La photo de famille du XIXe sommet de la Francophonie, le 4 octobre 2024, au château de Villers-Cotterêts. Alex Tharreau/OIF
Alors que les JO 2024 ont mis en avant le patrimoine français offrant – l’espace de quelques semaines – des sites qui ont accueilli plusieurs épreuves olympiques, Paris vient d’organiser le XIXe sommet de la Francophonie dans le même esprit d’ouverture : château de Villers-Cotterêts, Grand Palais, Centquatre… La capitale a mis les bouchées doubles pour accueillir ce sommet de l’OIF, le premier en 33 ans dans l’Hexagone.
La cartographie des sites prévus pour l’organisation de la conférence est impressionnante. À l’instar du château de Villers-Cotterêts où a eu lieu la cérémonie d’ouverture et où se trouve la cité internationale de la langue française, là-même où François Ier signa un de ses actes les plus fameux : l’ordonnance dite de Villers-Cotterêts, par laquelle le français devint la langue officielle du droit et de l’administration. Là aussi où Molière joua son Tartuffe censuré à Paris, là où vécut Alexandre Dumas…
La clôture du sommet a eu lieu au Grand Palais à Paris, symbole de progrès et d’innovation, qui a été construit à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900. D’importants travaux entamés en 2021 lui ont permis de retrouver sa splendeur d’origine, à point pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Dans cet écrin, sous la nef, les travaux en assemblée plénière des chefs d’État et de gouvernement ont été placés sous le signe de la transparence.
Outre les bouchons interminables créés dans la capitale française à l’occasion des passages des convois des chefs d’État et de gouvernement invités, la réunion n’a pas suscité cependant beaucoup d’enthousiasme, certains y voyant un signe que l’OIF est une organisation qui a perdu son souffle ou bien que la langue française était en perte de vitesse.
La réalité reste beaucoup plus nuancée. Le français est parlé par 321 millions de personnes à travers le monde, un chiffre qui devrait atteindre 750 millions d’ici à 2070, avec une forte concentration en Afrique, qui abrite 60 % des locuteurs francophones. Actuellement, le français est la cinquième langue la plus parlée au monde et la quatrième langue la plus utilisée sur internet.
En outre, l’OIF qui poursuit son élargissement regroupe désormais 88 États ou gouvernements. Plusieurs d'entre eux ont soumis des demandes d'adhésion ou de modification de leur statut à l'occasion de ce sommet. Parmi les nouveaux observateurs figurent l'Angola, le Chili, la Nouvelle-Écosse (Canada), la Polynésie française (France) et la Sarre. De plus, des pays comme Chypre et le Ghana ont vu leur statut évoluer pour devenir membres de plein droit, témoignant de l'attractivité croissante de l'OIF.
La francophonie apparaît aujourd’hui comme une organisation internationale en pleine mutation. Tout a commencé par un regroupement de pays nouvellement indépendants, désireux de poursuivre avec la France des relations fondées sur des affinités culturelles et linguistiques, et souhaitées dans les années 1960 par des personnalités issues des anciennes colonies françaises, à l’instar du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, du Cambodgien Norodom Sihanouk ou du Tunisien Habib Bourguiba.
Le début officiel des sommets francophones remonte à 1986 sous l’impulsion de François Mitterrand.
Tournant politique
Historiquement, l’OIF a pris un tournant politique important depuis le sommet de Beyrouth en 2002, en condamnant tout recours au terrorisme et en appelant à la conclusion d’une convention internationale pour le combattre, suite aux attentats du 11 septembre 2001. Ce sommet avait abordé des sujets sensibles d’actualité comme la situation en Irak, en Israël et dans les territoires palestiniens, mais aussi en Côte d’Ivoire, en proie à des violences à ce moment.
C’est dans cette continuité que le président français, Emmanuel Macron, a affirmé vendredi dans son discours d’ouverture que la francophonie est un « espace d’influence », plaidant pour que les membres de l’OIF portent « ensemble une diplomatie » qui défende partout la « souveraineté et l’intégrité territoriale », « sans doubles standards », allant de l’Ukraine au Liban. Il a en outre souhaité faire de la francophonie « un espace de médiation », alors que l’organisation n’a pas pratiquement un poids politique majeur sur la scène mondiale.
Au fil des sommets, les membres de l’organisation ont admis que « l’économie était l’un des éléments indissociables de la culture des peuples », définissant les paramètres d’une coopération économique entre les pays membres. Ces derniers, qui ont le français en commun, mettent en outre l’accent sur l’enseignement, socle principal aujourd’hui de l’expansion et de la transmission de la langue de Molière, mais aussi sur les jeunes, qui sont l’avenir de la francophonie.
Le sommet de Villers-Cotterêts a ainsi placé la question de l'emploi des jeunes au centre des discussions, avec la volonté de créer des solutions concrètes tant au sein de l'OIF que dans les pays membres pour offrir à la jeunesse des opportunités d'insertion professionnelle en langue française.
Les délégations des pays membres de l'OIF en discussion sous la coupole du Grand-Palais, à Paris, le 5 octobre 2024. Photo Antoine Ajoury
Le numérique
Pour se réinventer, la francophonie surfe désormais sur le numérique. Emmanuel Macron a ainsi appelé vendredi à « bâtir un ordre numérique protégeant les citoyens », pour « mieux lutter contre la désinformation, la propagation de la haine en ligne, les discours de haine, racistes et antisémites ». Les pays membres ont d’ailleurs lancé « l'Appel de Villers-Cotterêts », invitant les grands acteurs du numérique à « bâtir un espace plus sûr et plus divers, et à lutter contre tous ces discours de haine ».
La déclaration finale a en enfin reconnu « l’urgence d’agir dans l’environnement numérique » et enjoint « aux institutions et opérateurs de la Charte de la francophonie de mettre en œuvre des solutions en faveur de l’accessibilité, de la diversité linguistique et de la découverte des contenus culturels, éducatifs et scientifiques francophones, ainsi que de l’entraînement en français de l’intelligence artificielle générative ».

