Souheil Hamaoui enlaçant des proches à son arrivée à Chekka, au Liban-Nord, le 9 décembre 2024. Photo obtenue par Michel Hallak
Après 33 ans de détention en Syrie, Souheil Hamaoui, un Libanais qui avait été arrêté en décembre 1992 à son domicile de Chekka, est rentré chez lui, au Liban-Nord, a confirmé notre correspondant Michel Hallak. Accompagné d'une fanfare, il est arrivé dans le village où l'attendaient plusieurs de ses proches, qu'il a longuement enlacés, selon des images circulant en ligne.
Dans un entretien à la télévision locale, il a affirmé avoir été arrêté chez lui, dans sa maison de Chekka en décembre 1992, alors que son fils était âgé de dix mois. Celui-ci est maintenant père de famille, a-t-il confié, exprimant son impatience de le rencontrer, lui et ses petits-enfants. M. Hamaoui a également raconté avoir été transféré dans plusieurs prisons du régime syrien, jusqu'à finir dans celle de Lattaquié, sur la côte, où ne se trouvaient pas d'autres détenus libanais. Il a expliqué que, si pendant quinze ans sa famille n'avait aucune information sur son sort, elle a ensuite pu le localiser et avoir des contacts ponctuels. Il a rendu un émouvant hommage à son épouse et aux « épreuves » qu'elle a traversées en son absence.
M. Hamaoui est le premier Libanais détenu en Syrie et libéré grâce à l'avancée des rebelles qui ont fait chuter le régime de Bachar el-Assad à rentrer au pays. Depuis le début de l'offensive éclair menée par le groupe islamiste Hayat Tahrir al-Cham (HTC), qui a libéré tous les détenus du régime, de nombreuses informations circulent quant à la sortie de prison de Libanais disparus pendant la guerre civile et les années d'occupation syrienne du pays. Toutefois, une seule de ces libérations a pu être confirmée jusqu'à présent, a indiqué samedi la présidente du Comité des familles des kidnappés et disparus au Liban, Wadad Halwani. Il s'agit de celle de Ali Hassan el-Ali, un homme originaire du Akkar libéré la semaine dernière de la prison de Hama. Ce dernier n'est toujours pas rentré au Liban, selon ses proches contactés par L'Orient-Le Jour.
De son côté, Ammar Abboud, directeur de l'association ACT for the Disappeared, une initiative visant à retrouver l’identité des personnes disparues, a affirmé à notre publication n'avoir aucune autre confirmation concernant la libération de Libanais. « La plupart des informations diffusées sur les réseaux sociaux se sont avérées fausses. Nous sommes par conséquent encore plus prudents maintenant », indique le responsable.
Réunion avec la commission nationale
Ce dossier a en outre fait l'objet d'une réunion entre le ministre sortant de la Justice, Henri Khoury, et les membres de la commission nationale pour les détenus dans les prisons syriennes, présidée par le procureur de Beyrouth, le juge Ziad Abou Haïdar. Les participants ont décidé d'établir des contacts avec les Forces de sécurité intérieure, la Sûreté générale et la sécurité d'État, afin de vérifier s'ils disposent d'informations, selon l'Ani. Un des membres de la commission, le général Ali Taha, a également été chargé de rassembler toutes les informations disponibles sur les détenus libérés.
De son côté, le président du parti Kataëb, le député Samy Gemayel, a adressé une question écrite au gouvernement libanais sortant, l'appelant à prendre des « mesures urgentes » pour faire la lumière sur le sort des « 622 Libanais détenus dans les prisons syriennes » et ceux récemment libérés. L'exécutif doit, selon lui, confirmer l'identité des personnes libérées et assurer leur retour. Il a estimé que ce dossier est une « priorité humanitaire », appelant le cabinet à répondre « dans un délai de quinze jours ».
Parallèlement à ces développements, de nombreuses critiques ont visé la gestion du dossier des détenus libanais par Michel Aoun, président du Liban d’octobre 2016 à octobre 2022. Un hashtag l’accusant de « traître » circule sur les réseaux sociaux. En 2008, M. Aoun avait rencontré le président syrien Bachar el-Assad, qui lui avait assuré qu’il n’y avait aucun détenu libanais dans les prisons syriennes.



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