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Société - Guerre Au Liban

Des déposants d’al-Qard al-Hassan « sereins » malgré les frappes israéliennes

« Nous avons l’habitude de traiter avec cette institution et elle ne nous a jamais fait défaut, malgré les crises », lance une jeune femme.

Des déposants d’al-Qard al-Hassan « sereins » malgré les frappes israéliennes

Des documents endommagés, le 21 octobre 2024 dans la banlieue sud de Beyrouth, après une frappe israélienne contre une agence d’al-Qard al-Hassan la veille. Photo floutée Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour

Non moins de douze raids israéliens de grande ampleur ont été menés dans la nuit de dimanche à lundi contre les branches de l’association financière du Hezbollah, al-Qard al-Hassan, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du parti. D’autres frappes ont ciblé et détruit des agences au Liban-Sud, à Nabatiyé et dans la Békaa, notamment à Baalbeck-Hermel. Une série d’attaques qui marquent un nouveau cap dans l’escalade militaire menée par l’armée israélienne contre le Hezbollah depuis le 23 septembre.

Des responsables israéliens, cités dans le Wall Street Journal, ont affirmé que « l’objectif des frappes contre les agences d’al-Qard al-Hassan est de réduire la confiance entre le Hezbollah et le peuple libanais ». Sur son compte X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne Avichay Adraee a écrit que « ces sites ont été identifiés par les services de renseignements comme étant utilisés pour stocker des liquidités employées par la branche militaire du Hezbollah » contre Israël.

L’association financière du Hezbollah a pour sa part publié, peu après les premières frappes, un communiqué sur les réseaux sociaux affirmant qu’elle avait déjà pris des mesures pour protéger les dépôts des citoyens. Fondée en 1983, un an après la création du Hezbollah, et enregistrée en tant qu’organisation non gouvernementale depuis 1987, al-Qard al-Hassan collecte d’un côté des dépôts non rémunérés conformément aux principes de la finance islamique, en dollars ou en livres, et octroie de l’autre des microcrédits. Certains y déposent de l’argent, d’autres leurs bijoux ou autres objets précieux.

Des bijoux en or à al-Qard al-Hassan

Malgré le communiqué rassurant de l’association, ses déposants sont-ils inquiets sur le sort de leurs biens ? Interrogée à ce sujet, une source du Hezbollah répond qu’il n’est pas possible de nous mettre en contact avec des responsables de l’association, et que nous serons « notifiés dès que celle-ci aura publié un communiqué officiel sur la situation ».

Il n’a pas non plus été facile de sonder les déposants eux-mêmes, un grand nombre d’entre eux ayant préféré rester discrets et ne pas s’exprimer, même sous anonymat, en raison du climat tendu qui règne dans le pays. Certains s’étonnent même de la question, estimant que l’association « a tout remboursé après 2006, pourquoi ne le ferait-elle pas aujourd’hui ? ». Deux d’entre eux, cependant, ont accepté de livrer leur témoignage. Ils semblent plutôt sereins.

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Une femme émigrée dans un pays d’Amérique latine, originaire de la Békaa, mais ayant refusé de nous fournir tout autre détail sur son identité, raconte avoir placé tous ses bijoux en or dans l’une des filiales d’al-Qard al-Hassan il y a quelques années. « Il était plus sûr pour moi de les savoir dans cette institution qu’à la maison, que ce soit avec moi ici ou chez l’un de mes proches au Liban », raconte-t-elle. À chacune de ses visites au bercail, cette dame saisissait l’occasion pour prolonger le contrat d’hypothèque, et l’argent encaissé lui servait à couvrir les dépenses de son séjour, entre autres. « Ensuite, je remboursais l’argent par petites sommes chaque mois, c’était très avantageux pour moi », explique-t-elle.

S’inquiète-t-elle aujourd’hui du sort de ses bijoux ? « Quand je pense à tous ces gens qui ont été tués ou ont perdu des proches, ou encore leur maison, je me dis que je ne vaux pas mieux qu’eux et que ma perte ne serait rien comparée à la leur », lance-t-elle. Elle reconnaît cependant « avoir reçu des messages impersonnels, comme ceux qu’on reçoit toujours, étant donné que l’on n’a pas de contact avec la direction de l’association, qui nous rassure sur le fait que l’or et l’argent ont été retirés des branches bien avant les frappes, qu’ils sont en sécurité et qu’on ne perdra pas un centime de notre argent ».

Pour les bijoux qu’elle a déposés, cette dame obtient en liquide environ 40 % de leur valeur, à condition de rembourser la somme sur 30 mois, une durée prolongée à 36 mois par la suite, sans intérêts ni autre frais que la somme symbolique déboursée au moment d’ouvrir le dossier.

« Ébranler la confiance entre la résistance et son public »

« Les frappes contre al-Qard al-Hassan ne nous ont pas du tout ébranlés, nous avons l’habitude de traiter avec l’association et elle ne nous a jamais fait défaut. » Cette jeune employée de 25 ans, qui a également souhaité rester anonyme, raconte que ses parents ont déposé de l’argent dans l’institution. Elle-même l’avait fait précédemment mais avait retiré les sommes déposées avant le début de la guerre en cours. Pour ses proches et elle, la confiance est absolue. « Dans toutes les guerres et toutes les crises, nous n’avons jamais perdu un centime, alors même que les banques avaient arrêté de rembourser leurs déposants. Une fois de plus, al-Qard al-Hassan a assuré à ses déposants, dans son message sur les réseaux sociaux, qu’ils ne perdraient rien de leur argent », dit-elle.

Ses parents et elle, déplacés de Chiyah dans la banlieue sud de Beyrouth depuis le début de l’escalade israélienne contre le Hezbollah le 23 septembre, ont donc accueilli sans grande inquiétude la nouvelle des frappes du dimanche soir. « Nous savons que l’institution a pris les mesures nécessaires pour mettre les dépôts à l’abri, bien avant ces frappes », assure la jeune femme.

Comment interprète-t-elle donc les bombardements contre des sièges potentiellement vidés de leur contenu ? « C’est la politique israélienne depuis le début, ils veulent effrayer et démoraliser le public de la résistance, dans l’espoir d’une réaction courroucée de sa part. C’est méconnaître la nature du lien entre les deux. »

Non moins de douze raids israéliens de grande ampleur ont été menés dans la nuit de dimanche à lundi contre les branches de l’association financière du Hezbollah, al-Qard al-Hassan, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du parti. D’autres frappes ont ciblé et détruit des agences au Liban-Sud, à Nabatiyé et dans la Békaa, notamment à Baalbeck-Hermel. Une série d’attaques qui marquent un nouveau cap dans l’escalade militaire menée par l’armée israélienne contre le Hezbollah depuis le 23 septembre.Des responsables israéliens, cités dans le Wall Street Journal, ont affirmé que « l’objectif des frappes contre les agences d’al-Qard al-Hassan est de réduire la confiance entre le Hezbollah et le peuple libanais ». Sur son compte X, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne Avichay Adraee a écrit...
commentaires (4)

Même modus operandi qu'a Gaza. Merci HN et toute ça clique perse de nous avoir plongés dans les ténèbres.

KHL V.

07 h 25, le 22 octobre 2024

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Commentaires (4)

  • Même modus operandi qu'a Gaza. Merci HN et toute ça clique perse de nous avoir plongés dans les ténèbres.

    KHL V.

    07 h 25, le 22 octobre 2024

  • Que les libanais arrêtent de désigner les prochaines cibles qu'Israël doit bombarder, car ceci fait d'eux des informateurs et des complices des israéliens, voire des criminels de guerre.

    KERBAJE Eli

    23 h 07, le 21 octobre 2024

  • Caches par les mercenaires sous des hopitaux, ecoles et et maisons!!!! Pauvre peuple! Vous avez ete dupes... Pauvre Liban!

    Cadmos

    21 h 52, le 21 octobre 2024

  • En espérant ne pas être censuré. Ces gens vivent vraiment dans le déni.Que ce soit le hezbollah que leurs adeptes. Le lavage de cerveau est tel qu'ils sont réfugiés, ils ont tout perdu, le pays brûle, le pays est détruit, ils ont perdu leurs proches, leurs voisins, leurs leaders et ils estiment encore et encore qu'ils sont vainqueurs. Si ceci est la victoire ? je n'ai vraiment pas envie de voir à quoi ressemblerait la défaite !!!! Le déni complet et total. Et vous dites que nous partageons les mêmes valeurs???? Sérieux? Bon voyons les censeurs maintenant.

    LE FRANCOPHONE

    20 h 36, le 21 octobre 2024

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