Un nuage de fumée s’élevant après une frappe israélienne sur le village libanais de Aïtaroun, au Sud, le 17 décembre 2023. Photo AFP
La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a atterri samedi à Tel-Aviv, qu’elle visite dans le cadre d’une tournée au Proche-Orient pour empêcher une escalade à la frontière libano-israélienne. Elle est attendue à Beyrouth lundi. Dès son arrivée, la chef de la diplomatie s’est entretenue avec son homologue israélien, Eli Cohen. « La France peut jouer un rôle positif et important » pour empêcher une guerre, a-t-il affirmé. De son côté, Mme Colonna a affirmé que les appels de la communauté internationale à la « désescalade » à la frontière israélo-libanaise valent pour toutes les parties, y compris Israël. « S’il y avait un engrenage, un embrasement, je crois que personne n’en bénéficierait et je le dis aussi à Israël », a dit Catherine Colonna en présence d’un haut responsable de l’armée israélienne. La France, notamment, « passe les messages nécessaires » aux autorités libanaises et au Hezbollah, mais « cet appel à la prudence et à la désescalade vaut pour tous », a-t-elle insisté.
La diplomatie ou la force ?
Mme Colonna devait commencer sa tournée régionale depuis Beyrouth, mais a dû ajourner sa visite à lundi du fait d’un « problème technique ». Sa mission intervient dans un contexte explosif, les affrontements près de la ligne bleue risquant de dégénérer à tout moment. « Il y a encore une possibilité d’empêcher la guerre au Liban. Si la communauté internationale n’y parvient pas, nous n’aurons pas d’autre choix que de nous en charger nous-mêmes », a prévenu M. Cohen à l’issue de leur entretien. La France assure une sorte de médiation entre le Hezbollah et Israël, qui réclame une application stricte côté libanais de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette décision onusienne prévoit d’éloigner les combattants du parti chiite de la frontière entre les deux pays, plus précisément vers le nord du fleuve Litani. Dans ce cadre, d’autres responsables israéliens ont réitéré les menaces de M. Cohen, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Nous allons dissuader le Hezbollah (de nous attaquer), politiquement ou militairement », a-t-il martelé samedi lors d’une conférence de presse, affirmant que son pays a mis en place un calendrier pour vaincre la formation chiite. « Si le Hezbollah veut faire monter (ses attaques) d’un niveau, nous en monterons de cinq. Nous ne le souhaitons pas, mais nous ne permettrons pas que l’évacuation des habitants du Nord (d’Israël) dure trop longtemps », a quant à lui déclaré le ministre de la Défense israélien, Yoav Gallant, dans des propos dimanche à des réservistes dans la région frontalière entre le Liban et Israël, évacuée de ses habitants depuis le début des opérations du Hezbollah. Tout semble indiquer que ces riverains ne voudront pas rentrer dans leurs localités avant que la menace posée par le parti libanais ne soit éloignée. Après avoir déclaré la guerre au Hamas dans la bande de Gaza à la suite des massacres commis le 7 octobre par le mouvement islamiste palestinien, « Israël n’a pas l’intention de déclencher un autre front à sa frontière nord », a assuré M. Cohen. « Mais nous ferons tout pour protéger nos compatriotes (...). Nous sommes tenus d’assurer leur sécurité pour qu’ils puissent revenir chez eux », a-t-il insisté, en exigeant le retrait du Hezbollah de la zone frontalière. « Il y a deux façons de le faire : par la diplomatie ou par la force », a averti une nouvelle fois le chef de la diplomatie israélienne.Un député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, a critiqué dimanche les menaces israéliennes évoquant un élargissement du conflit au Liban, lors d’une cérémonie en hommage à un combattant du parti mort au combat, dans la localité de Bourj el-Chémali. « Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, arrive à peine à préserver son poste et vit dans la défaite (…) Ses rêves et illusions au Liban vont tomber, parce qu’il est attendu par des résistants (…) L’ennemi va regretter d’avoir pensé élargir ses hostilités en direction du Liban. Ces menaces sont destinées (à apaiser) la scène interne (israélienne) », a déclaré le député. « Ils (les Israéliens) ne réussiront ni par la diplomatie ni par la force militaire. Ils disent qu’ils ont établi un échéancier pour la victoire au Liban, mais ils ne récolteront que la perte », a-t-il poursuivi.
Bombardements incessants
Malgré les appels au calme de la ministre française, les combats se poursuivent des deux côtés de la ligne bleue. Ce week-end, Israël a mené des bombardements quasi incessants dans la région frontalière. Ainsi, des obus se sont abattus dans les alentours des localités de Haouchine, Yaroun, Aïta el-Chaab, Meïs el-Jabal, Maroun el-Ras, Aïtaroun, Naqoura, Labbouné et Wadi Hammoul. Un drone israélien a également tiré deux missiles sur une maison de deux étages avec une tour de télécommunications de l’agence Touch installée sur son toit dans la bourgade de Taybé (caza de Marjeyoun), a déclaré à L’Orient-Le Jour le chef de la municipalité du village, Abbas Diab, contacté par notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah. L’armée israélienne affirme, quant à elle, avoir attaqué « une cellule terroriste » au Liban qui avait tenté de lancer des missiles antichar vers Israël, rapporte le Haaretz. Des tirs ont été détectés et « l’armée israélienne a attaqué les sources de ces tirs », précise un communiqué de l’armée.De son côté, le Hezbollah a lui aussi revendiqué une série d’attaques en fin de semaine. Il a annoncé dimanche avoir pris pour cible des positions de l’armée israélienne situées face aux villages de Aïta el-Chaab, Ramiyé, Rmeich, Naqoura et la position d’Avivim. Selon la milice chiite, ces opérations ont fait des victimes dans le camp adverse. En outre, le parti a annoncé avoir attaqué et détruit une grue israélienne transportant des appareils de surveillance dans une position israélienne face à Rmeich. Elle a également affirmé dans des communiqués distincts avoir lancé avec succès deux attaques contre des brigades israéliennes, l’une face à Marwahine et l’autre à Hanita, dans le nord d’Israël. Samedi, le Hezbollah a revendiqué une série d’attaques, dont des tirs contre un rassemblement de soldats israéliens dans la forêt de Ramim, puis contre un autre groupe dans la localité israélienne de Manara. Il a également annoncé avoir lancé une attaque de drone sur une position de soldats israéliens à l’extérieur de la caserne de Ramim. Dans ce cadre, un réserviste de l’armée israélienne a été tué lors d’une attaque de drone depuis le Liban, a annoncé la troupe, selon le Haaretz. Le parti chiite a, lui, annoncé la mort de trois de ses combattants : Radouane Ali Hammoudi, Moussa el-Diké, Moussa Moustapha.


Curieux comme, c’est justement lorsque, par hasard, il arrive à Nasrallah de dire la vérité, qu’on ne veut pas le croire. Ainsi, il a avoué (il s’en est même vanté) avoir ouvert lui-même un "front de soutien au Hamas" au Sud-Liban, et on fait comme si c’était Israël qui voulait y déclencher la guerre, à l’encontre de ses propres intérêts évidents. Autrement dit, Mme Colonna, c’est à Téhéran et non à Tel Aviv, qu’il fallait vous rendre. A moins que vous puissiez obtenir du Liban qu’il accepte – enfin – de respecter ses engagements et mettre en œuvre la 1701. A Noël, il est bien permis de rêver!
07 h 25, le 18 décembre 2023