Le 4 juin 2024, des tirs balaient des fichiers ciblés par l'artillerie israélienne à la périphérie du village de Rmeish, au sud du Liban, dans le cadre des affrontements transfrontaliers entre les troupes israéliennes et les combattants du Hezbollah. Photo Kawnat HAJU/AFP
En l'absence d'avancées diplomatiques, les affrontements au Liban-Sud entre l’armée israélienne et le Hezbollah se sont intensifiés ces derniers jours, faisant craindre une extension du conflit. D'influents responsables israéliens ont appelé le gouvernement à lancer une nouvelle opération militaire pour repousser le Hezbollah loin de la frontière nord d’Israël, alors que le n° 2 du parti chiite, Naïm Kassem, a déclaré mardi soir que « si Israël veut mener une guerre totale, nous sommes prêts ».
Dans la presse, certains experts israéliens ont partagé leurs analyses sur un éventuel élargissement du conflit entre le Liban et Israël. Joel D. Parker, chercheur au Centre Moshe Dayan d'études sur le Moyen-Orient et l'Afrique, a exprimé son inquiétude dans le Haaretz, qualifiant une offensive israélienne au Liban d’« erreur désastreuse ». » Il en va de même pour l’analyste israélien Ori Goldberg, interviewé par Arab News, qui estime qu'« Israël ne peut pas se permettre une guerre sur deux fronts. »
M. Parker considère qu’Israël a mal géré la communication publique, la diplomatie et l'aide humanitaire pendant les huit mois de guerre à Gaza, entravant ainsi ses objectifs militaires. « Israël doit convaincre ses alliés qu'un cessez-le-feu avec le Hezbollah est le but final, affirme ce dernier, et que ses objectifs doivent être réalistes, pas comme celui d'éradiquer totalement le Hamas de Gaza », note-t-il.
Israël doit fixer un « objectif clair et communicable » à la communauté internationale. Une guerre au Liban sans respect des droits humanitaires, comme à Gaza, entraînerait une couverture médiatique mondiale négative et une probable censure de l’ONU, souligne l’expert. De plus, les États-Unis ne soutiendraient pas une telle offensive alors que Washington a mis en garde contre une « escalade » au Liban mercredi, soulignant que cela mettrait en péril la sécurité d’Israël.
Dans son commentaire au Haaretz, M. Parker propose ainsi des alternatives et insiste sur des mesures plus raisonnables, telles que « contraindre le Hezbollah à un désarmement important », qui pourrait selon lui être soutenu par l’État libanais. En revanche, dans les propos de M. Goldberg à Arab News, si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu présente la guerre au Liban comme la seule option viable pour permettre aux Israéliens déplacés de rentrer chez eux, alors « il est fort possible qu'il puisse rallier suffisamment de soutien », estime-t-il. « Dans cette guerre, il n'y a pas de place pour l’erreur », conclut l’expert Joel D.Parker.
Mardi, Tal Beeri, directeur des recherches à l'Institut Alma, a décrit au Jerusalem Post les scénarios d'une guerre totale dans le nord. « Dans le cas où une guerre totale éclaterait, le front israélien absorberait un volume de feu jamais vu, y compris en 2006 », prédit M. Beeri. « La principale puissance de feu du Hezbollah est constituée de missiles et de roquettes. En fait, la puissance de feu du Hezbollah peut viser l'ensemble du territoire de l'État d'Israël », précise-t-il.
L’expert estime aussi qu’en cas de guerre, le Hezbollah sera en capacité d’envoyer plusieurs milliers de drones et de missiles chaque jour en direction d'Israël. Enfin, selon lui, cette guerre est à la fois psychologique et révélatrice. Avant le déclenchement du conflit entre Israël et le Hamas le 7 octobre 2023, le Hezbollah voulait la guerre avec Israël et prévoyait d'envahir la Galilée, mais le Hamas a agi en premier. « Le 7 octobre n'a fait que geler les plans du Hezbollah, il ne les a pas annulés », affirme le directeur.
Au Liban, Michael Young, rédacteur en chef de Diwan, un publication de Carnegie Middle East, a confié pour sa part à Arab News que le Hezbollah ne veut pas d’une guerre totale avec Israël. « Bien sûr, ils sont montés en puissance en réponse aux escalades israéliennes, mais il est clair qu'ils ne cherchent pas à entrer en guerre. S'il y a une guerre, je ne pense pas qu'il y aura un soutien de la part d'une grande partie de la société libanaise, et le Hezbollah le sait », explique-t-il.



Le Hezbollah est indestructible. Ses martyrs se sacrifient pour Hassan Nasrallah et l’Iran,
08 h 48, le 07 juin 2024