Un convoi de camions transportant de l'aide humanitaire entre dans la bande de Gaza depuis l'Égypte via le poste-frontière de Rafah, le 21 octobre 2023. Eyad Baba/AFP
Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a ignoré deux rapports de l'USaid, l'agence des États-Unis pour le développement international, et du Bureau de la population, des réfugiés et des migrations du département d'État datant de fin avril selon lesquels Israël bloquait délibérément l'entrée de l'aide humanitaire américaine dans la bande de Gaza, affirme un nouveau rapport de ProPublica paru mardi 24 septembre,
« Nous n’estimons pas actuellement que le gouvernement israélien interdit ou restreint le transport ou la livraison de l'aide humanitaire américaine », a déclaré M. Blinken au Congrès le 10 mai dernier.
Les révélations de la publication de gauche spécialisée dans le journalisme d'investigation pourraient placer le chef de la diplomatie américaine dans l’embarras, alors qu’une loi interdit explicitement l'envoi d'aide militaire à un pays qui « interdit ou restreint, directement ou indirectement, le transport ou la livraison de l'aide humanitaire des États-Unis ». En plus d’une aide militaire annuelle de près de 3,4 milliards de dollars, le président américain Joe Biden a approuvé en avril une nouvelle assistance de 14 milliards de dollars.
Si des informations tirées du rapport de l’USaid avaient déjà fuité dans les médias plus tôt dans l’année, l’accès par ProPublica à l’ensemble des preuves, au rapport du Bureau du département d’État et aux déclarations des experts de l’ambassade américaine à Jérusalem, révèle de nouveaux aspects du fossé existant au sein de l’administration Biden et la façon dont ses plus hauts responsables ont pris des décisions allant à l’encontre des recommandations de leurs experts, affirme le média.
Appels à la démission de Blinken
Interrogé sur le rapport de ProPublica, le département d'État s'en est tenu à sa ligne de défense habituelle, affirmant qu'il avait fait pression sur les Israéliens pour qu'ils augmentent les entrées de l'aide à Gaza. Certains appels à la démission de M. Blinken ont néanmoins été enregistrés. Le directeur exécutif national du Council on American-Islamic Relations, Nihad Awad, a estimé que « lorsqu'un haut fonctionnaire américain ment au Congrès en plein génocide pour que le gouvernement puisse continuer à financer ce génocide, il enfreint délibérément la loi et prolonge la souffrance de millions d'innocents ». Dans la même veine, Jill Stein, la candidate du Green party à l'élection présidentielle, qui met l'accent sur la situation à Gaza dans sa campagne, a accusé sur X le secrétaire d’État d'avoir menti au Congrès et exigé qu'il démissionne.
Fin avril, Antony Blinken avait reçu un mémo de 17 pages de l’agence de développement et d’aide humanitaire américaine détaillant « les refus arbitraires, les restrictions et les obstacles » imposés par les autorités israéliennes sur les livraisons d'aide humanitaire américaine destinées à Gaza, et estimant que la situation dans l'enclave est « l'une des pires catastrophes humanitaires au monde ». L'USaid avait alors recommandé de suspendre toute vente d’armes supplémentaire à Israël, selon les documents consultés par ProPublica. De son côté, le Bureau de la population, des réfugiés et des migrations du département d'État avait également fait état d’un blocage de l’assistance, concluant que cela devrait provoquer l’activation du gel de 830 millions de dollars de fonds publics destinés à acheter des armes à Israël, selon des emails consultés par le média.
Famine et attaques contre les convois humanitaires
En mai dernier, un rapport du département d'État exprimait certes des inquiétudes sur « les actions et inactions d’Israël ayant contribué à des carences dans la livraison d’aide humanitaire continue nécessaire », rappelle un de ses porte-paroles à ProPublica, ajoutant que l’État hébreu avait ensuite « pris des mesures pour faciliter un meilleur accès humanitaire » à Gaza. Une évaluation partagée par l’ambassadeur américain en Israël, Jack Lew, qui a plaidé pour faire confiance au cabinet de guerre israélien, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et à son ministre de la Défense Yoav Gallant faisaient partie pour faciliter les livraisons d’aide aux Palestiniens. Le diplomate a blâmé « d’autres parties du gouvernement israélien », selon un câble consulté par ProPublica. « Aucune autre nation n’a jamais fourni autant d’aide humanitaire à ses ennemis », aurait déclaré l’envoyé américain à des subordonnés, selon deux sources citées par le média, provoquant la consternation.
Pourtant, Israël a été accusé d’utiliser la famine comme arme de guerre à Gaza, d’autant qu’avec l’offensive sur Rafah début mai, le seul point d’entrée de l’aide humanitaire non contrôlé par l’État hébreu a été fermé. Et la Cour internationale de justice avait dès janvier ordonné des mesures conservatoires pour faciliter l’entrée de l’assistance dans l’enclave palestinienne, dans le cadre de la plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël pour violation de la Convention sur le génocide. Par ailleurs, selon un rapport publié en mai par Human Rights Watch, l'armée israélienne avait alors mené déjà au moins huit frappes sur des convois et des sites d'aide depuis le 7 octobre 2023. En outre, les Nations unies ont estimé qu'Israël avait tué au moins 250 travailleurs humanitaires au cours de cette même période.




Quels a donné de l'aide à ses enemis ? Erdogan par exemple ?
22 h 53, le 26 septembre 2024