L'ambassadeur Hervé Magro (4e à partir de la droite) derrière un drapeau libanais, pendant la célébration de la Fête nationale française à la Résidence des Pins, le 14 juillet 2024 à Beyrouth. Photo X/@AmbaFranceLiban
L'ambassadeur de France au Liban Hervé Magro a appelé à l'élection rapide d'un président de la République, dans un message adressé aux Libanais à l'occasion du 14 juillet, au cours d'une cérémonie organisée à la Résidence des Pins à Beyrouth. Il a parallèlement exhorté à une désescalade au Liban-Sud et dénoncé les effets de la crise économique qui perdure au Liban depuis 2019.
Rappelant « les efforts constants de la France en vue d’aider à une sortie de la crise politique actuelle », aux côtés des autres pays du quintette (Arabie saoudite, États-Unis, Qatar et Égypte), le diplomate a assuré que la France travaille « afin que le vide présidentiel ne se prolonge pas ». « Nous le disons avec Jean-Yves le Drian depuis plusieurs mois : il est urgent qu’un chef de l’État soit élu, qui puisse lancer aux côtés d’un gouvernement de plein exercice les actions nécessaires au redressement du pays tant sur la scène intérieure que régionale ».
Désigné émissaire spécial de l'Élysée par Emmanuel Macron, l'ancien chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a déjà effectué plusieurs déplacements au Liban pour tenter de débloquer la présidentielle. Le pays est sans président depuis octobre 2022, date de la fin du mandat de Michel Aoun. Depuis, le Parlement n'a pas réussi à élire un nouveau chef de l'État, faute de consensus politique.
Hervé Magro a par ailleurs insisté sur « l'attachement de la France au Liban » et sa volonté d'aider le pays à sortir de la crise. « Vous savez les liens historiques, humains, culturels qui nous attachent à vous. C’est leur force qui explique notre engagement à aider votre pays à trouver les solutions pour construire un avenir plus stable et prospère, en commençant par l’élection d’un président de la République », a-t-il déclaré.
Favoriser une désescalade au Liban-Sud
L'ambassadeur de France a évoqué le conflit au Liban-Sud et « l’effort diplomatique en cours afin d’éviter le pire ». « La France ne ménage aucun effort pour favoriser une désescalade et un règlement juste, qui garantisse la stabilité et la souveraineté du Liban », a-t-il dit, tout en appelant à « la mise en œuvre complète de la résolution 1701, le renforcement de la Finul et des forces armées libanaises au Sud, ainsi que la démarcation de la frontière terrestre entre Israël et le Liban ».
Il a en outre rendu hommage au contingent français de la Finul, fort de 700 Casques bleus, engagés au Liban-Sud depuis 1978. Hervé Magro a par ailleurs annoncé que la France a offert le 12 juillet vingt véhicules blindés de transport de troupes et 20 000 rations de combat à l'armée libanaise.
Les réformes économiques
Concernant le dossier économique, l'ambassadeur de France a abordé « les défis (...) qui restent à relever alors que de nombreux Libanais sont plongés dans la précarité ou la pauvreté ». « Nous voyons, dans certains quartiers un parc automobile luxueux, des terrasses de restaurant bondées, des boutiques de luxe. Ce constat superficiel pourrait nous faire penser que l’économie va mieux, mais il n’en est rien contrairement à un sentiment curieusement répandu », a-t-il souligné.
« Il n’en est rien puisque l’économie libanaise ne fait que subsister en grande partie grâce aux transferts de la diaspora, qui soutiennent la consommation et grâce à la nouvelle politique plus prudente de la Banque du Liban », a poursuivi M. Magro. Il a par ailleurs rappelé que « le secteur bancaire est toujours à l’arrêt, les exportations continuent de baisser, les infrastructures ne peuvent pas être entretenues, et surtout la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté ». « Chacun connaît pourtant le chemin des réformes à emprunter pour remettre l’économie libanaise sur les bons rails », a-t-il dit.
Réhabiliter le port de Beyrouth
Une partie du discours de l'ambassadeur de France a été consacrée au dossier épineux de la double explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020 et à l'enquête judiciaire qui piétine depuis. « Près de quatre ans après la tragédie du port de Beyrouth, on ne peut malheureusement que constater la paralysie des enquêtes et du déroulé judiciaire (...) Le redressement du Liban passera immanquablement par un système judiciaire rénové, sous la vigilance continue de la société civile et les principes de la gouvernance démocratique », a déclaré le diplomate.
« Nous avons remis un ensemble d’études et de documents d’appels d’offres pour accélérer la réhabilitation complète du port de Beyrouth, mais aussi sa mise aux normes en matière de sécurité. Nous étudions également la possibilité d’offrir des solutions de financement aux PME libanaises formelles qui souhaitent croître à l’export », a-t-il conclu.


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