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Nos lecteurs ont la parole

« Le Liban à la croisée des chemins »

Intervention faite au palais du Luxembourg-Paris à l’occasion du colloque organisé par l’Association Lubnan, le 28 septembre 2024.

On ne peut parler d’économie et de politique sans retourner à la notion de « l’économie politique » prônée par Louis Turquet de Mayerne en 1611 dans son livre La Monarchie aristo-démocratique, Antoine de Montchrestien en 1615 dans son traité sur « L’Économie politique », ou Adam Smith ensuite, père de cette notion. Aussi la politique économique est les stratégies employées par les gouvernements pour optimiser les performances économiques d’un État. Les deux notions, bien que différentes, se doivent de se compléter. Au Liban par contre, la seule économie est l’économie au service de la politique partisane, mafieuse et personnelle.

Aujourd’hui, nous faisons face au niveau de l’État libanais dans son ensemble à deux critères gangréneux qui sont la présence du Hezbollah, milice armée au service d’un État étranger, et le leadership politique avec sa corruption, le vol, la fraude et tous les moyens possibles à des fins d’enrichissement illicite. Supposant que le critère du Hezbollah soit résolu d’une manière ou d’une autre, le futur économique du Liban reposera sur le second critère qui est le leadership politique actuel.

Cela implique trois scénarios pour l’avenir du Liban, prenant en compte les critères politique et économique du pays. Le premier pessimiste, le second transitionnel et le dernier optimiste.

Les 3 scénarios vont respectivement du probable à l’improbable selon les mœurs et habitudes politiques en cours.

1- Scénario pessimiste. Après le déclin et l’instabilité actuelle au niveau politique, les tensions communautaires s’accroissent, alimentant un cycle de violence. Le pays reste un terrain d’affrontement pour des puissances étrangères, rendant toute solution politique difficile et exacerbant le sentiment d’impuissance des citoyens et de l’opposition actuelle. Au niveau économique, directement touchés par la politique ci-dessus, la pauvreté et le chômage augmenteront, avec des entreprises qui ferment et des fuites de capitaux. L’inflation explose, et le pays devient de plus en plus dépendant de l’aide humanitaire internationale.

Le résultat sera que le Liban plongera davantage dans la crise, avec une instabilité politique croissante et une détérioration des conditions économiques. Les conflits internes et les tensions s’intensifieront.

2- Scénario transitionnel se dirigeant vers une nouvelle normalité au niveau politique, l’opposition jouant dans les normes actuelles sans impact politique réel sauf le bénéfice d’exister, avec un système politique restant fragile. Des plateformes de dialogue commenceront à se former entre les différentes factions. Les jeunes générations, par leur engagement, pousseront vers une refonte des normes politiques et sociales, créant un terreau pour un changement durable.

Au niveau économique, une économie informelle se développera pour répondre aux besoins immédiats, favorisant l’entrepreneuriat local. Les initiatives communautaires émergeront, avec une attention croissante aux pratiques durables et aux circuits courts. Ce qui mènera le Liban à travers une période tumultueuse mais amorcera des changements structurels. Les tensions se stabiliseront temporairement, et des mouvements de base commenceront à redéfinir la politique et l’économie.

3- Scénario optimiste qui se basera sur une renaissance de l’État et des réformes structurelles, une opposition unie, forte et appuyée par un vote massif lors des prochaines élections parlementaires entraînera une gouvernance qui deviendra plus inclusive et représentative, ce qui renforcera la confiance des citoyens. Des institutions plus solides émergeant, réduisant la corruption et favorisant le dialogue entre les différentes communautés, avec une société civile qui se mobilisera, et un nouveau leadership qui émergera, transparent et engagé. Les répercussions sur l’économie seront des investissements étrangers qui afflueront grâce à un climat d’affaires amélioré. Des secteurs comme le tourisme, les technologies numériques et l’agriculture durable se développeront et le Liban deviendra un hub régional d’innovation. Ce qui lui permettra de mettre en place des réformes politiques et économiques soutenues par la communauté internationale.

Chaque option présente des opportunités, des menaces et des défis. Le chemin que le Liban empruntera dépendra de la capacité de l’opposition actuelle ainsi que les acteurs-clés de la société civile et de la diaspora à se mobiliser pour jouer un rôle crucial dans la définition de l’avenir du pays pour pouvoir promouvoir les réformes nécessaires, obtenir le soutien de la population et de la communauté internationale, instaurer la notion de citoyenneté et promouvoir ses plans d’avenir.

Nous nous devons d’opter pour le meilleur. Le pays et le citoyen le méritent. L’espoir est le nutriment des nations, nous n’en manquons pas.

Ancien ministre

Professeur à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et l’Université arabe de Beyrouth

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Intervention faite au palais du Luxembourg-Paris à l’occasion du colloque organisé par l’Association Lubnan, le 28 septembre 2024.On ne peut parler d’économie et de politique sans retourner à la notion de « l’économie politique » prônée par Louis Turquet de Mayerne en 1611 dans son livre La Monarchie aristo-démocratique, Antoine de Montchrestien en 1615 dans son traité sur « L’Économie politique », ou Adam Smith ensuite, père de cette notion. Aussi la politique économique est les stratégies employées par les gouvernements pour optimiser les performances économiques d’un État. Les deux notions, bien que différentes, se doivent de se compléter. Au Liban par contre, la seule économie est l’économie au service de la politique partisane, mafieuse et personnelle. Aujourd’hui, nous...
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