Des détenus syriens en grève de la faim dans la prison d'Adra, à Damas. Photo d'archive AFP.
Il a failli prendre son vol pour Beyrouth. Samir Ousman al-Sheiskh, 72 ans, avait acheté un billet sans retour de Los Angeles à la capitale libanaise mercredi 10 juillet. Mais peu avant d’embarquer, l’ancien directeur de la prison de Adra et ex-gouverneur de Deir ez-Zor a été arrêté par les forces de l’ordre américaines, qui le suspectent de fraude en matière de visa et de naturalisation pour avoir faussement déclaré qu’il n’était pas impliqué dans des exécutions extrajudiciaires, des assassinats politiques ou d’autres actes de violence.
« Il essayait de fuir le pays car il savait qu’on enquêtait sur les crimes de guerre qu’il a commis en Syrie, donc il fallait un motif rapide pour l’arrêter », précise Omar Alshogre, responsable de plaidoyer pour l’organisation Syrian Emergency Task Force (SETF). « Mais cette histoire de visa, ce n’est qu’une première étape. Une enquête est en cours et c’est pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité qu’il sera, à terme, poursuivi devant la justice », assure-t-il. L’organisation Syria Justice and Accountability Center (SJAC), qui a également participé à l’enquête, abonde dans un communiqué publié le 17 juillet : si Samir Ousman al-Sheiskh risque jusqu’à 10 ans de prison pour ces fausses déclarations, « d’autres chefs d’accusation pourraient être ajoutés au fur et à mesure que l’enquête se poursuit. » La loi américaine prévoit que des personnes ayant commis des crimes de guerre, « indépendamment de leur origine et de celle des personnes contre lesquelles ils ont commis des crimes, peuvent être capturées et poursuivies en Amérique », précise Omar Alshogre.
Mensonge par omission
C’est la première fois qu’un haut dirigeant du régime syrien est arrêté aux États-Unis, et ce grâce à une coïncidence inouïe. Tout commence en octobre 2021 par une notification sur les réseaux sociaux. « Une jeune fille que je ne connaissais pas m’a dit qu’elle vivait non loin de Samir Ousman el-Sheikh à Los Angeles », une ville de près de 4 millions d’habitants, explique Omar Alshogre. Ancien détenu de l’infâme prison de Saydnaya, ce survivant, depuis diplômé de droit à Georgetown, dédie sa vie à la quête de justice pour les détenus et disparus syriens et leurs familles. « Cela donne une certaine crédibilité, qui fait que des gens me contactent parfois avec des informations sensibles », poursuit-il.
Omar Alshogre fait des recherches et découvre que Samir Ousman el-Sheikh a dirigé entre 2005 et 2008 la prison centrale de Damas avant de devenir entre 2011 et 2012 le gouverneur de Deir ez-Zor, province où la répression des manifestations antirégime a été sanglante. À partir de 2022, les équipes de SETF travaillent avec les forces de l’ordre américaines à compiler des preuves des crimes commis durant ces deux épisodes-clés de la vie de celui qui, selon l’enquête, est un proche de Maher el-Assad, frère cadet de Bachar et chef de la sulfureuse quatrième division de l’armée syrienne.
Entre-temps, sa vie, Samir Ousman el-Sheikh l’a refaite aux États-Unis, où sa femme a été naturalisée en 2013. Selon une déclaration sous serment déposée par un enquêteur du ministère de la Sécurité intérieure, Samir Ousman el-Sheikh a trompé les autorités américaines à deux reprises. D’abord en août 2018 dans sa demande de visa, en déclarant qu’il n’avait pas commis, ordonné ou participé à des exécutions extrajudiciaires, des assassinats politiques ou d’autres actes de violence. Puis de nouveau en janvier 2023 lors de sa demande de naturalisation, où il a déclaré qu’il n’avait jamais persécuté une personne en raison de sa race, sa religion ou son opinion politique, ni été impliqué dans un meurtre ou une tentative de meurtre.
Une affaire de coïncidence et de collaboration
L’enquête prouve le contraire, notamment grâce au témoignage de cinq anciens détenus de la prison Adra assurant que Samir Ousman el-Sheikh avait lui-même ordonné les sévices qu’ils ont subis ou dont ils ont été témoins. Une enquête qui va progresser grâce à un autre coup du sort : Mohammad al-Abdallah, aujourd’hui directeur du SJAC, a lui-même été emprisonné à Adra entre 2005 et 2006. « Début 2023, raconte-t-il, lors d’une réunion sur une autre affaire avec le ministère de la Justice, les agents me demandent si je connais Samir Ousman el-Sheikh. J’éclate de rire. Je leur dis que j’ai été détenu deux fois dans la prison dont il était le directeur. Ils sont restés paralysés. Alors j’ai été chercher la carte de bibliothèque de la prison qu’il m’avait lui-même remise avec sa signature », poursuit-il. Pendant un an et demi, la SJAC fait avancer le dossier à charge, retrouvant des témoins des tortures et autres violations commises à Adra, mais aussi obtenant des informations-clés sur le rôle du gouverneur de Deir ez-Zor dans le comité de sécurité en charge de la répression sanglante des manifestations démarrées en 2011, ainsi que le siège et le bombardement de la ville.
« Ça a commencé avec cette fille, ça a continué avec moi, mais ça ne s’arrête pas là. Il a fallu la collaboration de beaucoup d’organisations syriennes pour parvenir à cette arrestation, et c’est beau de voir ce travail collectif au moment où le régime syrien essaie de nous diviser », assure Omar Alshogre. C’est aussi un rappel que la justice, même tardive, peut payer, ajoute Anouar Majanni, de l’organisation The Day After, qui sensibilise les victimes syriennes de torture et de détention forcée sur l’importance de témoigner. « Son arrestation redonne de l’espoir aux Syriens dans un contexte politique assombri par la volonté de nombreux États dans la région de renouer avec le régime de Bachar el-Assad. À l’instar du mandat d’arrêt délivré contre Bachar el-Assad en France, c’est aussi un rappel qu’il y a encore un horizon pour la justice et que les personnes ayant perpétré ces crimes finiront par être poursuivies », livre-t-il.
La détention de Samir Ousman el-Sheikh s’inscrit en effet dans une série de procès contre des dirigeants syriens dans plusieurs pays européens, selon le principe de la compétence universelle, allant jusqu’au mandat d’arrêt délivré en novembre dernier en France contre le chef d’État syrien pour complicité de crimes contre l’humanité et crimes de guerre en lien avec les attaques chimiques perpétrées en Syrie en août 2013. À terme, Omar Alshogre veut croire que le procès de Samir Ousman el-Sheikh pourrait renforcer les preuves à l’encontre de ce dernier. « En tant que gouverneur, il recevait ses ordres directement du président. Il y a des chances qu’une fois devant le tribunal, il cherche à tout mettre sur le dos de Bachar el-Assad, ce qui renforcerait les charges pesant contre ce dernier », se projette-t-il déjà.




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Tous les criminels se refugies a Beyrouth.... les Iraniens on fait de notre pays une poubelle pour la saleté internationale
13 h 43, le 19 juillet 2024