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Politique - Entretien

Israël ne peut pas « ouvrir un nouveau front » avec le Liban, affirme Abbas Ibrahim

L'ancien chef de la SG s'attend à la poursuite de la guerre d’usure sur le front sud.

Israël ne peut pas « ouvrir un nouveau front » avec le Liban, affirme Abbas Ibrahim

Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim. Photo d'archives ANI

Depuis la riposte du Hezbollah, dimanche, à l’assassinat dans la banlieue sud de Beyrouth d’un de ses responsables militaires, les Libanais se sentent soulagés, dans la mesure où elle a donné lieu à une  désescalade. Mais la crainte pour l’avenir demeure, d’autant que les négociations pour un cessez-le-feu à Gaza semblent dans un état de mort clinique. Au point que nombreux sont ceux qui croient que l’alternative d'un accord ne peut être que la guerre au Liban. De son côté, l’ancien directeur de la Sûreté générale Abbas Ibrahim fait partie de ceux qui, depuis des mois, affirment que les Israéliens n'élargiront pas le conflit vers le nord.

Pourquoi ? « La véritable raison qui empêche Israël d’élargir la guerre, c’est bien l’incapacité de son armée à ouvrir dans le contexte actuel un nouveau front », dit-il à L'Orient-Le Jour. « Mobilisée depuis bientôt onze mois à Gaza, en Cisjordanie et sur les autres fronts, notamment au nord, sur le front ouvert à partir du Liban, cette armée est épuisée », ajoute-t-il. C’est d’ailleurs la plus longue guerre menée depuis 1948 par l’armée israélienne, mobilisée depuis plus de dix mois. Toutes ses unités sont engagées dans la confrontation, au point qu'Israël se retrouve en train de faire appel aux réservistes et aux juifs religieux qui rechignent à s’engager. Ce serait, selon cette lecture, le signe de la grande fatigue dans laquelle se trouvent les unités combattantes. C’est la raison principale pour laquelle le général Ibrahim est convaincu que l’armée israélienne n’est pas en mesure d’ouvrir un nouveau front de grande envergure avec le Liban. À ceux qui disent que les opérations militaires sont quasiment terminées à Gaza et par conséquent, l’armée israélienne peut désormais se concentrer sur le front du Nord (avec le Liban), le général Ibrahim répond que « toute armée a besoin d’une période de répit pour se ressaisir et se réorganiser avant d’être prête à se lancer dans une nouvelle guerre ». De plus, après ces longs mois de confrontation, il faut laisser les unités reprendre leur souffle et procéder à des changements dans les structures militaires pour leur donner un nouvel élan. « Mais cela ne veut pas dire que la confrontation dans ses limites actuelles va s’arrêter », précise-t-il.

« Radicalisme israélien et grande détermination palestinienne »

Pour le général Ibrahim, qui a effectué récemment plusieurs visites à l’étranger dont une aux États-Unis, le véritable problème c’est qu’il n’y a aucune solution en vue et le conflit ouvert le 7 octobre serait allé bien trop loin pour pouvoir se terminer par un compromis traditionnel. Selon lui, l’ampleur des dégâts sur tous les plans (humain, militaire, économique et même psychologique) ainsi que l’incapacité des deux parties de se prévaloir d’une victoire claire empêchent, selon lui, les solutions en demi-teinte. Or « la partie qui aurait pu imposer une solution, c’est-à-dire les États-Unis, est actuellement en position de faiblesse, en raison de la période électorale et de l‘impact potentiel de toute décision sur le vote des électeurs », suppute l'ancien chef de la SG. L’administration américaine actuelle aurait donc les mains liées, et elle ne pourrait pas influer de façon déterminante sur le cours de la guerre. L’élément positif, toutefois, c’est que l’armée israélienne ne peut pas ouvrir un nouveau front ou élargir la confrontation avec le Liban sans une aide déterminante de la part des États-Unis, ce qui n’est pas assuré jusqu’à présent, du moins pas avant l'élection présidentielle.  Ce serait donc la raison principale qui pousse Abbas Ibrahim à privilégier le scénario de la poursuite de la guerre d’usure sur le front du Liban. 

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Par contre, après l’élection présidentielle américaine prévue le 5 novembre, et selon l’identité du vainqueur (le républicain Donald Trump ou la démocrate Kamala Harris), la situation dans la région pourrait changer. Le problème résiderait aujourd’hui dans le fait que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu considère que la guerre qui se déroule à Gaza est existentielle pour Israël. Par conséquent, il voudrait rendre impossible tout compromis et toute possibilité de créer un État palestinien. Ceux qui avaient cru que son seul souci est de marquer des victoires qui lui permettraient de sauver sa face ont dû déchanter, selon cette lecture. Par conséquent, les Palestiniens seraient eux aussi déterminés à se battre jusqu’au bout puisqu’ils n’ont pas d’autre choix. De plus, en détruisant autant qu’ils le peuvent Gaza, les Israéliens ont poussé les jeunes Palestiniens à rallier les rangs du Hamas faute de pouvoir trouver un travail ou gagner leur vie autrement, ou encore partir. Autrement dit, « au radicalisme israélien correspond une grande détermination palestinienne, lance le général Abbas Ibrahim. Ce qui ne facilite pas les solutions ».

Selon l'ancien chef de la SG, « l’horizon est donc sombre et une guerre régionale pourrait éclater, surtout à cause de l’augmentation de l’implication de nombreuses parties dans les rapports de force régionaux ». Par exemple, il affirme que la Russie de Vladimir Poutine est en train de renforcer son influence en Syrie, en concomitance avec les derniers développements sur le front avec l’Ukraine, alors que la Chine commence à s’investir dans la région et à s’y impliquer politiquement et économiquement. Pour toutes ces raisons, la solution au conflit actuel ne pourrait pas être militaire, aucun camp n’ayant la possibilité de remporter une victoire éclatante, surtout après toutes ces pertes. Les Israéliens ont besoin des États-Unis et le Hamas de l’appui de ses alliés. Le seul moyen d’arrêter ce conflit, c’est donc de trouver une solution politique, mais pour l’instant, nul ne semble prêt à cela et personne ne posséderait un scénario viable à proposer. 

Depuis la riposte du Hezbollah, dimanche, à l’assassinat dans la banlieue sud de Beyrouth d’un de ses responsables militaires, les Libanais se sentent soulagés, dans la mesure où elle a donné lieu à une  désescalade. Mais la crainte pour l’avenir demeure, d’autant que les négociations pour un cessez-le-feu à Gaza semblent dans un état de mort clinique. Au point que nombreux sont ceux qui croient que l’alternative d'un accord ne peut être que la guerre au Liban. De son côté, l’ancien directeur de la Sûreté générale Abbas Ibrahim fait partie de ceux qui, depuis des mois, affirment que les Israéliens n'élargiront pas le conflit vers le nord.Pourquoi ? « La véritable raison qui empêche Israël d’élargir la guerre, c’est bien l’incapacité de son armée à ouvrir dans le contexte actuel un...
commentaires (6)

Si une assertion mensongère peut le faire dormir tant mieux pour lui. Les faits parlent d’eux même.

Pierre Christo Hadjigeorgiou

07 h 01, le 02 septembre 2024

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Commentaires (6)

  • Si une assertion mensongère peut le faire dormir tant mieux pour lui. Les faits parlent d’eux même.

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    07 h 01, le 02 septembre 2024

  • La seule promesse qu’il a pu tenir étant cet enfer tracé par lui dans lequel il pousse les citoyens afin dpqu’aucun president ne lui succède, ni même un parlement. Ça oui il peut en être revendicatif il a bien réussi à anéantir son pays en un temps record avec son équipe de vendus.

    Sissi zayyat

    10 h 31, le 31 août 2024

  • Il se prend pour Winston Churchill

    Robert Moumdjian

    07 h 58, le 31 août 2024

  • Le général Ibrahim est un type sage et que je respecte.Juste 2 bémols sur ce qu’il a dit quant à la « non victoire des 2 parties au liban sud.Les israéliens ont l’avantage qq part:Désormais, ils interviennent de plus en plus en profondeur au liban et même en banlieue sud de beyrouth.Faute de dissuasion et réponse du Hezbollah, israel syrianise le Liban et se permet presque tout. point 2:: une large majorité des commandants du Hezbollah a été ciblée et liquidée.Alors que la réciprocité n’existe pas. Pour l’instant, il existe des points en faveur d’Israel sans pour autant parler de victoire

    LE FRANCOPHONE

    15 h 29, le 30 août 2024

  • Il a toujours raison , ses informations sont extrêmement fiables comme toujours .

    Chucri Abboud

    15 h 05, le 30 août 2024

  • Il a toujours raison , ses informations sont extrêmement fiables comme toujours .

    Chucri Abboud

    15 h 05, le 30 août 2024

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