Des militants munis de banderoles et de drapeaux se rassemblent pour demander aux pays riches d'aider les pays en développement à lutter contre le réchauffement climatique, pendant la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP29) à Bakou, en Azerbaïdjan, le 21 novembre 2024. Laurent THOMET/AFP
Un brouillon d'accord final à la COP29, le sommet du climat qui se tient à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, et qui en est vendredi à son dernier jour officiel, a provoqué la grande colère des ONG et de plusieurs délégations de pays en développement.
Dans cette COP de climat dédiée aux finances, les 250 milliards de dollars par an que propose ce texte, et qui représentent deux fois et demie le précédent engagement de 100 milliards par an, est de très loin inférieur aux exigences des pays en développement, qui se situaient au niveau de 1,3 trillion (d’ici 2030), et à celui de plusieurs organisations internationales, fixé à 5 trillions.
« C’est inadéquat, insuffisant et insultant pour le Sud global », assène à L’Orient-Le Jour Asad Rehman, directeur exécutif de « War on Want », une organisation qui milite contre la pauvreté et l’injustice.
Ce nouvel objectif financier doit être fixé cette année, car le précédent objectif de 100 milliards de dollars prend fin en 2025, et que la nécessité de le revoir à la hausse se fait sentir en raison des impacts de plus en plus visibles du changement climatique. Or cette proposition de 250 milliards « est un pas en arrière, si l’on prend en compte l’inflation d’ici 2035 et le coût croissant des désastres écologiques », poursuit Asad Rehman.
Une proposition « inacceptable »
Dès la publication du texte, les points de presse improvisés se sont enchaînés sur le site de la COP29, et les commentaires des ONG se sont multipliés. Les délégations des pays en développement ne se sont pas exprimées tout de suite, les tractations se poursuivant en coulisses. Cependant, les premières réactions des régions les plus touchées se sont manifestées. « La proposition (…) est totalement inacceptable et inadaptée pour mettre en œuvre l'accord de Paris », a déclaré le négociateur kényan Ali Mohamed, au nom du groupe des pays africains. L'alliance des petits États insulaires (Aosis) a dénoncé le « mépris » pour leurs « peuples vulnérables ».
Car il est clair que les demandes des pays en développement ont été ignorées. Meenashki Raman de « Third World Network », originaire de Malaisie, se dit « outrée ». « Aucune des demandes des pays en développement n’est satisfaite, et les engagements des pays développés ne sont pas clairement définis », dit-elle à L’OLJ.
Selon Kirtana Chandrasekaran, de « Friends of the Earth International », le problème réside dans le fait que cet accord, s’il aboutit, ne sera plus renégocié avant dix ans. « Or dans huit ans à peine, nous aurons atteint le point de non-retour au-delà duquel on aura dépassé notre capacité à nous limiter à 1,5 degré » de hausse de la température de la planète (cité dans l’accord de Paris), fait-elle remarquer. Elle souligne le fait que le texte ne mentionne même plus des pays mais des « acteurs », qui peuvent être des banques ou autres. « Il se peut que le financement ne se fasse plus que sous formes de prêts et que les dons disparaissent », dit-elle.
Le rôle des États-Unis
Pourquoi la perspective d’un dénouement aussi controversé ? Pour Meenashki Raman, « il n’y a pas de volonté politique, et les États-Unis sont probablement derrière cela ». L’élection du climatosceptique Donald Trump à la Maison-Blanche a-t-elle joué un rôle ? L’activiste est convaincue que la première puissance mondiale sortira de l’accord de Paris dans un an tout au plus, et se demande pourquoi « leur délégation joue un rôle aussi négatif, au lieu de rester simplement neutre ». « Ils ont systématiquement effacé toute mention au financement », dénonce-t-elle.
Les États-Unis préviennent déjà que 250 milliards par an représenteraient un effort « extraordinaire » par rapport à l'engagement actuel, selon un haut responsable américain, cité par l’AFP.
Un autre point qui révolte les ONG est l’expression « les pays développés prendront la tête des financiers du climat ». « Cela veut dire implicitement qu’ils ne seront pas les seuls à payer, et que leur part ne sera même pas fixée », affirme Asad Rehman. Les pays développés sont traditionnellement appelés à financer l’action climatique du fait de leur responsabilité historique dans les émissions mondiales, mais ils rechignent de plus en plus à le faire si des puissances émergentes comme la Chine restent épargnées par de telles obligations.
Qu’en est-il de la présidence azérie ? « Elle aurait pu faire beaucoup mieux, mais finalement, l’influence provient des pays développés », souligne Asad Rehman. Le « Fossile du jour », un prix fictif accordé par le rassemblement d’ONG Climate Action Network (CAN) chaque jour aux pays qui entravent le plus les négociations, est allé vendredi à la présidence azérie, considérée comme trop passive face aux efforts d’entraver un accord.
« La présidence est incompétente, c'est le chaos total », a confié un négociateur occidental, entre deux réunions bilatérales.
Deal ou no-deal ?
Il semble bien que les divergences de vues soient trop importantes pour qu’un texte final soit voté à temps à la COP29, qui devrait donc se prolonger dans la nuit et jusqu’à samedi. Certains sont même convaincus qu’il vaut mieux rejeter un mauvais accord que d’en subir les conséquences pendant 10 ans. « En tant qu’ONG, nous pensons que si le texte reste tel quel, il doit être rejeté par les pays en développement », assure Asad Rehman.
Pour l’activiste britannique, « cette proposition est une façon pour les pays développés de dire aux pays en développement qu’ils vont les sacrifier à l’autel de leur puissance économique ». « Ils ont de l’argent pour les guerres et pas pour sauver la planète ? », ajoute Meenashki Raman.
Pour Kirtana Chandrasekaran, « les pays développés ne veulent tout simplement pas mettre de l’argent sur la table, ils préfèrent abandonner leur responsabilité historique ».
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