Karim Mroué signant un de ses ouvrages. Photo Mahmoud Tawil
Écrivain, penseur, témoin d’une grande partie de l’histoire du Liban et des pays arabes, Karim Mroué vient de s’éteindre à l’âge de 94 ans. Esprit libre par excellence, il a toujours fui les étiquettes, bien qu’il ait longtemps été associé au Parti communiste libanais (PCL), dont il était membre et cadre des années 50 jusqu’à la fin des années 90, et dont il a été vice-secrétaire général en 1987.
Karim Mroué a vu le jour le 8 mars 1930 dans le village sudiste de Haris. Né dans une famille chiite religieuse, il avait un père cheikh et a été initié très tôt aux valeurs religieuses mais aussi, dans la maison parentale où l’on recevait souvent, aux débats sur des sujets divers, ce qui a contribué à éveiller très tôt sa conscience politique. Son enfance s’est déroulée à un moment où le sud du Liban était encore ouvert à la Palestine, avant la Nakba.
Sa vie prend un tour inattendu avec le déménagement de sa famille à Tyr, alors qu’il n’avait que 13-14 ans. Contrairement à l’éducation religieuse qu’il avait reçue dans son village, le jeune Karim Mroué passe à une éducation beaucoup plus laïque et cesse, comme il le dit à L’Orient-Le Jour dans une interview en 2017, d’être pratiquant, ce qui devait déterminer le reste de son parcours.
Attiré tout d’abord par le nationalisme arabe, il s’en éloignera à 17-18 ans sous le coup de ce qu’il dénoncera comme l’inaction arabe lors de la Nakba en Palestine et la création de l’État d’Israël, en 1948. C’est à ce moment qu’il se découvrira des affinités avec les idées communistes, jusqu’à adhérer au PCL. En 1956, il est à Budapest, affecté par le parti au siège de l’Union mondiale de la jeunesse démocratique, quand il assiste en direct au soulèvement hongrois contre l’Union soviétique. Bien plus tard, il dira, en référence à cet épisode, que ce sont « les failles internes du communisme » qui ont précipité sa chute.
En 1964, avec son ami Georges Haoui (ancien secrétaire général du PCL assassiné en 2005) et d’autres jeunes cadres, Karim Mroué initiera un mouvement de renouveau au sein du Parti communiste libanais, qui visera à affranchir ce dernier de l’influence de la vieille garde, bien trop attachée à suivre les directives de Moscou.
L’autre grand bouleversement dans la vie de Karim Mroué aura été l’éclatement de la guerre civile au Liban en 1975. « Dès 1969, Georges Haoui et moi considérions que l’intervention armée des Palestiniens au Liban était un problème, mais nous n’avons pu imposer cette idée au sein du Mouvement national libanais (coalition de partis et d’organisations dirigée, au début de la guerre, par Kamal Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste) », dira-t-il dans son interview à L’OLJ. Le PCL, qui avait alors des milliers de combattants bien entraînés, s’est trouvé pris dans la spirale de violence interne aux côtés des forces propalestiniennes.
Autre tournant, l’invasion israélienne du Liban en 1982, quand le PCL a participé à la création du Front de résistance. L’opposition de Karim Mroué aux idées du Hezbollah commence durant ces années-là, un parti qu’il accuse d’avoir voulu, avec Amal, monopoliser la résistance et la mettre au service de puissances étrangères.
La guerre prend fin en 1990, ce qui coïncide grosso modo à la chute de l’empire soviétique. Karim Mroué se détourne du PCL jusqu’à quitter ses rangs vers la fin des années 90.
Après son départ du PCL, Karim Mroué s’est consacré à l’écriture, publiant de multiples ouvrages dont Chapitres de mon expérience, et faisant preuve d’une lecture critique impitoyable qui n’a pas épargné l’époque soviétique ni les différentes périodes par lesquelles est passé le Liban, notamment la guerre civile et le rôle qu’y a joué son parti. Il ciblait tout particulièrement la mainmise du Hezbollah sur le Sud (puis sur le pays) et la tutelle syrienne jusqu’en 2005. Jusqu’à la fin de sa vie, Karim Mroué a plaidé inlassablement en faveur d’un renouveau dans la vie politique libanaise et arabe.


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