Pourquoi les émigrés libanais sont-ils tellement attachés à leurs origines malgré les longues années d’émigration ? Pourquoi les enfants et les petits-
enfants maintiennent-ils une communication effective ou bien affective avec le « pays natal », avec le village où sont nés leurs parents et leurs grands-
parents ? Pourquoi ce retour permanent aux « racines », au « pays des cèdres », pourquoi cette douce nostalgie du Liban, même si ce « petit pays » est sujet à des souffrances sans fin…
C’est une question « d’identité et d’appartenance », de relation qui ne se brise pas avec les origines. C’est l’authenticité de l’appartenance à une patrie qui reste toujours gravée dans la mémoire, la conscience, et notamment le cœur et l’esprit…
Selon le professeur Philippe Salem, l’identité ressemble à la relation d’un arbre avec ses racines, puisque l’arbre qui n’a pas de racines ne peut pas vivre. S’il vit, il ne peut pas s’élever haut dans le ciel, vu qu’il est facilement déraciné. Tout homme doit connaître ses origines pour connaître son identité et ne pas s’égarer. Même s’il accumule des richesses et bâtit une renommée, il reste perdu dans son for intérieur.
Salem ajoute : « Je préserve personnellement dans ma clinique à Houston aux États-Unis une poignée de terre de mon village de Bterram (Koura) ainsi qu’une petite bouteille d’huile et une branche d’olivier pour que je me rappelle toujours qui je suis, d’où je proviens, qui sont mes parents et mes bien-aimés et quelles sont mes origines enracinées dans mon pays, le Liban. »
Lors d’une conférence à l’université de Sydney en Australie, Salem a déclaré devant un public de jeunes d’origine libanaise : « Les Libanais répandus dans le monde, et notamment les nouvelles générations ayant vu le jour dans les pays d’immigration, doivent être conscients de l’importance de l’appartenance et de l’identité sur le plan national et humain. » Cependant, il a prévenu les jeunes du danger de toute barrière qui pourrait aboutir à l’isolement ou à la solitude… « En effet, vous devez connaître votre identité et en même temps aimer l’autre. En tant que Libanais, j’aime le Liban et cela ne m’empêche pas d’aimer également les Australiens, les Américains, les Français et tous les peuples du monde. On doit donc interagir avec le monde entier et s’ouvrir sur toutes les civilisations en général. »
Dans son ouvrage Les identités meurtrières, Amin Maalouf relate des histoires à propos de guerres déclarées à cause de l’identité. Que de gens ont été victimes de fanatisme identitaire ! Il peut sembler à première vue qu’Amin Maalouf désire renoncer à son identité et se libérer de ses futilités. À cet effet, Philippe Salem déclare qu’Amin Maalouf a raison de soutenir que l’identité pourrait servir d’outil de mort, mais cela ne signifie pas que nous devons y renoncer. Tels le patriotisme, la liberté et la religion, l’identité se définit selon son moyen d’utilisation. L’un des philosophes allemands considère qu’il est important d’accéder à la liberté, mais le fait de savoir comment l’utiliser est plus important encore. Je réitère les propos de ce philosophe en matière d’identité. Dans le traitement des maladies cancéreuses, le même médicament pourrait aboutir à une guérison totale et, en cas de mésusage, pourrait avoir des dégâts énormes allant jusqu’à la mort. Dans l’un de ses articles, Philippe Salem signale que l’identité doit nous inciter à aimer l’autre, sinon elle serait meurtrière.
Selon Salem, « les Libanais ont été à l’avant-garde de civilisations avancées et les premiers à dépasser leurs frontières et à s’installer dans des contrées étrangères depuis le temps des Phéniciens jusqu’à nos jours. Le Libanais a toujours un message à transmettre en publiant un livre ou bien en vendant une marchandise. Il aime interagir avec l’autre et établir des liens d’amitié et de cordialité ».
À l’Université de Sydney et devant un large public de médecins, d’avocats et d’universitaires d’origine libanaise, Salem a souligné l’importance du retour aux origines dans le vrai sens du terme. Il a mis l’accent sur l’enseignement de la langue arabe pour que les générations futures conservent leur héritage, leurs origines et leur civilisation. De même, il a appelé à l’établissement de bibliothèques libanaises dans les pays de l’étranger pour prendre connaissance du patrimoine libanais et arabe remarquable et bénéficier de la richesse de sa littérature au niveau intellectuel, philosophique, historique et social.
« La voûte » familiale
Boutros Andari mentionne dans son livre (Philippe Salem – L’homme. La patrie. La science) que la nostalgie de Philippe Salem pour sa patrie se reflète dans sa nostalgie pour son village Bterram, de la « voûte » familiale qui lui est plus chère qu’un palais ou une ville entière.
De plus, il parle de son amour envers son village et la maison familiale, de cette appartenance sans limite à la terre et à la nation, au patrimoine libanais.
Andari indique que Philippe Salem quitte sa clinique à Houston chaque année au début de l’été pour se rendre à Bterram en compagnie de son épouse et de ses trois enfants pour y passer quelques semaines avec sa famille et ses amis. Selon Salem, ce sont les plus beaux jours de sa vie, des jours de pur bonheur et de cordialité. Le village représente la patrie en tout ce qui a trait au patrimoine et aux traditions.
Dans l’un de ses articles intitulé « Le Liban et le monde », Philippe Salem s’engage à transmettre sa passion à ses enfants, son attachement à la terre, aux villageois, à la famille et à l’identité nationale. Depuis leur tendre enfance, il s’est évertué à maintenir le lien entre ses enfants et leur patrie, leur village, les villageois, la terre, les traditions, l’environnement et la civilisation…
Dans cet article publié il y a quelques années, il a écrit : « Que la paix soit avec toi, ô Liban… Me voilà avec mes enfants venus pour avoir ta bénédiction. Depuis six ans, ils étaient encore petits et te connaissaient à peine lorsqu’ils t’avaient abandonné sans savoir la cause. Je leur racontais de longues histoires à ton propos pour que tu ne tombes pas dans l’oubli. Maintenant, ils t’aiment et sont venus te rendre visite et t’embrasser, serre-les donc contre ton cœur tendre sans leur faire part des douleurs et de la mort dont tu souffres tous les jours. »
Salem ajoute : « Petits, ils ignoraient le destin qui t’a frappé et le sens de la douleur et de la mort. Ils n’avaient pas lu Gebran et n’avaient rien appris sur « votre Liban ». Ils ne connaissaient que « mon Liban », celui du village, de mon village, des contes que je leur répétais chaque jour avant de dormir, des parents, des amis, de la terre, du ciel, de la civilisation distinguée en Orient et unique au monde. Ô Liban,
regarde-les en train de jouer avec ta terre et se baigner de ton soleil, comme s’ils n’avaient guère connu la terre et le soleil… »
C’est Philippe Salem, le médecin humaniste qui met l’accent sur l’appartenance aux origines, au village et à la terre, à l’identité nationale, parce que « tout arbre sans racines meurt ». C’est Philippe Salem qui invite l’homme à connaître ses origines mais surtout sa destination et l’exhorte à s’ouvrir sur les autres et à les aimer.
Philippe Salem réitère souvent devant ses amis : « J’ai un passeport américain mais une identité libanaise. Mon passeport m’impose la loyauté à un pays qui m’a offert l’expérience et la nationalité et mon identité m’impose la loyauté à mon pays d’origine, l’appartenance perpétuelle à la terre de mon village Bterram qui m’a appris la loyauté à ma patrie le Liban. »
C’est la conception de Philippe Salem au sujet de l’appartenance aux origines, à la patrie, à la terre et aux hommes.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Merci c’est très émouvant
17 h 10, le 13 décembre 2023