Le président français Emmanuel Macron s'exprimant au cours de la conférence de presse à Paris, le 5 octobre 2024, à la clôture du sommet de la francophonie. Photo Antoine Ajoury
Le président français Emmanuel Macron a annoncé qu'il organisera une conférence internationale sur le Liban en octobre, peu avant la clôture du XIXe sommet de la Francophonie samedi soir à Paris.
Les 88 membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ont demandé « unanimement » un cessez-le-feu « immédiat et durable » au Liban, sous le feu des frappes israéliennes, a ainsi annoncé le président français. « Nous nous sommes exprimés unanimement en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et durable et avons dit notre engagement pour une désescalade des tensions dans la région », a indiqué le chef de l’Élysée, qui a également remercié les membres de l'OIF « d'avoir approuvé l'organisation par la France d'une conférence internationale de soutien au Liban » en octobre.
La délégation libanaise au sommet, présidée par le ministre sortant de l’Information Ziad Makari et comprenant l’ambassadeur du Liban à Berlin Moustapha Adib, ainsi que le représentant du Liban à l’Unesco Nadim Souraty, de même que le chargé d’affaires à l’ambassade à Paris Ziad Taan, a bataillé dur pour aboutir finalement à une déclaration de solidarité en faveur du Liban. Selon M. Makari, Emmanuel Macron a joué un « rôle important » pour faire passer la résolution, malgré une forte réticence exprimée par certains pays soutiens inconditionnels d'Israël.
Selon une source française présente au sommet et ayant requis l’anonymat, plusieurs pays africains ont soutenu l’État hébreu. En outre certains pays occidentaux, comme le Canada, la Roumanie ou encore la Bulgarie, ont clairement appuyé la position israélienne dans ce conflit.
Aucune mention d'Israël
Cela a conduit in fine à retirer toute mention d’Israël de la déclaration de solidarité avec le Liban, publiée à la clôture du sommet et appelant « avec force à mettre fin aux atteintes à la souveraineté et à l’intégrité territoriale du Liban » et à « un cessez-le-feu immédiat et durable ».
À une question de L’Orient-Le Jour critiquant une déclaration vidée de son sens, puisqu’elle ne mentionne pas expressément Israël, M. Macron a appelé à ne pas sous-estimer le soutien unanime des membres de l’OIF au Liban.
« Notre priorité actuellement est un cessez-le feu, a expliqué M. Macron. Viendra ensuite l’aide humanitaire à la population en détresse qui sera l’un des objectifs de cette conférence. Le troisième point est d’aider l’armée libanaise à se reconstituer pleinement pour pouvoir assurer la stabilité et la sécurité du pays. Et enfin, il faut mener un travail politique avec toutes les parties prenantes pour doter le Liban d’institutions politiques stables ».
« La France reste mobilisée et les prochains jours seront déterminants pour aboutir à un cessez-le-feu et entamer le travail humanitaire », a ajouté le président français, qui « envoie un mot d’affection et de soutien pour le Liban ».
Si le texte adopté est en-deçà des ambitions du texte initial proposé, la délégation libanaise semblait néanmoins satisfaite de la dernière mouture. « C’est normal d’avoir des négociations dans les instances internationales, et le texte final appuie clairement le Liban », affirme un membre de la délégation libanaise à L’Orient-Le Jour. Le texte exprime en effet « la solidarité indéfectible de la famille francophone avec le Liban dans cette nouvelle épreuve qu’il traverse », condamnant « toute action indiscriminée contre les civils » et appelant « à la protection de la population civile ».
Il convient de noter en marge du sommet que le président français s'est prononcé samedi pour un arrêt des livraisons d'armes à Israël qui sont utilisées dans le conflit à Gaza. « Je pense qu'aujourd'hui, la priorité, c'est qu'on revienne à une solution politique, qu'on cesse de livrer les armes pour mener les combats sur Gaza », a-t-il déclaré lors d'une émission spéciale sur la radio France Inter consacrée à la francophonie. Des propos qui ont aussitôt fait réagir le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a dit qu'Emmanuel Macron et certains dirigeants occidentaux « devraient avoir honte » d'appeler à des embargos sur les armes destinées à Israël.
Campagne médiatique de Makari
Au cours du sommet, le ministre sortant Makari a entrepris une série de rencontres bilatérales avec les chefs de délégations présentes, pour leur expliquer le point de vue du Liban concernant la situation actuelle. M. Makari a également mené une vaste campagne médiatique, donnant un grand nombre d’interviews à la presse internationale.
Au cours de la réunion à huis-clos de toutes les délégations présentes, le responsable a tenu à donner des chiffres forts concernant les victimes libanaises.
« À l’heure même où je vous parle, un million deux cent mille personnes sont déplacées, contraintes de laisser derrière elles leur maison, leurs biens, leur gagne-pain, et les souvenirs de toute une vie. Ces déplacements internes viennent aggraver une situation économique désastreuse et la dégradation de nos infrastructures déjà fragiles », a-t-il affirmé. « À l’heure même où je vous parle, le sang coule. Plus de 2 000 personnes ont déjà perdu la vie. Plus de 10 000 autres sont blessées. Ce ne sont pas simplement des chiffres que l’on cite mais des vies humaines. Des hommes, des femmes, des enfants qui avaient des projets, des rêves, un avenir. À l’heure même où je vous parle, les hôpitaux au Liban ne peuvent plus faire face à l’afflux des patients », a martelé le ministre devant les chefs d’État et de gouvernement de l’OIF.
Signe de l'attention qu'Emmanuel Macron porte au Liban, le chef de l’Élysée a laissé la tribune au ministre libanais pour clôturer la réunion des délégations sans limite de temps, alors que les autres représentants officiels n'ont eu droit qu'à une minute chacun pour s’exprimer.




Si c’est pour faire « du en même temps » ça n’est pas la peine de les déranger pour si peu. On ne peut pas être avec et contre quelqu’un, ça ne marche pas M. Macron. Il faut se positionner du côté des libanais pour pouvoir parler en leurs noms. L’expérience de votre comportement après le 4 août nous a laissé un goût amer. Si vous aviez été un peu plus conséquent et plus fermé avec les fossoyeurs, on ne’er serait pas là. Merci quand même.
18 h 36, le 07 octobre 2024