Sur la place de la République, à Paris, le 7 juillet 2024. Yara Nardi /Reuters
Dimanche soir à 20h, les Français retiennent leur souffle. La percée du parti d’extrême droite Rassemblement national (RN), annoncée comme inévitable après ses très bons scores au premier tour des élections législatives anticipées, n’a finalement pas eu lieu. Déjouant les pronostics, c’est finalement la gauche, unie au sein du Nouveau Front populaire (NFP), qui gagne le plus grand nombre de sièges (182) à l’Assemblée nationale, suivie par la coalition présidentielle Ensemble ! (168).
Malgré l’absence d’une majorité absolue au Parlement, « l’Union européenne pousse un soupir de soulagement », témoigne le quotidien espagnol El Mundo, face au scénario écarté d’une extrême droite au pouvoir. « La France et avec elle l’Europe vont au devant d’une période instable », s’inquiète toutefois le Frankfurter Allgemeine Zeitung, journal conservateur allemand, avec la perspective « de coalitions gouvernementales fragiles, dépendant des extrêmes et pouvant à tout moment chuter ». Si, en Europe, l’actualité française remplit quasiment toutes les unes des journaux, l’analyse des résultats reste plus discrète dans la presse du Moyen-Orient, voire inexistante. En Iran, l’actualité nationale, marquée par la victoire du candidat réformiste Massoud Pezeshkian à l’élection présidentielle, dominait ce week-end les titres du pays.
« Raclée monumentale » pour le RN
Dans la presse généraliste de la région, on souligne toutefois le « pari raté » du président français Emmanuel Macron face à la promesse de clarifier le paysage politique et le flou général qui subsiste quant à la gouvernance du pays. « Un Parlement sans majorité absolue est un territoire inconnu pour la France moderne », analyse le média saoudien as-Sharq al-Awsat. « Contrairement à d’autres pays européens, plus habitués aux gouvernements de coalition, la France n’a pas pour tradition de réunir des députés de camps politiques rivaux pour former une majorité », poursuit-il, s’inquiétant d’une paralysie politique alors que l’Hexagone s’apprête à accueillir les Jeux olympiques à la fin du mois. La chaîne d’information égyptienne al-Qahera News, proche des services de renseignements du pays, s’intéresse dans un article d’analyse à la « lutte cachée au sein de la gauche française pour le poste de Premier ministre », qualifiant de « bataille de chaises » les querelles intestines qui divisent l’alliance des partis de gauche, rendant la nomination d’une tête de file au poste de Premier ministre extrêmement incertaine. Leader de La France insoumise (LFI) qui a réalisé le meilleur score au sein de l’alliance, Jean-Luc Mélenchon reste pour al-Qahera News le « choix le plus évident », malgré les critiques dont il fait l’objet au sein de son parti.
Les pays qui comptent une large diaspora en France se sont montrés plus loquaces pour commenter le résultat des urnes en France. En Algérie, où très peu de titres indépendants échappent encore à la censure d’État, le quotidien francophone el-Watan a présenté ce lundi sa une sur le « RN désavoué ». Qualifiant de « raclée monumentale » les résultats obtenus par le parti d’extrême droite, le quotidien algérien s’inquiète toutefois de sa présence renforcée à l’Assemblée nationale française : « Le RN n’a jamais eu autant de députés et sa capacité de nuisance s’est renforcée. » Et s’interroge : « Pourra-t-il accéder à l’Élysée lors de la présidentielle prévue en 2027 ? » « Les résultats des urnes ont apporté un soulagement à l’importante communauté maghrébine de France et à divers groupes minoritaires arabes et musulmans », écrit pour sa part The Arab Weekly, média en ligne « panarabe » publié depuis Londres, mentionnant les tensions politiques cristallisées autour de la guerre à Gaza.
Réactions mitigées en Israël
En Israël, le quotidien Haaretz voit dans la déroute de l’extrême droite « un répit pour la France et les juifs de France ». Dans un article d’opinion publié ce lundi, le journal israélien pointe les « antisémites virulents » qui continuent de peupler les rangs du RN, « malgré sa transformation et ses prétentions à protéger la communauté juive », mais incite également celle-ci à « s’opposer à la présence de LFI au sein d’une majorité parlementaire », le parti de la gauche radicale ayant œuvré à dépeindre Israël comme « le diable incarné », selon le média de gauche. Certains dirigeants se sont même ouvertement positionnés du côté du parti d’extrême droite, comme Amichai Chikli, ministre des Affaires liées à la diaspora. Son soutien public à la dirigeante nationaliste Marine Le Pen durant la campagne pour les législatives ainsi que son récent commentaire sur la possibilité de son arrivée à la présidence, qui serait « excellente » pour Israël, ont créé l’embarras au sein des cercles diplomatiques, rapporte le Haaretz au lendemain des résultats.
Autre fait d’actualité mis en avant par le journal israélien de gauche : la défaite du député franco-israélien Meyer Habib après onze années à représenter les Français de l’étranger au Parlement français. Membre des Républicains (LR), la droite traditionnelle défaite dans les urnes ce dimanche, décrit comme un « confident » du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l’homme politique avait enchaîné les prises de parole polémiques, assimilant toute critique du gouvernement israélien dans sa guerre à Gaza à un soutien aux militants du Hamas, voire à de l’antisémitisme. Battu par Caroline Yadan du parti présidentiel, Meyer Habib a annoncé sa défaite sur X en se filmant depuis Israël, affirmant qu’il était « inquiet pour la France ».



