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Moyen-Orient - Conflit

En Cisjordanie, la « souffrance sans fin » d'un village palestinien face aux colons

Raids nocturnes, agressions et confiscations de biens rythment le quotidien des habitants de Susya, tandis que Médecins sans frontières s'inquiète de leur santé mentale. 

Vue du camp de réfugiés Nur Shams, situé dans les faubourgs de Tulkarem, en Cisjordanie. AFP

Ce matin de juillet, en Cisjordanie occupée, la peur a un visage: celui de Samiha Ismaïl, regard paniqué, les mains tremblantes. Elle sort offrir le café, pour une fois que ce n'est pas un colon israélien qui fait irruption dans son village.

Elle sait que la situation peut vite dégénérer à Susya, niché dans les collines arides de l'extrême sud de ce territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Les vallons alentours, depuis longtemps grappillés par la colonisation, sont devenus irrespirables depuis le début de la guerre entre Israël et la bande de Gaza déclenchée le 7 octobre par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien Hamas, assurent les habitants. Neuf mois plus tard, des colons établis dans des fermes et des habitations voisines y mènent des attaques parfois « quotidiennes », des raids dont la violence et la fréquence ne cessent de « s'intensifier », selon l'ONG Médecins sans frontières (MSF), qui intervient depuis janvier dans ce lieu « cerné » de colonies.


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Peu à peu, Susya s'est comme figé. Ses 450 âmes se terrent presque jour et nuit dans ce hameau aux airs de décharge publique, parsemé de baraquements en parpaing brut, de tracteurs hors d'âge et de berlines sans plaques, pas plus reluisantes que le reste. Même les moutons ne s'aventurent plus hors de la bergerie. « À chaque fois qu'on les emmène pâturer, les colons nous pourchassent », raconte Samiha Ismail, 53 ans.

« Personne ne bouge »

« Avant la guerre, on aurait défendu notre terre, mais aujourd'hui personne ne bouge » car ils (les colons) sont protégés par l'armée, raconte la Palestinienne, dont le mari et le fils sont régulièrement « battus ». Les nuits, racontent les habitants, sont émaillées de raids, menés par des hommes en tenues paramilitaires, qui forcent les portes, frappent ou confisquent des biens - les ânes et les mules.

« La plupart d'entre nous ne dorment plus », pleure la native de Susya, où l'on se couche à tour de rôle. Sollicités par l'AFP, ni l'armée, ni la police, ni l'organe du ministère de la Défense supervisant les affaires civiles dans les Territoires palestiniens occupés (Cogat) n'ont souhaité répondre. La guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent menée dans le sud d'Israël par des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza, qui a entraîné la mort de 1.195 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes. Sur 251 personnes alors enlevées, 116 sont toujours retenues à Gaza, dont 42 sont mortes, selon l'armée. En riposte, l'armée israélienne a lancé une offensive sur la bande de Gaza, qui a fait jusqu'à présent 38.983 morts, en majorité des civils, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas.

Reportage

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Depuis que les yeux sont rivés sur Gaza, les violences et l'entreprise de colonisation, qui prospérait déjà avant guerre, explosent en Cisjordanie. Fin juin, le gouvernement israélien, qui compte plusieurs ministres d'extrême droite, colons et partisans de l'annexion pure et simple de toute la Cisjordanie, a approuvé la plus importante saisie de terres dans ce territoire occupé en plus de trente ans : 1.270 hectares devenus propriétés de l'Etat israélien. Vendredi, la Cour internationale de justice (CIJ), la plus haute juridiction de l'ONU, a jugé illicite la poursuite de l'occupation.

Sur le terrain, se multiplient des avant-postes établis par des colons sans même l'aval des autorités israéliennes. De chez lui, le patriarche Mohamed Al-Nawajaa les voit fleurir, lui qui s'enorgueillit d'être né il y 78 ans, avant la « Nakba », nom de l'exode forcé de centaines de milliers de Palestiniens ayant accompagné la création d'Israël en 1948. Il se lève du fauteuil où il prend son tour de guet, pour balayer l'horizon de sa canne. « Après le 7 octobre, ils ont pris toutes ces collines. Mais cette terre est la nôtre », proteste-t-il.

« Trauma permanent »

Pour l'heure, l'inquiétude concerne la sécurité de ses 80 petits-enfants. Il a donc imposé une consigne: seul lui doit ouvrir la porte de son baraquement rudimentaire. Il a aussi grillagé ses fenêtres, comme tous ses voisins. « Ils viennent la nuit, vers trois heures. Ils disent : cette maison est la mienne », raconte-t-il. La paranoïa gagne Susya. MSF y a posé des tentes, inquiète de la santé mentale des villageois.

« C'est le plus grand problème ici. Il y a une terreur psychologique », observe Simona Onidi, coordinatrice de l'ONG dans le gouvernorat d'Hébron. « C'est un trauma permanent. » Abdul Rahim Al-Nawajaa n'attend plus rien, ni des médecins, ni des autorités. « La souffrance est sans fin », philosophe ce bédouin de 60 ans. Son père a été tué il y a quelques années, pour un différend avec des colons autour d'un mouton, dit-il, et sa maison démolie « plusieurs fois ». Il s'avoue impuissant. « Les colons agissent dans l'impunité. Le soldat vous met une arme sur la tempe et vous ne pouvez rien faire », dit le berger.

Dans le village, l'idée d'une nouvelle Nakba circule. Le patriarche Mohamed Al-Nawajaa se renfonce dans son fauteuil. « Nous resterons dans nos maisons », promet-il. « Et nous mourrons ici. »

Ce matin de juillet, en Cisjordanie occupée, la peur a un visage: celui de Samiha Ismaïl, regard paniqué, les mains tremblantes. Elle sort offrir le café, pour une fois que ce n'est pas un colon israélien qui fait irruption dans son village.Elle sait que la situation peut vite dégénérer à Susya, niché dans les collines arides de l'extrême sud de ce territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Les vallons alentours, depuis longtemps grappillés par la colonisation, sont devenus irrespirables depuis le début de la guerre entre Israël et la bande de Gaza déclenchée le 7 octobre par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien Hamas, assurent les habitants. Neuf mois plus tard, des colons établis dans des fermes et des habitations voisines y mènent des attaques parfois « quotidiennes...
commentaires (2)

Citer sans fin le 7 octobre est inutile! Est-ce pour justifier les exactions immondes des colons? Et tout cela sous l'œil bienveillant des puissances tutélaires occidentales.

Politiquement incorrect(e)

20 h 20, le 22 juillet 2024

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Commentaires (2)

  • Citer sans fin le 7 octobre est inutile! Est-ce pour justifier les exactions immondes des colons? Et tout cela sous l'œil bienveillant des puissances tutélaires occidentales.

    Politiquement incorrect(e)

    20 h 20, le 22 juillet 2024

  • c'est quoi ces 2 phrases (Sur 251 personnes ... ) au milieu de l'article. On ne peut pas décrire ce qui se passe dans ce village sans faire un copier coller d'un sommaire de l'action terroriste du Hamas le 7 octobre? c'est un passage obligé sinon on ne peut parler de rien de la Palestine? obligé par qui, pourquoi?

    Phil-Adam

    19 h 42, le 22 juillet 2024

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