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Monde - Récit

Les frères Massabki, du martyre à la sainteté

Francis, Abdel Moati et Raphaël ont été assassinés à Damas le 10 juillet 1860 pour avoir refusé de renier leur foi chrétienne.

Les frères Massabki, du martyre à la sainteté

L’image officielle proclamant la sainteté des martyrs franciscains et des frères Massabki.

Paul et Maya avaient décidé d’avoir des fiançailles religieuses à Achkout, au siège de l’évêché du diocèse patriarcal de Sarba. C’était le 14 septembre 2002. En attendant la venue des fiancés, les quelques invités présents découvrent le bâtiment historique de l’évêché, comprenant au rez-de-chaussée de superbes arcades. Dans une des salles où des meubles anciens sont couverts d’une épaisse couche de poussière, on repère parmi tous ce bric-à-brac de nombreuses reproductions sur étoffe et papier du tableau qui avait été exposé sur la façade de la basilique Saint-Pierre à Rome en 1926, durant la cérémonie de béatification des trois frères Massabki : Francis, Abdel Moati et Raphaël, priant devant un autel de la Vierge Marie.

Près de ces reproductions se trouvent deux documents de couleur rose, ternis par le passage du temps, écris en arabe par Béchara Chemali, l’ancien évêque de Damas, sur la vie des frères Massabki, et une description des étapes de leur béatification. On trouve aussi un vase contenant des ossements qu’une plaque attribue aux frères Massabki et à huit pères franciscains tués tous durant les tristement célèbres massacres de 1860 à Damas, et enterrés ensemble dans une fosse commune.

La responsable des affaires sociales du diocèse, Colette Ajouri, prend cette urne et va la montrer à Mgr Guy Noujeim au premier étage pour s’enquérir sur cette découverte inédite.

Les massacres de 1860

Ces « martyrs de l’Église » avaient été assassinés au couvent des franciscains à Damas le 10 juillet 1860 sous le règne du gouverneur ottoman Ahmad Pacha.

L’aîné, Francis, riche commerçant intègre, était père de huit enfants. Le cadet, Abdel Moati, enseignait à l’école des franciscains et avait cinq enfants. Raphaël, le plus jeune, était célibataire et aidait ses frères. Entre la famille Massabki et les franciscains, les liens n’étaient pas empreints seulement de bon voisinage, mais aussi de spiritualité commune. Ils commençaient toujours leur journée par la prière au couvent avant de vaquer à leurs occupations.

Au jour tragique du 10 juillet, alors que les massacres des chrétiens avaient commencé à Damas, les Massabki gagnèrent le couvent des franciscains près de Bab Touma. Les agresseurs attaquèrent le couvent et y entrèrent. Ils attrapèrent d’abord Francis. Ce dernier avait prêté de l’argent, 8 000 piastres, à Abdallah el-Halabi, cheikh des ulémas et un des instigateurs des violences. Ils lui proposèrent de la part de leur maître de devenir musulman. Il leur répondit : « Cheikh Abdallah peut garder mon argent. Vous pouvez prendre ma vie. Mais ma foi, nul ne peut me l’arracher. Je ne peux renier mon Dieu. (…). Je suis chrétien. » Ils se mirent à le rouer de coups usant de poignards et de haches. Ses deux frères refusèrent eux aussi de renier leur foi. Ils furent tués aussi de manière barbare. Le sort des religieux franciscains ne fut pas meilleur.

Selon la tradition, toutes ces victimes ont été ensevelies ensemble au couvent. Ainsi, « se sont mêlés, dans le même creuset, le sang des enfants de saint Maron, de l’Orient, et celui des fils spirituels de saint François, venus de l’Occident : dans ce même et suprême témoignage de fidélité à Jésus-Christ, et en heureuse et glorieuse élévation, à jamais inscrite en la mémoire des siècles », selon les propos de Mgr Béchara Chemali, lors de sa présentation du cas des frères Massabki en 1926 devant le pape Pie XI.


La béatification

Leur béatification revêt d’ailleurs, elle aussi, un caractère accidentel. En mai 1926, Mgr Chemali apprend que les franciscains tués avec les frères Massabki allaient être béatifiés. Il décide donc de joindre au dossier des franciscains celui des trois maronites, estimant posséder de nombreux documents prouvant le martyre des Massabki.

S’ensuit une correspondance avec Rome jusqu’à ce que sa requête soit acceptée. Une commission d’enquête est formée et visite le Liban et la Syrie quelques mois plus tard. Le 7 octobre, le pape annonce officiellement que les frères Massabki seront béatifiés le 10 en même temps que les huit franciscains, avec lesquels ils forment désormais pour l’Église catholique les « martyrs de Damas » de 1860.


Le processus de canonisation

Ils ont été les premiers fidèles de l’Église maronite à avoir été béatifiés selon la procédure en vigueur dans l’Église romaine catholique. Avant eux, les saints maronites étaient reconnus comme tels sur la base des traditions populaires.

Toutefois, leur souvenir s’estompe peu après leur béatification pour diverses raisons : la création du Grand-Liban, la Seconde Guerre mondiale, la guerre libanaise et, plus tard, la canonisation des saints libanais, comme saint Charbel et sainte Rafqa. Et c’est cette découverte accidentelle en 2002 qui est venue ranimer leur histoire et leur chemin vers la sainteté.

Mgr Noujeim, avec l’approbation du patriarche maronite Nasrallah Sfeir, forme un « Comité pour raviver l’intercession des bienheureux martyrs Francis, Abdel Moati et Raphaël Massabki ». Des prières et des images ont été imprimées et distribuées à l’ensemble des paroisses. Des pèlerinages ont été organisés au lieu de leur martyre à Damas, etc.

Mais ces initiatives sont demeurées limitées. Selon Mgr Noujeim, la procédure de canonisation prend généralement beaucoup de temps. Elle coûte par ailleurs énormément. À cette époque, les responsables religieux ont décidé de poursuivre la procédure de la même manière que la béatification : en la joignant à celle des franciscains, pour économiser de l’argent.

Mais il y a quelques années, l’évêque de Chypre Salim Sfeir propose une procédure différente : une canonisation équipollente, qui se réalise à travers un décret du pape, sans besoin de prouver un miracle et donc sans la procédure habituelle et onéreuse.

Mgr Noujeim aime souvent raconter : « Nous prions les frères Massabki de faire un seul miracle, celui de ne pas faire de miracle », pour que cette procédure parallèle puisse aboutir, d’une manière rapide et la moins coûteuse possible.

Au cours des deux dernières années, le synode des évêques maronites a formé un comité épiscopal d’appui à la cause des trois frères Massabki. Et en juin 2022, le patriarche Béchara Raï sollicite du pape François la proclamation de sainteté par canonisation équipollente de Francis, Abdel Moati et Raphaël, en tant que « martyrs de l’Église ».

Ce qui arrive finalement le 17 décembre 2022, le jour d’anniversaire du pape François, quand le Vatican annonce la décision de canoniser les trois frères Massabki. Selon l’annonce du Vatican, les trois « bienheureux » sont considérés comme des « martyrs entre les saints », sans besoin de preuve qu’ils ont accompli un miracle, parce qu’ils sont des « martyrs de la foi ».

La cérémonie de canonisation a lieu le dimanche 20 octobre 2024, à la basilique Saint-Pierre à Rome, en présence du patriarche Raï et d’une vingtaine d’évêques. Et comme par un retournement de faveur, les huit franciscains ont également été canonisés avec les Massabki.  

Paul et Maya avaient décidé d’avoir des fiançailles religieuses à Achkout, au siège de l’évêché du diocèse patriarcal de Sarba. C’était le 14 septembre 2002. En attendant la venue des fiancés, les quelques invités présents découvrent le bâtiment historique de l’évêché, comprenant au rez-de-chaussée de superbes arcades. Dans une des salles où des meubles anciens sont couverts d’une épaisse couche de poussière, on repère parmi tous ce bric-à-brac de nombreuses reproductions sur étoffe et papier du tableau qui avait été exposé sur la façade de la basilique Saint-Pierre à Rome en 1926, durant la cérémonie de béatification des trois frères Massabki : Francis, Abdel Moati et Raphaël, priant devant un autel de la Vierge Marie.Près de ces reproductions se trouvent deux documents de couleur rose,...
commentaires (2)

Voici nos vrais Martyrs, nos véritables héros. Ils ont suivi la Vérité, le Chemin et la Vie. Ils ont approché la véritable liberté, l'authentique volonté. Ils nous laissent le bon exemple, l'amour suprême. Ils ne faut pas nous tromper, ni tromper Dieu. Non plus tromper les Hommes avec de fausses idoles (pléonasme), et suivre de mauvais bergers qui n'apportent que désolations, trahisons, crimes et guerres incessantes pour mieux nous perdre et nous soumettre. Nous disposons du Libre-arbitre, nous avons chacun la possibilité et le droit de suivre le Christ, malgré tous ceux qui le combattent.

Nicolas ZAHAR

23 h 19, le 21 octobre 2024

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Commentaires (2)

  • Voici nos vrais Martyrs, nos véritables héros. Ils ont suivi la Vérité, le Chemin et la Vie. Ils ont approché la véritable liberté, l'authentique volonté. Ils nous laissent le bon exemple, l'amour suprême. Ils ne faut pas nous tromper, ni tromper Dieu. Non plus tromper les Hommes avec de fausses idoles (pléonasme), et suivre de mauvais bergers qui n'apportent que désolations, trahisons, crimes et guerres incessantes pour mieux nous perdre et nous soumettre. Nous disposons du Libre-arbitre, nous avons chacun la possibilité et le droit de suivre le Christ, malgré tous ceux qui le combattent.

    Nicolas ZAHAR

    23 h 19, le 21 octobre 2024

  • Les miracles pourraient arriver. Déjà le simple fait que leur dossier ait pu avancer, c'est un miracle. Les frères méritent cet hommage et canonisation.

    LE FRANCOPHONE

    16 h 24, le 20 octobre 2024

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