Wafic Safa, chargé de l’unité de liaison et de coordination du Hezbollah. Photo tirée du site al-Manar
Wafic Safa s’est-il recueilli récemment au cimetière de Raoudat al-Chahidayn, dans la banlieue sud de Beyrouth, comme le suggèrent des photos qui ont fait leur apparition cette semaine sur les réseaux sociaux ? Repris par de nombreux médias, deux clichés du chargé de l’unité de liaison et de coordination au sein du Hezbollah, visé le 10 octobre par une frappe israélienne à laquelle il aurait échappé, ont été largement partagés et suggèrent que ce dernier a effectué sa première sortie après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël mercredi à l’aube, pour prier dans ce cimetière où les combattants du parti chiite sont habituellement enterrés.
Partagé sur X par de nombreux internautes, un des clichés montre ainsi Wafic Safa en parfaite santé, entouré d’une dizaine d’hommes et priant devant une tombe. Une deuxième photo le montre accompagné de deux autres hommes non identifiés. « Première apparition du hajj Wafic Safa après la guerre », a écrit mercredi sur X un journaliste proche du parti chiite.
Fidèle à ses habitudes, le Hezbollah, lui, continue de garder le secret sur l’état de santé de Wafic Safa. Contactée, une porte-parole du Hezbollah n’était pas disponible pour commenter ces clichés, alors qu’une source sécuritaire libanaise affirmait le 12 octobre à Asharq al-Awsat que le responsable était « dans une condition critique après avoir été grièvement blessé ».
Né en 1960 à Zebdine, dans le caza de Nabatiyé, Wafic Safa a rejoint le Hezbollah en 1984. Il a occupé pendant une période le rôle de responsable sécuritaire dans la banlieue sud de Beyrouth, avant de gravir les échelons. Selon plusieurs sources, il est nommé à la tête du comité sécuritaire du parti en 1987 par l’ancien leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué dans une frappe israélienne le 27 septembre et dont il est le beau-frère. Quelques années plus tard, l’organe qu’il dirige devient « l’unité de liaison et de coordination », chargée des communications entre le Hezbollah, les appareils sécuritaires et les partis politiques au Liban.
Des clichés pris avant le cessez-le-feu ?
Le journaliste Ali al-Amine, qui dirige le site d’information Janoubia, estime, lui, que les photos pourraient avoir été prises avant le cessez-le-feu cette semaine. Selon lui, un des hommes que l’on aperçoit en sa compagnie ne serait autre que Ali Ayoub, un homme de main de Wafic Safa et un des responsables sécuritaires du parti chiite au sein de la banlieue sud. Sauf qu’Israël affirme avoir éliminé Ali Ayoub le 27 septembre dernier, tandis que le parti chiite n’a jamais confirmé ce décès.
L’Orient-Le Jour a comparé le cliché avec une photo publiée par le site d’information al-Modon en mai 2024 et sur laquelle on aperçoit Wafic Safa et Ali Ayoub entourés de responsables sécuritaires des Forces de sécurité intérieure (FSI). Un examen minutieux des deux clichés montre que c’est bien Ali Ayoub qui se tient aux côtés de Wafic Safa à Raoudat al-Chahidayne. Si la mort de Ali Ayoub est confirmée, cela voudrait dire que les clichés ont été pris avant le 27 septembre 2024.
Quant au cimetière de Raoudat al-Chahidayne, une vidéo datant du 14 novembre, soit 12 jours avant le cessez-le-feu, et publiée par la plateforme Megaphone montre l’ampleur des dégâts survenus sur place, après une frappe qui a visé un bâtiment à proximité et qui a arraché des arbres dans le cimetière et détruit plusieurs pierres tombales. Les tombes que l’on aperçoit sur les clichés de Wafic Safa sont, elles, en très bon état, et des fleurs sont même posées dans le cimetière, ce qui pourrait confirmer le fait que les photos n’ont pas été prises récemment.
Bien connu du grand public ces dernières années, Wafic Safa est une figure polémique, souvent associée à l’intimidation. Il avait menacé en 2021 de déboulonner le juge d’instruction près la cour de justice Tarek Bitar, en charge de l’enquête sur la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020.
Le centre de recherche israélien Alma, qui se spécialise dans les questions sécuritaires au nord d’Israël, décrit Wafic Safa comme étant « l’homme des missions spéciales » du Hezbollah. Certains médias israéliens le décrivent comme étant le « ministre de la Défense » du Hezbollah, tandis que d’autres lui attribuent plutôt le portefeuille de l’Intérieur ou des Affaires étrangères.
Selon des informations parues fin octobre, Wafic Safa aurait été remplacé par le Hezbollah à la tête de l’unité de liaison et de coordination, mais le nom de son successeur n’a pas été divulgué.



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14 h 39, le 29 novembre 2024