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Économie - Horeca

Optimisme prudent de l'hôtellerie et la restauration au Liban pour l'été 2024

La 28e édition du salon de l'Horeca a débuté mardi, alors que les propriétaires d'hôtels et de restaurants affirment que le soutien de la diaspora continue d'être essentiel au maintien de leurs activités.

Optimisme prudent de l'hôtellerie et la restauration au Liban pour l'été 2024

Le ministre sortant du Tourisme, Walid Nassar, intervenant lors d'un panel organisé au salon Horeca. Photo Sally Abou AlJoud

Malgré la guerre à Gaza et au Liban-Sud, les tensions géopolitiques, les troubles économiques, les conséquences de l'explosion de 2020 au port de Beyrouth et l'impact persistant de la pandémie de Covid, le ministère du Tourisme espère un été 2024 « prospère » au Liban. Une saison qui devrait se traduire par l'ouverture de nouveaux restaurants et hôtels, notamment la réouverture très attendue de l'hôtel Four Seasons.

Dans ce contexte, le salon annuel de l'Horeca (hôtellerie et restauration) a lancé sa 28e édition mardi au Seaside Arena à Beyrouth, où le ministre sortant du Tourisme Walid Nassar s'est adressé à un panel au sujet du secteur. « Nous ne pouvons pas arrêter la guerre dans le Sud ni à Gaza, mais nous savons comment résister, chacun dans son secteur », a affirmé M. Nassar.

Près de la moitié des restaurants libanais ont fermé leurs portes depuis le début de la crise économique en 2019, selon le président du syndicat des restaurateurs libanais. Mais comment le secteur résiste-t-il malgré tout ?

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« Depuis 30 ans, ce secteur n'a jamais connu la stabilité », explique Pierre Achkar, président de la Fédération pour le tourisme et l'association hôtelière au Liban, lors d'un panel mardi. « Après l'explosion (au port de Beyrouth), nous avons réussi à reconstruire la capitale avec très peu de moyens, sans prêts, sans lignes de crédit, sans aides ni banques, et nous allons surmonter cela maintenant aussi », ajoute M. Achkar.

Montrant l'exemple, Tony Ramy, président du syndicat des propriétaires de restaurants, de cafés, de boîtes de nuit et de pâtisseries au Liban, déclare qu'il « investit personnellement dans 13 nouveaux restaurants sur le marché libanais », invitant d'autres personnes à investir dans le pays, malgré les incertitudes politiques.

Nouveaux restaurants

La scène culinaire libanaise s'est enrichie de nombreux nouveaux restaurants et concepts au cours de l'année écoulée. Malgré les difficultés au Liban, l'été dernier a vu l'ouverture d'environ 330 nouveaux établissements, dont « 30 % » ont connu un succès notable, selon M. Ramy. « Avant la crise, le Liban comptait environ 8.500 restaurants. Pendant la crise, ce nombre a chuté à 4.500 », ajoute-t-il. « Nous aimerions que les conditions de sécurité et la stabilité politique soient meilleures pour l'été, mais nous irons de l'avant, malgré l'état d'inquiétude et de fatigue dans lequel nous nous trouvons », assure-t-il.

Pour mémoire

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Tarek Alameddine, cofondateur du nouveau et luxueux Buco Burger Bar, s'exprimant lors d'un panel, déclare que le marché de la restauration au Liban « est saturé si vous ouvrez un nouveau restaurant italien, mais en vous concentrant sur des concepts et des produits innovants et de nouvelles atmosphères, cela en vaudra la peine ».

Maya Bekhazi, PDG de Bobo Fou Bistro, un restaurant proposant une fusion de cuisines italienne, française et grecque, a identifié les tendances émergentes sur le marché de la restauration depuis 2019 : « Il y a eu une tendance à ouvrir des restaurants plus petits et à se décentraliser, à s'éloigner de la ville. »

Malgré la résurgence du secteur, Tony Ramy met en garde contre l'autosatisfaction, notant que l'industrie hôtelière libanaise n'a pas encore retrouvé son dynamisme d'avant la crise. À L'Orient Today, il  évoque l'apogée de l'industrie en 2010, soulignant « le rôle de la stabilité politique et de la prospérité immobilière dans la croissance du secteur de l'hôtellerie et de la restauration ».

Hôtels complets cet été ?

Malgré les turbulences politiques et économiques au Liban, le secteur hôtelier semble lui aussi naviguer en eaux troubles. Après avoir connu un été florissant en 2023, les hôtels font preuve d'optimisme prudent.

L'afflux de visiteurs, principalement dû à la diaspora libanaise, a été une bouée de sauvetage pour ces établissements, selon Jean Beyrouthi, président du Syndicat des propriétaires de stations balnéaires et de plages. Mais depuis la guerre à Gaza et au Liban-Sud, « les chiffres sont en baisse ». Il espère que les hôtels pourront « combler les pertes dues à la guerre, pendant la saison estivale ».

Chirine Salha, actionnaire du prestigieux Phoenicia Hotel de Beyrouth, explique que l'établissement accueille un nombre croissant de clients, notamment ceux fortunés du Qatar, du Koweït et de l'Irak, soulignant que les Irakiens « apprécient particulièrement la proximité de Hamra et la vue sur la mer ». En outre, les Syriens qui rentrent chez eux en provenance de l'étranger considèrent le Liban comme une étape de transit, où ils passent quelques nuits à l'hôtel. Les Égyptiens font également partie des clients du Phoenicia, « bien qu'ils soient moins nombreux en raison de la récession économique dans leur pays », explique Mme Salha. Le nombre de visiteurs en provenance d'Europe a diminué depuis la guerre à Gaza, dit-elle, ajoutant qu'elle « ne s'attend pas à ce que le nombre augmente beaucoup pendant l'été ».

Mohammad Yassine, directeur général de l'hôtel Radisson Blu, estime que les défis commerciaux préexistants n'ont fait que s'intensifier depuis 2019, tels que le manque de lignes de crédit et la dépendance à l'égard des transactions en espèces.

Il y a aussi l'effet perturbateur d'Airbnb. Selon Eddy Nohra, directeur général du Staybridge Suites de Beyrouth, le service de location de logements est « un rude concurrent qui enlève des clients aux hôtels ». « Cependant, Airbnb offre un service minimum avec un lit propre, donc les clients qui recherchent quelque chose de plus, un séjour luxueux avec un service de qualité, viendront toujours chez nous », affirme-t-il à L'Orient Today.

Georges Ojeil, directeur général de l'hôtel de luxe Four Seasons, laisse entendre que la réouverture de l'établissement, endommagé lors de l'explosion au port de Beyrouth en 2020, se fera « avec un peu de chance au milieu de l'année prochaine », mais rappelle qu'aucune date officielle n'a encore été annoncée. De même, Roy Bou Gharios, directeur général de Voco Hotels, fait allusion à l'émergence de nouveaux projets hôteliers dans le centre de Beyrouth, tandis que Mohammad Yassine annonce que Radisson Blu prévoit l'ouverture d'un nouvel hôtel en dehors de la capitale.

Qui vient au Liban ?

Marwan Haber, chef de la division commerciale de la compagnie aérienne Middle East Airlines, affirme que la diaspora joue un rôle important dans la survie de l'industrie. « Quatre-vingt-quinze pour cent des passagers à bord des vols entre le Liban et d'autres pays sont détenteurs d'un passeport libanais », explique-t-il. « Presque tous les vols de la MEA affichent complet » souligne M .Haber, mais cela ne se traduit pas nécessairement par une augmentation du trafic, car la MEA a réduit la fréquence de ses vols. À partir du 20 octobre, la compagnie nationale a été contrainte de réduire le nombre de ses vols « de moitié » suite à une diminution de 60 % de la couverture d'assurance en raison des tensions régionales liées à la guerre entre Israël et le Hamas et ses répercussions au Liban. Mais Marwan Haber espère que les réservations continueront d'augmenter pendant l'été.

Selon le ministre Nassar, à la fin du mois d'août 2023, 31 % des 2,8 millions de touristes arrivés au Liban pendant l'été étaient « européens ». Il explique que les membres de la diaspora libanaise détenant des passeports étrangers sont généralement comptés dans cette catégorie. Selon M. Haber, il n'y a pas eu de « trafic important en provenance d'Europe ou de pays occidentaux - il se limite à quelques touristes, travailleurs d'ONG et diplomates ».

Walid Nassar affirme pour sa part que le Liban espère accueillir à nouveau cet été plus de touristes des pays arabes voisins, mais précise que cela dépend d'une « décision politique » de la part des pays du Golfe. Il  ajoute toutefois qu'environ 850 touristes qataris étaient arrivés au Liban au cours des dernières vacances de Pâques et du Ramadan, un chiffre en augmentation sur le plan des touristes arabes.

Depuis plusieurs années, un nombre important de touristes des pays du Golfe évitent le Liban. L'été dernier, plusieurs pays de cette région ont appelé leurs ressortissants à quitter le Liban dans un contexte de tension. Ces appels ont découragé les ressortissants de ces pays de se rendre au Liban pendant la haute saison touristique.

Malgré la guerre à Gaza et au Liban-Sud, les tensions géopolitiques, les troubles économiques, les conséquences de l'explosion de 2020 au port de Beyrouth et l'impact persistant de la pandémie de Covid, le ministère du Tourisme espère un été 2024 « prospère » au Liban. Une saison qui devrait se traduire par l'ouverture de nouveaux restaurants et hôtels, notamment la réouverture...
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On mendie pour vivre.

Marie Claude

07 h 50, le 18 avril 2024

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Commentaires (1)

  • On mendie pour vivre.

    Marie Claude

    07 h 50, le 18 avril 2024

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