Le débat reste ouvert sur la prochaine destination de Galliano. Photo Creative Commons
Le mercato de la mode est constamment ouvert. Les rumeurs du passage des as de la haute couture d’une maison à l’autre sont monnaie courante et le jeu des chaises musicales l’un des passe-temps favoris de l’industrie. John Galliano, l’un des électrons les plus libres de cet univers constamment sous pression, attire cependant l’attention plus que d’autres, depuis fin juillet. Après 10 ans à la tête de la création de Maison Martin Margiela, fleuron de la couronne de Renzo Rosso, le fondateur de Diesel et milliardaire italien de la mode à la tête de son groupe OTB (Only The Brave), Galliano semble sur le point de mettre la clé sous la porte. La rumeur enfle depuis qu’un compte Instagram anonyme a jeté la bombinette, ouvrant les paris à grande échelle. De nombreuses sources convergent désormais vers la confirmation de ce départ, s’entendant cependant sur le fait qu’aucun différend n’oppose Galliano à Rosso.
Défilé Maison Martin Margiela Artisans janvier 2024. Photo DR/Montage Jaimee Haddad/ L'OLJ
Directeur artistique de Dior depuis 2000, John Galliano avait été démis de sa charge en 2011 par Sidney Toledano, alors PDG de la maison, avant de prendre les rênes de LVMH. Ayant tenu des propos racistes et antisémites dans un café, visiblement sous l’empire de l’alcool, Galliano était tombé en disgrâce, malgré ses excuses et la gloire exceptionnelle que lui avaient value ses créations révolutionnaires. Révolutionnaires au plein sens du terme, d’ailleurs, puisqu’il s’attachait déjà à lier la mode contemporaine avec l’histoire du costume, sa collection de diplôme à Central Saint Martins ayant eu pour thème les Incroyables et les Merveilleuses du XVIIIe siècle. Sa Légion d’honneur lui est retirée.
Disparu de la scène, remplacé par Raff Simons après avoir radicalement rajeuni la marque et reçu d’innombrables ovations, Galliano avait par la suite pris le temps de se reposer, entreprendre une thérapie et se libérer de ses addictions, relançant par ailleurs le débat sur la pression infligée aux créateurs majeurs par le calendrier de la mode, avec quatre à huit livraisons annuelles. C’est Oscar de la Renta, en 2013, qui lui offre un come-back discret. En 2014, il est nommé directeur artistique de Maison Martin Margiela qu’il semble vouloir bientôt quitter.
À 63 ans, le créateur que le monde de la mode adore détester a bouleversé la Semaine de la haute couture parisienne le 25 janvier dernier avec un défilé Margiela qualifié de « majeur » sur le pont Alexandre III. Depuis, il a effacé le contenu de son compte Instagram, laissant sur leur faim 1,6 million d’abonnés. Cette collection qualifiée par la critique d’« envoûtante » avait arraché aux invités des larmes d’émotion.
« Le rituel de l’habillage est une composition de soi. Avec le corps comme toile, nous construisons un extérieur qui exprime l’intérieur : une forme d’émotion. La collection Maison Margiela 2024 Artisanal dépeint les pratiques et les événements qui façonnent le caractère reflété par nos vêtements », commentait la maison. « Sous le pont Alexandre III, baigné par la lumière de la première pleine lune de l’année, le directeur de la création John Galliano capture un moment dans le temps : une promenade dans les bas-fonds de Paris », ajoutait le communiqué de presse. Indescriptible apparition, à travers la brume de cet hiver parisien infiltrée par la lumière des réverbères, de ces silhouettes brodées de ruissellements de pluie, inspirées des univers de Balzac et de Victor Hugo.
« Précédé d’un prélude cinématographique, le défilé se manifeste par une mise en scène pluridisciplinaire imprégnée de l’ambiance sombre et pluvieuse du Paris nocturne. Les vêtements sont imprégnés des gestes inconscients qui façonnent nos expressions, un cadre pour l’étude du rituel de l’habillement exploré à travers les techniques de la haute couture », détaillait aussi la maison.
John Galliano a-t-il voulu transformer ce point d’orgue en point final ? Passer à autre chose pour éviter le risque de se répéter ou réchauffer des plats sublimes ? Le débat est ouvert sur sa prochaine destination. Les parieurs évitent Dior où Maria Grazia Chiuri fait un travail exceptionnel et rentable, mais aussi en raison des mauvais souvenirs. Chanel, bien que récemment décapitée par le départ de Virginie Viard, est peu susceptible d’accueillir dans ses rangs un créateur marqué au fer de l’antisémitisme. Propriété des frères Wertheimer, contributeurs aux efforts de guerre israéliens, la maison ne semble pas prête à une telle succession. Reste Fendi. Bien que menée avec succès par deux directeurs de la création, Silvia Venturini Fendi pour les femmes et Kim Jones pour les hommes, la maison romaine est en quête d’un collaborateur majeur pour remplacer Karl Lagerfeld, mort en 2019 et avec lequel Fendi a fêté ses noces d’or en 2015.


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