique de 1979, les Iraniennes doivent couvrir leurs cheveux et ne peuvent chanter seules en public.
Parastoo Ahmadi a conquis un grand nombre d'admirateurs (plus de 14 000 abonnés) en postant ses chansons sur Instagram, y compris avec des balades postées en 2022-2023 en soutien aux manifestations de masse qui avaient alors secoué le pays. Ce concert semble cependant être le premier filmé à l'extérieur.
Son compte Instagram semble désormais désactivé. Son compte YouTube reste toutefois accessible.
Acte de résistance
Après la performance, la dissidente en exil Masih Alinejad a salué un concert « historique », proclamant sur un réseau social depuis les États-Unis que « sa voix était une arme contre la tyrannie, son courage une ode à la défiance ».
Karim Sadjadpour, expert du think tank Carnegie Endowment, a pour sa part salué un « acte de courage extraordinaire » qui creuse « une nouvelle faille dans les fondations de la théocratie en décomposition de l'Iran ».
« Les Iraniennes continuent de nous bluffer par leur courage », note de son côté Farid Vahid, de la Fondation Jean jaurès à Paris, évoquant un « magnifique acte de résistance ».
La diffusion du concert était intervenue alors qu'une nouvelle loi est entrée en vigueur vendredi, durcissant encore les peines réservées à celles qui ne respectent pas le strict code vestimentaire imposé aux Iraniennes.
L'organisation Amnesty International a affirmé dans un rapport que les femmes pourraient encourir la peine de mort si elles enfreignaient le texte sur « la promotion de la culture de la chasteté et du hijab ». « Cette loi honteuse intensifie la persécution des femmes et des filles qui osent se battre pour leurs droits », a estimé Diana Eltahawy, directrice adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord pour Amnesty.
Un vaste mouvement de contestation avait été déclenché dans tout le pays par la mort en détention en septembre 2022 de Mahsa Amini, une Iranienne kurde de 22 ans, arrêtée pour infraction au code vestimentaire.



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Quel courage, sachant le sort qui lui sera ensuite réservé et à ses musiciens. En parler autour de soi,est le minimum que l'on puisse faire pour les aider. Et que les grandes organisations de défense des droits amplifient leur campagne.
18 h 14, le 15 décembre 2024