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Environnement - COP28

Au Liban, cinq problèmes écologiques à régler d'urgence

Forêts décimées, régions menacées par la désertification, pénuries d’eau, déchets non triés ou pollution de l’air, autant de dossiers à examiner de toute urgence.

Au Liban, cinq problèmes écologiques à régler d'urgence

Une pelleteuse dégageant des déchets ménagers dans une rue au Liban. Photo d’archives João Sousa

Rien ne va plus, ou presque, lorsque l’on aborde le dossier de la protection de l’environnement au Liban. Forêts décimées par les tronçonneuses, régions menacées par la désertification, pénuries d’eau, déchets qui s’entassent dans les décharges ou encore pollution galopante de l’air sont autant de dossiers qui préoccupent l’opinion publique. Des problématiques exacerbées par l’absence de politique publique claire et un laisser-faire flagrant de la part des autorités.

L’Orient-Le Jour revient sur cinq défis écologiques majeurs à régler de toute urgence au Liban.

1. Une déforestation exacerbée

Vue du paysage dévasté dans la vallée de Qadicha, au Liban-Nord, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Photo Terre Liban

L’abattage illégal d’arbres, un fléau qui perdure depuis des années au Liban, a pris de l’ampleur avec la crise économique de 2019. Dans un État aux abonnés absents, ce sont des pans entiers de verdure qui ont ainsi été rasés ces derniers mois, au Akkar, au Liban-Sud, au Kesrouan ou encore dans la Békaa, dans le but, entre autres, d’alimenter un marché illégal du bois de chauffage.

Ce comportement « pourrait avoir des conséquences fâcheuses au niveau du climat », alerte Paul Abi Rached, directeur de l’ONG Terre Liban. Le dernier abattage massif en date vient d’avoir lieu, selon ce militant, dans la vallée de la Qadicha, au Liban-Nord, un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco. « Sous prétexte d’élaguer des chênes, des arbres centenaires ont été décimés. Une route de deux kilomètres et demi a également été ouverte dans la vallée», dénonce M. Abi Rached, qui accuse, documents à l’appui, le couvent Saint Antoine-Kozhaya d’avoir provoqué ce désastre écologique. Les responsables du couvent n’étaient pas joignables dans l’immédiat. 

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« Aujourd’hui, il n’y a plus que 10 à 12 % d’espace vert au Liban », alerte Paul Abi Rached, qui estime que « le Liban est la forêt du Moyen-Orient ». « Si la déforestation continue ici, les répercussions affecteront toute la région, surtout en ce qui concerne l’accès à l’eau », ajoute ce militant.

Outre les tronçonneuses, les feux de forêt constituent également une menace continue. « Le changement climatique provoque des incendies dans des régions épargnées jusque-là et les feux de forêt sont de plus en plus fréquents », explique Georges Mitri, directeur du programme sur les terres et les ressources naturelles à l’Université de Balamand. En outre, les nombreux incendies déclenchés dernièrement au Liban-Sud par les bombes à phosphore blanc de l’armée israélienne ont décimé à eux seuls 500 hectares de forêt depuis octobre. 

2. Une désertification qui « avance à grands pas » 

Des montagnes de plus en plus dégarnies, dans les hauteurs du Akkar. Photo fournie par Hassan Zakaria

La désertification de certaines régions du pays, une des conséquences du réchauffement climatique, est un des problèmes écologiques dont les effets commencent à se faire sentir dans la Békaa-Nord et dans certaines parties du Liban-Sud, alerte Ali Darwiche, président de l’ONG Green Line. Une tendance « qui avance à grands pas » et qui risque d’affecter de multiples aspects de la vie quotidienne.

« Le sol est en train de perdre ses caractéristiques naturelles, parce que la saison des pluies a changé d’aspect. Il pleut beaucoup par moments, puis il fait chaud, ce qui fait que l’eau n’a plus le temps de nourrir les nappes phréatiques. De même pour les chutes de neige, souvent suivies de températures douces. La neige fond rapidement et finit par se verser dans la mer, sans avoir eu le temps d’alimenter le sol », explique ce militant. 

Ali Darwiche met en garde, par ailleurs, contre une altération de l’agriculture. « De nombreuses plantes cultivées au Liban n’avaient pas besoin d’irrigation auparavant. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, car l’eau de pluie qui est normalement retenue dans le sol s’évapore beaucoup plus vite avec les fortes températures auxquelles nous assistons», indique-t-il. « Par ailleurs, de nombreux insectes qu’on ne trouvait pas d’habitude au Liban ont fait leur apparition à cause du changement climatique et menacent désormais certaines espèces d’arbres », ajoute-t-il.

La déforestation n’est pas non plus sans conséquence. « Les feux de forêt sont favorisés par le réchauffement climatique. Les incendies affectent le sol et peuvent conduire à la désertification. Il s’agit d’un cercle vicieux », met en garde Ali Darwiche.

3. Bientôt des pénuries d’eau ?

Un homme transportant des bidons d’eau vides dans une rue de Beyrouth. Photo d’archives AFP

Longtemps décrit comme un « château d’eau », le Liban risque-t-il de faire face à des pénuries d’eau si le réchauffement climatique se poursuit ? Un changement au niveau des précipitations et des chaleurs plus élevées que la moyenne pourraient y contribuer. Sans oublier le gaspillage et la mauvaise gestion des ressources naturelles. 

« Le réchauffement climatique a mené au forage de plus en plus de puits artésiens, dont l’eau finit par se mélanger avec celle de la mer, créant un nouveau problème de salination des nappes phréatiques », explique Ali Darwiche. Selon les écologistes, près de 60 000 puits illégaux sont disséminés dans tout le pays. 

Par ailleurs, la fréquence et la quantité des précipitations au Liban inquiètent. Début 2023, le chef du service des prévisions météorologiques de l’Aéroport international de Beyrouth (AIB), Abdel Rahmane Zawawi, confiait à L’OLJ que « les précipitations sont en général inférieures à la moyenne depuis deux ans ». M. Zawawi mettait en garde contre un problème au niveau de l’approvisionnement en eau si cette tendance venait à se confirmer. Cet expert écartait en outre l’influence du changement climatique sur les chutes de neige au Liban. Selon lui, « le dérèglement climatique n’a pas vraiment affecté les précipitations mais plutôt la température minimale en été qui s’est rapprochée ces dernières années de la température maximale ».

Fin 2022, Greenpeace mettait en garde le Liban, l’Algérie, l’Égypte, la Tunisie, le Maroc et les Émirats arabes unis contre un « risque très élevé de pénurie d’eau », avec « des répercussions négatives sur l’agriculture et la santé humaine ».

4. Des déchets ménagers qui s’entassent

Un amoncellement de déchets dans une des rues de Saïda. Photo Mountasser Abdallah

La gestion des déchets ménagers est un des dossiers les plus épineux en matière d’écologie au Liban. À part quelques initiatives privées pour le recyclage, la majeure partie des poubelles atterrissent dans les décharges côtières du pays, sans aucun tri préalable.

Un plan de gestion pour la capitale et les banlieues mis en place en 2016 et se fondant sur la création de deux grandes décharges côtières (celles de Costa Brava, au sud de Beyrouth, et de Bourj Hammoud/Jdeidé au nord) est aujourd’hui mis à mal par la crise financière, tandis que ces décharges menacent d’arriver à saturation.

Dans ces décharges, où les ordures sont jetées pêle-mêle, d’importantes émanations de méthane ont été signalées. «Le méthane est un gaz à effet de serre 25 fois plus influent sur le réchauffement climatique que le CO2 », explique Charbel Afif, chef du département de chimie à l’Université Saint-Joseph (USJ) et expert en pollution de l’air.

Fin 2021, des émanations de méthane dans la décharge désaffectée de Naamé, au sud de Beyrouth, avaient suscité des craintes sur le risque d’une explosion.

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Ziad Abi Chaker, figure de proue du « zéro déchets » au Liban, dénonce « un modèle perpétué car lucratif, même s’il a déjà prouvé qu’il ne fonctionnait pas ». « Faire les choses en respectant les normes environnementales est coûteux, les autorités ne veulent pas investir là-dedans », accuse-t-il. 

Depuis les années 1990, le système national de gestion des déchets n’a que très peu évolué, malgré le traumatisme de la crise de 2015-2016, provoquée par la fermeture brutale de la décharge de Naamé, la principale du pays : des plans successifs pour la région Beyrouth/Mont-Liban (la plus peuplée du pays), fondés sur des contrats avec un nombre limité de compagnies, portant sur la collecte, le nettoyage des rues, le traitement (bancal) et l’enfouissement en décharge. Pour le reste du pays, c’est l’absence de solution réelle, à part quelques décharges contrôlées et des milliers de décharges sauvages.

5. De l’air irrespirable

Un groupe électrogène privé, dans un quartier de Beyrouth. Photo d’archives AFP

En constante dégradation depuis plusieurs années, la qualité de l’air est devenue un enjeu de santé publique au Liban. La prolifération des véhicules privés en l’absence de transports publics, la dissémination des groupes électrogènes privés ou encore l’incinération des ordures à l’air libre contribuent à la pollution de l’air. 

Plusieurs études menées en 2023 par Charbel Afif et son équipe à l’USJ sur la pollution de l’air à Beyrouth, Zouk Mikael et Chekka montrent que l’air contient six fois plus de particules à suspension que la moyenne autorisée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « La valeur moyenne annuelle admise par l’OMS est de 5 microgrammes de particules fines par mètre cube. Or, au Liban, nous avons une moyenne annuelle de 29 à 33 microgrammes de particules à suspension », explique M. Afif.

Les générateurs privés, eux, font partie des polluants les plus dangereux pour la santé. « Les groupes électrogènes émettent des particules ultra fines à la toxicité importante et qui peuvent pénétrer encore beaucoup plus dans les poumons », prévient-il.

Selon Charbel Afif, le Liban ne risque pas d’affecter le réchauffement climatique au niveau mondial, ne faisant pas partie des émetteurs importants. « Par ailleurs, c’est la qualité de l’air au niveau local qui risque de se dégrader de plus en plus », alerte-t-il. 

Une étude effectuée en 2021 par la députée et enseignante à l’AUB Najat Saliba et ses étudiants estimait qu’avec des générateurs fonctionnant presque 24 heures sur 24 dans les quartiers, le taux de polluants cancérigènes aurait augmenté de… 300 %. Avec, en conséquence, une facture de santé qui aurait grimpé de 8 millions de dollars au moins.

Rien ne va plus, ou presque, lorsque l’on aborde le dossier de la protection de l’environnement au Liban. Forêts décimées par les tronçonneuses, régions menacées par la désertification, pénuries d’eau, déchets qui s’entassent dans les décharges ou encore pollution galopante de l’air sont autant de dossiers qui préoccupent l’opinion publique. Des problématiques exacerbées...
commentaires (4)

Il n’y a pas cinq problèmes à régler. Il y en a un seul. Celui du manque d’éducation civique du libanais moyen. Tout le reste suivra tout seul...

Gros Gnon

13 h 22, le 01 décembre 2023

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Commentaires (4)

  • Il n’y a pas cinq problèmes à régler. Il y en a un seul. Celui du manque d’éducation civique du libanais moyen. Tout le reste suivra tout seul...

    Gros Gnon

    13 h 22, le 01 décembre 2023

  • Quel crime que nous ayons laisser faire ... Le massacre de cette nature , cet écrin de beauté

    Danielle Sara

    01 h 39, le 01 décembre 2023

  • Enfin un article utile car il traite d'un sujet très important qui est toujours négligé. Quand je pense que ces sujets sont consacrés dans un seul articles alors que les bêtises racontées par les politiques occupent une part importante des publications... Pour revenir aux sujets abordés, la fibre écolo n'a jamais été le fort des Libanais et ce ne sont pas les initiatives ponctuelles et isolées qui feront la différence sans éducation et sans intervention politique

    Georges Olivier

    21 h 41, le 30 novembre 2023

  • Et où sont les chers politiciens dont l’OLJ fait toujours la propagande. Mr. Basdil n’a rien dit a ce sujet?

    Staub Grace

    15 h 59, le 30 novembre 2023

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