Des sauveteurs israéliens enlèvent les restes d'une roquette sur le site d'une frappe, tirée depuis le Liban, dans la ville de Safed, au nord d'Israël, le 25 septembre 2024. Photo Jalaa MAREY / AFP
La vie s'est arrêtée à Nazareth après la chute ces derniers jours de roquettes tirées depuis le Liban sur cette ville du nord d'Israël, où la morosité l'emporte chez nombre d'habitants palestiniens, qui s'inquiètent des conséquences de l'escalade militaire face au Hebzollah libanais.
Les affaires allaient déjà mal depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas il y a près d'un an dans la bande de Gaza, les visiteurs fuyant la ville de l'enfance de Jésus qui vit principalement du tourisme de pèlerinage.
Maintenant, les écoles sont fermées et les rassemblements sont interdits en raison des risques d'attaques aériennes. Régulièrement, on entend des interceptions de roquettes tirées depuis le sud du Liban. La frontière n'est qu'à une quarantaine de kilomètres à vol d'oiseau. Un bruit sourd, suivi de nuages blancs se détachant dans le ciel, se fait entendre quand un projectile est abattu par la défense antiaérienne.
La morosité se ressent dans l'agglomération, dont l'immense majorité des 80.000 habitants descend de la population arabe présente dans la Palestine du Mandat britannique et s'étant retrouvée en territoire israélien à l'issue de la première guerre israélo-arabe ayant éclaté au lendemain de la création d'Israël 1948.
Certains disent s'informer en regardant des chaînes de télévision libanaises ou panarabes pour suivre l'escalade entre Israël et le Hezbollah, et sur leur téléphone et ils ont téléchargé une application israélienne pour recevoir alertes et instructions en cas de danger.
"Tout le monde a peur, avoir des missiles qui nous passent au-dessus de la tête: on n'est pas habitués", raconte Fathi Abou Redaa, un professeur d'histoire retraité dans cette ville de Galilée.
"Différent"
Beaucoup racontent ne pas avoir connu de tels moments de tension depuis 2006, année de la guerre entre Israël et le Hezbollah. A Nazareth, deux enfants avaient été tués par une roquette. Mais tous s'empressent de dire que c'était "différent", la crainte d'un embrasement régional étant alors moins forte.
Les échanges de tirs transfrontaliers entre le Hezbollah et l'armée israélienne ont commencé après le début de la guerre, le 7 octobre, dans la bande de Gaza entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, le Hezbollah affirmant tirer des roquettes sur Israël en soutien au Hamas, son allié.
A Nazareth, les maisons anciennes des ruelles escarpées ne sont généralement pas équipées d'abris antiaériens contrairement à de nombreuses communes alentours. Quand les sirènes d'alerte aux roquettes retentissent, des habitants disent se mettre à l'abri dans des cages d'escalier ou des pièces sans fenêtre pour éviter les morceaux de verre en cas d'explosion.
Outre les risques liés aux tirs de roquettes, une personne interrogée par l'AFP, qui préfère ne pas décliner son identité, affirme que "ceux qui donnent leur avis, sur le Hezbollah ou Israël, ont des problèmes", en référence à l'arrestation d'habitants affichant leur solidarité avec les Palestiniens de Gaza sur les réseaux sociaux.
"Ca nous dépasse"
Loin des écrans, Elias Shama rumine seul dans son magasin de souvenirs, d'anciennes thermes romaines qu'il a passé des années à restaurer. Il n'allume même plus la lumière.
"Nous n'avons pas d'aide du gouvernement, ce n'est pas juste", s'emporte l'homme de 70 ans, "on sent pourtant que la guerre se rapproche de plus en plus".
Du même avis, Ziyad Daniel, vendeur de jus de fruits face à l'église grecque orthodoxe de l'Annonciation, estime que "la situation est tellement mauvaise qu'on ne sait plus quoi faire".
S'il dit avoir confiance dans l'armée israélienne qu'il juge "très forte", le sexagénaire, qui insiste pour dire qu'il se sent israélien, indique aussi prier pour que la paix revienne.
"On ne cesse de prier, on attend la grâce de Dieu depuis des mois", lance Henriette Hissen, une passante de 76 ans, la voix couverte par le bruit des avions militaires.
Une autre habitante, Nabila Spanyoly, déplore elle l'apathie des "puissances occidentales" face aux souffrances de "nos frères et soeurs de Gaza, de Cisjordanie et maintenant du Liban!"
Cette psychologue rappelle que de nombreux habitants de la région ont des proches au Liban: "avant 1948, les frontières entre les pays du coin étaient ouvertes, les gens passaient d'ici à la Syrie par exemple, ils se mariaient, se fréquentaient, et c'est pour ça qu'on est si soucieux car on connait ceux qui souffrent".
"Ca nous dépasse", s'agace Jad, un employé de banque qui ne donne pas son nom par crainte de répercussions, "c'est un nouveau Moyen-Orient avec de nouveaux équilibres régionaux bien au-delà de Gaza ou du Liban". Selon lui, la guerre devrait encore durer des mois.
Les affaires allaient déjà mal depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas il y a près d'un an dans la bande de Gaza, les visiteurs fuyant la ville de l'enfance de Jésus qui vit principalement du tourisme de pèlerinage.
Maintenant, les écoles sont fermées et les rassemblements sont interdits en raison des risques d'attaques aériennes. Régulièrement, on entend des interceptions de roquettes tirées depuis le sud du Liban. La frontière n'est qu'à une quarantaine...

