Sur le perron de la Résidence des Pins, des visiteurs à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, le dimanche 22 septembre 2024. Photo avec l'aimable autorisation de l'ambassade de France
C’est dans le cadre de la 41e édition des Journées européennes du patrimoine dont le thème pour 2024 est « le patrimoine des itinéraires, des réseaux et des connexions et le patrimoine maritime » et la 4e au Liban que la Résidence des Pins a ouvert ses portes au public le dimanche 22 septembre et proposé pour l’occasion une exposition de 6 aquarelles peintes par l’épouse de l’ambassadeur Maria Magro ainsi qu’une série de photos retraçant l’histoire du lieu patrimonial.
Une des six aquarelles signées Maria Magro et exposées à la Résidence des Pins. Avec l'aimable autorisation de l'ambassade de France
Des aquarelles multifonctionnelles
« C’est mon mari qui m’a un peu forcé la main », déclare d’entrée Maria Magro, mi-figue, mi-raisin. En fait ces aquarelles servent à décorer les menus des réceptions. De Jérusalem à Beyrouth en passant par Istanbul, Maria Magro peint les résidences des ambassadeurs et consuls. Pour l’épouse de l’ambassadeur qui a peint sur porcelaine en Suisse, à l’huile en Turquie et à l’aquarelle aux États-Unis, cette activité reste un hobby malgré quelques expositions. « Elle est modeste mon épouse », dit l’ambassadeur Hervé Magro qui lui trouve un talent indéniable. Il lui a d’ailleurs demandé de peindre ce qui l’interpelle dans les bâtiments. « C’est à Istanbul que ces aquarelles se sont retrouvées sur les menus qui ont été emportés par les invités », explique l’ambassadeur. Mais ces peintures sont aussi utilisées pour des cartes de vœux ou le 14 juillet comme pour la dernière en date qui représente les Jeux olympiques.
Les 6 aquarelles qui concernent le Liban sont toutes placées face à la pièce qu’elles illustrent. L’histoire du Liban, la synergie des cultures, l’Empire ottoman sont au cœur de l’inspiration qui a nourri le travail de Maria Magro sur la Résidence des Pins. Elle se dit séduite par le mélange entre modernité et tradition mais avoue dans un clin d’œil qu’elle aurait aimé changer quelques tableaux. « Mon parcours diplomatique est illustré par ces aquarelles », confie l’ambassadeur, visiblement heureux que le talent de son épouse soit mis au service de la France. « Cet événement que nous avons décidé de maintenir malgré la situation, loin d’être festif, rappelle la proximité entre la France et le Liban et ce lien historique qui résiste à tout quelque part ; sa dimension ajoutée est que c’est l’endroit où le Liban a été créé. Il n’y a pas d’autres lieux où une résidence reste le symbole de la création d’un État, d’où l’importance de continuer à l’ouvrir peut- être encore plus dans les conditions actuelles », conclut l’ambassadeur de France au Liban.
Des photos documentant l'histoire de la Résidence des Pins. Avec l'aimable autorisation de l'ambassade de France
Petit aperçu historique
Le 5 décembre 1915, Alfred Moussa Sursock loue à la municipalité de Beyrouth une vaste pinède de 600 000 m², autrefois négligée mais probablement exploitée dès l'époque phénicienne pour la construction navale, et utilisée par les croisés pour réparer leurs navires. Sursock envisageait de construire un casino et forme une société à cette fin. La construction du Palais des Pins (Qasr es-Sanawbar) commence en 1916 sous la supervision de Bahjat Abdel Nour, architecte de la famille Sursock, mais la guerre change son destin : le bâtiment est réquisitionné pour devenir d’abord un hôpital, puis un cercle militaire.
À la fin de la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman est démantelé et le Liban passe sous mandat français. En 1918, François Georges-Picot, représentant de la France, s'installe dans le bâtiment, désormais appelé Résidence des Pins. Le général Gouraud, haut-commissaire de France, y proclame la création du Grand Liban le 1er septembre 1920.
En 1921, la famille Sursock vend ses droits sur la propriété au gouvernement français, qui devient le propriétaire du Palais des Pins, tout en restant locataire du terrain. Le bâtiment subit des modifications et agrandissements entre 1928 et 1932, qui lui donnent son apparence actuelle avec des espaces comme le grand salon et la salle à manger.
Après l’indépendance du Liban en 1943, la Résidence des Pins devient le domicile officiel des ambassadeurs de France au Liban. Des négociations sont entamées pour l’acquisition complète du terrain, et un accord est finalement signé en 1972.
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Pendant la guerre civile libanaise, la Résidence des Pins est évacuée à plusieurs reprises et subit d’importants dommages. Elle est même temporairement occupée par des milices armées et transformée en hôpital militaire. La France reprend possession du site après la guerre, et des travaux de restauration sont entrepris sous la supervision de l’ambassadeur Jean-Pierre Lafon. Ces travaux sont finalisés en 1998, et la Résidence des Pins dont le décor reflète un parfait mariage entre l’Orient et l’Occident est inaugurée lors d'une cérémonie présidée par l'ancien chef d'État Jacques Chirac.

