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L'escalade entre Israël et le Hezbollah, catastrophe de trop pour les Libanais

"Tout s'écroule autour de nous, on ne peut pas supporter une guerre", implore Anis Rebeiz. Dans un Liban déjà miné par une crise économique et sociale majeure, l'escalade militaire entre Israël et le Hezbollah libanais ravive les traumatismes des guerres passées. 

"Les gens sont épuisés mentalement, la situation économique et notre argent (bloqué) dans les banques c'est déjà suffisant", lâche à l'AFP cet homme de 55 ans, propriétaire d'une société immobilière, en garant sa voiture dans le quartier chrétien d'Achrafieh, dans l'est de Beyrouth. 

L'économie libanaise s'est effondrée fin 2019 et des restrictions bancaires draconiennes limitent l'accès des épargnants à leur argent, près de la moitié des Libanais vivant désormais sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. 

En 2020, une immense explosion d'un stock de tonnes de nitrate d'ammonium a ravagé le port de Beyrouth et ses environs, faisant 220 morts et des milliers de blessés, conséquence de l'incurie et la corruption des dirigeants libanais. 

Parallèlement, le pays est paralysé par les profondes divisions entre ses principales forces politiques. 

Ces jours ci, les rues d'ordinaire vibrantes de vie de la capitale sont relativement calmes, reflétant l'angoisse des Libanais.

Les écoles sont fermées, certaines transformées en centres d'accueil pour les dizaines de milliers de déplacés fuyant les frappes aériennes israéliennes, qui visent depuis lundi des cibles du Hezbollah, pour l'essentiel dans le sud et l'est du pays.  

Dans les zones encore épargnées par les bombardements intensifs, cette escalade fait redouter aux Libanais un coup fatal pour leur pays, après près d'un an d'échanges de tirs quotidiens entre l'armée israélienne et le Hezbollah, qui a ouvert un front contre Israël depuis le début de la guerre à Gaza. 

"On n'a aucun horizon, pas même un mince filet d'espoir", dit M. Rebeiz. 

- "Valise devant la porte" -

"Si la guerre éclate, je suis prête", dit Abir Khater, 43 ans, rencontrée devant un centre commercial du quartier chrétien d'Achrafieh.

"J'ai préparé une valise avec les papiers d'identité de mes enfants, les passeports, quelques vêtements, et je l'ai mise devant la porte".

Cette mère de trois enfants, directrice d'un magasin, explique avoir fui avec sa famille son quartier d'Ain Remmaneh, jouxtant la banlieue sud de Beyrouth où l'aviation israélienne a jusque là visé à quatre reprises des responsables du Hezbollah en une semaine.

"J'ai eu peur qu'un missile nous tombe dessus par erreur, personne ne sait ce qui peut arriver", explique-t-elle. 

Abir Khater dit que ses enfants, à qui elle ne cache pas la possibilité d'une guerre, n'ont toujours pas surmonté le traumatisme de l'explosion du port, et des affrontements qui ont secoué la ville en 2021.  

En 2006, "je n'étais pas encore mariée (...) aujourd’hui, j'ai très peur pour mes enfants", ajoute-t-elle.

La dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, durant l'été 2006, a fait en 33 jours 1.200 morts libanais, principalement des civils, provoqué des destructions massives dans les bastions du Hezbollah, et sérieusement endommagé nombre d'infrastructures du pays.  

Si les Libanais sont divisés sur le "soutien" revendiqué par le Hezbollah au Hamas palestinien, en guerre contre Israël à Gaza, ils partagent tous une même inquiétude pour l'avenir.

Sur la place Sassine, au coeur d'Achrafieh, un immense drapeau libanais flotte au-dessus de Mohammed Khalil, assis sur un banc. L'homme a fui son village de Deirintar (sud) avec sa femme, ses trois enfants et sa mère, pour rejoindre la capitale après un long périple de deux jours dans les embouteillages d'un exode massif. 

- "Rayé de la carte" -

"Ca fait environ trois heures que je réfléchis à comment trouver un emploi et un logement. J'ai des enfants qui doivent aller à l'école, je pense à leur avenir... mais je suis dans une impasse", dit ce trentenaire, qui doit "tout reconstruire". 

Mais selon lui, le Hezbollah devrait réagir: "on est prêt à tout sacrifier pour la résistance", dit-il. 

A l'inverse pour Ghada Hatoum, qui se promène dans le quartier commerçant de Hamra, le Hezbollah "a prouvé qu'il a pris la mauvaise décision en attaquant Israël". 

Ce "n'est pas un État capable de décider entre guerre et paix, c'est une entité parallèle", ajoute cette femme, l'une des rares personnes interrogées à oser critiquer le mouvement chiite pro-iranien.

Ce dernier, force politique incontournable au Liban, est accusé par ses détracteurs de constituer un "Etat dans l'Etat".

Nina Raphaël, enseignante quinquagénaire, se sent solidaire des habitants du sud, tout en redoutant l'escalade. "Je n'ai pas juste peur de la guerre, j'ai peur que tout le pays soit rayé de la carte". 

am/sar/cf/cab

© Agence France-Presse


"Tout s'écroule autour de nous, on ne peut pas supporter une guerre", implore Anis Rebeiz. Dans un Liban déjà miné par une crise économique et sociale majeure, l'escalade militaire entre Israël et le Hezbollah libanais ravive les traumatismes des guerres passées. 

"Les gens sont épuisés mentalement, la situation économique et notre argent (bloqué) dans les banques c'est déjà suffisant", lâche à l'AFP cet homme de 55 ans, propriétaire d'une société immobilière, en garant sa voiture dans le quartier chrétien d'Achrafieh, dans l'est de Beyrouth. 

L'économie libanaise s'est effondrée fin 2019 et des restrictions bancaires draconiennes limitent l'accès des épargnants à leur argent, près de la moitié des Libanais vivant désormais sous le seuil de...