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Dernières Infos - Conflit

En Israël ou à Jérusalem-Est, des artistes palestiniens à l'épreuve de la guerre à Gaza

Entre peur de représailles, paralysie créative, respect pour les victimes ou refus des stéréotypes, un "silence culturel" s'est installé pour nombre d'artistes palestiniens en Israël et à Jérusalem-Est depuis le début de la guerre à Gaza.

Las de "jouer l'arabe de service", Elias (qui n'accepte d'être cité que sous un prénom d'emprunt) raconte à l'AFP avoir troqué un temps sa casquette de comédien pour celle de maître-nageur à Tel-Aviv, pour éviter un énième rôle de "méchant" ou d'"homosexuel arabe rejeté par sa famille".

Il vient de décrocher un rôle dans une pièce à Berlin. "Je dois m'exiler pour pouvoir pratiquer mon art", se désole l'acteur de 25 ans, rencontré dans un café de Tel-Aviv où son keffieh violet ne passe pas inaperçu.

"Je ne porte plus mon bracelet 'Liberté pour la Palestine' et je fais attention à ce que je publie sur les réseaux sociaux car j'ai eu des amis qui ont eu la visite de la police", raconte le jeune premier.

Les Arabes israéliens, comme on les appelle en Israël, représentent environ 20% de la population et s'identifient pour une grande majorité comme des Palestiniens. Descendants de la population arabe de Palestine s'étant retrouvée en territoire israélien après la création d'Israël en 1948, ils se disent fréquemment victimes de discrimination vis-à-vis de la majorité juive.

Placée en détention pendant 48h en octobre pour avoir posté un message affirmant "Il n'y a de vainqueur que Dieu" à propos de l'attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre, la chanteuse Dalal Abou Amneh raconte sur son compte Instagram avoir été harcelée jusqu'à sa porte à Afoula, ville à majorité juive du nord d'Israël. 

Son avocat avait indiqué à l'époque à l'AFP qu'elle avait reçu "des centaines de messages de menaces de mort".

- "Profil bas" -

Si les acteurs arabes ont bénéficié du boom des productions israéliennes comme les séries "Hatufim" et "Betipul" (ayant inspiré "Homeland" et "En thérapie"), ou "Fauda", plusieurs disent se retrouver désormais sur la touche.

La guerre a été déclenchée le 7 octobre par l'attaque du Hamas, qui a entraîné du côté israélien la mort de 1.195 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes.

L'offensive israélienne sur Gaza a fait plus de 38.000 morts, majoritairement des civils, selon des données du ministère de la Santé du gouvernement du Hamas.

Directeur artistique du théâtre Sard à Haïfa, la grande ville du nord d'Israël, Ayman Nahas fait "profil bas". "Tu ne sais jamais où est ta place et ce n'est pas la bonne atmosphère pour jouer", regrette-t-il.

Cette scène survit "grâce aux aides du ministère de la Culture", comme "99% des espaces culturels" dit ce comédien. Il craint que les subventions soient coupées, ce qui est arrivé en 2015 au théâtre Al-Midan de Haïfa pour une pièce autour de militants palestiniens détenus dans des prisons israéliennes.

- "Incapacité à produire" -

"Un silence culturel s'est installé depuis le 7 octobre. Il y a le choc, une incapacité à produire, de la peur et du respect" vis-à-vis des victimes, analyse Huda Imam, qui promeut à Jérusalem des lieux culturels palestiniens. Avec la guerre, son groupe WhatsApp "Time out Palestine" trempe davantage dans la politique.

"Il y avait une vie culturelle palestinienne avant la guerre, surtout à Jérusalem-Est [secteur de la Ville sainte occupé et annexé par Israël depuis 1967, NDLR] mais maintenant les gens ne sortent plus, les mariages reprennent un peu mais sont moins bruyants", ajoute-t-elle.

"C'est la diaspora qui donne une voix à la Palestine", soutient Mme Imam, citant le rappeur Saint Levant qui a porté en avril un message de solidarité à Gaza au festival américain de Coachella, ou la chanteuse et flûtiste Nai Barghouti, qui tourne en Europe.

A défaut d'une scène culturelle, "les Palestiniens s'expriment avec leur patrimoine vivant, comme boire son café [ou] danser le dabkeh", une danse traditionnelle, dit le calligraphe et plasticien Hani Amra, qui s'interroge sur la "pertinence" de la création actuelle.

"Tu allumes ta télévision et tu vis la guerre en direct. La réalité est plus forte que n'importe quelle oeuvre. On se demande alors quelle plus-value on peut apporter", témoigne le directeur du Théâtre national palestinien Al-Hakawati, Amer Khalil, qui prépare une pièce autour du 7 octobre.

Selon lui, son espace culturel fondé à Jérusalem-Est en 1984 "a été fermé plus de 200 fois en 40 ans" et se trouve dans le viseur des autorités.

"Avoir un théâtre a toujours été difficile. Après le 7 octobre les choses sont devenues encore plus compliquées", assure le dramaturge, parlant de nombreux tracas administratifs.

"C'est un jeu, comme la censure, elle va et vient", philosophe-t-il  

Entre peur de représailles, paralysie créative, respect pour les victimes ou refus des stéréotypes, un "silence culturel" s'est installé pour nombre d'artistes palestiniens en Israël et à Jérusalem-Est depuis le début de la guerre à Gaza.

Las de "jouer l'arabe de service", Elias (qui n'accepte d'être cité que sous un prénom d'emprunt) raconte à l'AFP avoir troqué un temps sa casquette de comédien pour celle de maître-nageur à Tel-Aviv, pour éviter un énième rôle de "méchant" ou d'"homosexuel arabe rejeté par sa famille".

Il vient de décrocher un rôle dans une pièce à Berlin. "Je dois m'exiler pour pouvoir pratiquer mon art", se désole l'acteur de 25 ans, rencontré dans un café de Tel-Aviv où son keffieh violet ne passe pas inaperçu.

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