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Politique - Décryptage

Entre Michel Aoun et le Hezbollah, des divergences désormais stratégiques

Entre Michel Aoun et le Hezbollah, des divergences désormais stratégiques

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et le chef du CPL Michel Aoun lors de la signature de l’accord de Mar Mikhaël en février 2006. Photo d’archives L’OLJ

Entre l’ancien président Michel Aoun et le Hezbollah, les divergences sont désormais stratégiques. Elles ne portent plus sur le dossier présidentiel ou encore sur l’édification de l’État, mais bien sur l’évaluation de la guerre à Gaza et sur l’implication du Liban dans ce conflit. Selon les visiteurs de Rabié, les images des enfants de Gaza privés de tout et souvent de la vie ne quittent pas l’esprit de l’ancien chef d’État qui, toujours selon ses visiteurs, « a remis sa casquette militaire » et suit de près les développements sur le terrain, aussi bien au sud du Liban qu’à Gaza et dans les territoires occupés.

À ses visiteurs, Michel Aoun confie que ce qui se passe est atroce et qu’en militaire, qui a mené de nombreuses batailles, il ne peut que condamner la violence des bombardements israéliens contre les civils, mais en même temps il est convaincu que les développements sur le terrain sont graves et personne n’a une vision claire du jour d’après. Ce qui signifie que la guerre pourrait se prolonger et elle deviendrait de plus en plus destructrice. Selon ses visiteurs, ce que Michel Aoun voit dans le contexte actuel, c’est que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est déterminé à aller jusqu’au bout coûte que coûte, quitte à mettre ses alliés américains et les Occidentaux en général au pied du mur. C’est la raison principale pour laquelle Aoun avait ouvertement critiqué la décision du Hezbollah d’ouvrir le front du sud du Liban en soutien à Gaza. Dans le cadre d’un entretien accordé à la chaîne OTV le 19 février, l’ancien président avait affirmé son opposition au lancement de cette bataille ainsi qu’au principe de l’unité des fronts. Cette déclaration avait alors surpris le Hezbollah qui a décidé d’envoyer, le 7 mars, une délégation à Rabié présidée par le chef du bloc parlementaire du parti, Mohammad Raad. Selon des sources concordantes, le sujet principal de l’entretien se résumait à la guerre qui se déroule à Gaza et au sud du Liban.

Les deux parties ont mis de côté les questions personnelles, notamment le fait que le Hezbollah aurait dû, pour le parti fondé par Michel Aoun, consulter son allié avant de prendre la décision d’ouvrir le front, ne serait-ce qu’en raison de son expertise militaire. Ils sont donc très vite entrés dans le vif du sujet. Le Hezbollah a ainsi expliqué qu’il était contraint d’ouvrir ce front, pour faire tout ce qui est possible afin d’empêcher les Israéliens de remporter une victoire. Selon lui, toute victoire contre le Hamas pousserait les Israéliens à se tourner ensuite vers le Liban. C’est pour cette raison principalement que le Hezbollah dit donc s’être engagé dans un conflit de faible intensité, qui, selon lui, a atteint ses objectifs, puisqu’il a détourné une partie de la force militaire israélienne vers le nord de la Galilée et, en même temps, il a créé un véritable problème aux Israéliens avec l’exode des habitants du Nord qui seraient, selon certains chiffres, aux alentours de 100 000.

L’approche de Michel Aoun est différente. Pour lui, l’ampleur des pertes humaines et matérielles dans ce conflit dit de basse intensité est trop importante, surtout pour le Liban en crise économique, sociale et politique. Mais le plus grave aux yeux de l’ancien président, c’est que dans le contexte actuel il y a de plus en plus de risques que le conflit se prolonge et devienne encore plus violent. Selon son estimation, si les parties qui négocient au Caire et à Doha ne parviennent pas à un accord dans les prochaines semaines, cela signifie que le conflit est appelé à s’intensifier pour aboutir à un vainqueur et à un vaincu. Netanyahu est ainsi déterminé à aller jusqu’au bout et il ne veut rien entendre. Il rejette toutes les propositions sous prétexte de vouloir imposer ses conditions, mais en fait il veut mener la bataille jusqu’à ce qu’il considère comme une victoire claire. Pour Aoun, si les développements vont dans cette direction et qu’il devient impossible de trouver un compromis, les Américains et les Occidentaux en général ne laisseront pas Israël perdre. Ils feront tout ce qui est possible pour lui sauver la face. Dans ce cas, les Palestiniens, Gaza et le Hamas, en particulier, ne peuvent être que perdants. Dans cette logique, et indépendamment du fait que les Palestiniens ont des droits et qu’ils se battent pour leur terre, Aoun estime qu’il était maladroit d’engager le Liban dans une telle bataille. La délégation du Hezbollah est alors entrée dans les détails militaires en précisant que la formation possède des armes inédites et puissantes qui pourraient renverser la donne, mais Aoun s’est demandé quelle peut être l’efficacité de telles armes face aux bombardements aériens doublés de moyens technologiques très pointus ? D’ailleurs Gaza est pratiquement détruite et, selon divers médias, des 24 unités combattantes du Hamas, 19 ont déjà été neutralisées. Certes, les souterrains restent fonctionnels, mais à la longue leur efficacité se réduit. Pour toutes ces raisons, Aoun a exprimé à ses interlocuteurs ses craintes pour le Hezbollah et pour le Liban, d’autant qu’il est probable qu’au fond bien peu parmi les Occidentaux et certains pays arabes souhaitent vraiment une victoire du Hamas. C’est pourquoi, selon lui, le Liban aurait mieux fait de se tenir à l’écart. La délégation du Hezbollah a écouté attentivement mais, selon des sources proches du parti, elle n’était pas vraiment convaincue, d’autant que le Hezbollah a été le principal défenseur du principe de l’unité des fronts et ne pouvait pas regarder le Hamas se battre à Gaza sans réagir, même s’il n’était pas d’accord sur le timing de la bataille. Les deux parties ont achevé cette rencontre en campant chacune sur ses positions. Mais en dépit des divergences, elles veulent continuer à se concerter.

Entre l’ancien président Michel Aoun et le Hezbollah, les divergences sont désormais stratégiques. Elles ne portent plus sur le dossier présidentiel ou encore sur l’édification de l’État, mais bien sur l’évaluation de la guerre à Gaza et sur l’implication du Liban dans ce conflit. Selon les visiteurs de Rabié, les images des enfants de Gaza privés de tout et souvent de la vie...
commentaires (7)

Tiens le deuxième avocat du Hezbollah s’est exprimé. A la différence de Scarlett Haddad qui demeure plus intelligente et plus subtile, ce nouvel avocat a juste 50 ans de retard, ce qui explique sa sénilité

Lecteur excédé par la censure

16 h 00, le 09 avril 2024

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Commentaires (7)

  • Tiens le deuxième avocat du Hezbollah s’est exprimé. A la différence de Scarlett Haddad qui demeure plus intelligente et plus subtile, ce nouvel avocat a juste 50 ans de retard, ce qui explique sa sénilité

    Lecteur excédé par la censure

    16 h 00, le 09 avril 2024

  • Le Hezb sait ce qu'il fait , inutile d'imaginer qu'il pourrait perdre ! Sauf si les sionistes fomentent une guerre civile qui affaiblirait ses arrières, et c'est là où le bât blesserait , car je vois de plus en plus que nos amis chrétiens sont ASSOIFÉS de guerre civile, de par leurs reactions épidermiques incontrolables ! Le plan Kissinger a été réssucité par les sionistes et leurs amis occidentaux . Il faut crier gare : Que de morts et de souffrances en perspective pour appliquer le plan Kissinger !

    Chucri Abboud

    14 h 53, le 09 avril 2024

  • J’ai finalement lu l’article: PLUS RIDICULE QUE CET ÉTALAGE DE BÊTISES , TU MEURS

    Lecteur excédé par la censure

    14 h 24, le 09 avril 2024

  • L,INCOMPETENCE ET LE MERCENARIAT, LA DESINFORMATION LES NOMME STRATEGES...

    LA LIBRE EXPRESSION

    14 h 05, le 09 avril 2024

  • L’opinion de Michel Aoun, en tant qu’ancien chef de la troupe, au sujet de la guerre avec Israël est à prendre au sérieux . Si le parti de dieu ne change pas sa stratégie militaire, il aura bientôt 80/100 des Libanais sur le dos. PS : excellent analyse

    Hitti arlette

    14 h 04, le 09 avril 2024

  • J'ai pris le temps de lire l'article et il est encore plus écœurant que la photo! Paix à ton âme Pascal Sleiman ?

    Joseph KHOURY

    12 h 04, le 09 avril 2024

  • Je n’ai même pas lu l’article vu la photo écœurante

    Lecteur excédé par la censure

    09 h 55, le 09 avril 2024

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