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Culture - Cinéma

« Killers of the Flower Moon », de Martin Scorsese, entre les Osages et les Palestiniens...

Un pays se construit sur les cadavres des habitants originaires, tout en étant géré par des criminels prônant la civilisation.

« Killers of the Flower Moon », de Martin Scorsese, entre les Osages et les Palestiniens...

Lily Gladstone, Robert De Niro et Leonardo DiCaprio dans « Killers of the Flower Moon ». Photo Apple/Paramount Pictures

Alors que les bombardements à Gaza se déroulent en direct, perpétuant la Nakba palestinienne de 1948, une grande interrogation se pose sur le rôle des images. Rien n’arrête la machine de la guerre et tout devient par conséquent mort.

Comment continuer à vivre dans tout ce contexte de mensonges et de défaites des grands slogans et des droits humains ?

S’octroyer une rupture avec ce qui nous entoure en allant au cinéma pour voir, 3 heures 26 minutes durant, la nouvelle fresque historique de Martin Scorsese, Killers of the Flower Moon. Mais voilà, l’actualité nous rattrape là aussi.

Ecrit par Eric Roth et Martin Scorsese d’après le livre  Killers of the Flower Moon de David Grann et basé sur des faits réels, le film nous plonge dans l’univers de la tribu amérindienne des Osages. Les membres de cette tribu trouvent du pétrole dans les terres reculées qui leur ont été jetées à la figure par les colonisateurs « blancs ».

Les correspondances entre les Osages et les Palestiniens ne sont pas difficiles à faire. Apple/Paramount Pictures

William Hale (Robert De Niro), homme blanc respectable et civilisé, met au point tout un stratagème pour voler les terres et les richesses des Osages en embarquant avec lui Ernest Burkhart (Leonardo DiCaprio).

Nous assistons alors au processus de colonisation qui utilise tout un plan d’alliances et de meurtres pour avaler les terrains et détruire la famille.

Un microcosme de l’histoire de l’Amérique se présente, tout en révélant encore une fois les fondements des États-Unis basés sur le génocide de la nation indienne.

Scorsese, l’un des grands maîtres du nouvel Hollywood qui est toujours en pleine activité depuis la fin des années 1960, semble renouer avec les westerns révisionnistes du début des années 1970 tournés en réaction aux exactions de l’armée américaine au Vietnam.

Des films comme Soldier Blue (1970) de Ralph Nelson et Little Big Man (1970) d’Arthur Penn avaient déjà bien remis en question l’image traditionnelle du western présentant souvent un Blanc civilisé luttant contre des tribus « barbares » qui étaient en fin de compte les véritables propriétaires de cette terre.

Les scènes de massacres des Amérindiens et l’anéantissement de leur culture deviennent alors une critique du western, lui-même considéré comme le cinéma américain par excellence. Scorsese s’approprie le genre mais le transpose aussi dans son territoire familier, celui du film de gangsters. William Hale est un autre gangster « scorsesien » qui va connaître la décadence.

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Killers of the Flower Moon devient un film sur la culpabilité et le déni historique.

Les correspondances entre les Osages et les Palestiniens ne sont pas difficiles à faire. Elles nous mènent d’ailleurs à un autre révisionnisme, comme celui démontré par certains historiens israéliens, notamment Ilan Pappé.

Dans ses livres, comme La guerre de 1948 en Palestine et Le nettoyage ethnique de la Palestine, Pappé montre les mécanismes du projet colonisateur sioniste qui, comme le personnage incarné par Robert De Niro, s’introduit dans la communauté pour la ronger de l’intérieur avant de contrôler ses territoires. Les accords qu’il fait lui permettent de gérer les richesses du pétrole. Le peuple colonisé lutte alors pour sa survie, alors que le colonisateur est déterminé à le détruire.

Le personnage incarné par Robert De Niro s’introduit dans la communauté pour la ronger de l’intérieur avant de contrôler ses territoires. Apple/Paramount Pictures

Du cimetière indien au cimetière palestinien qui se remplit tout en étant retransmis à la télévision en continu et en direct, les images pourraient-elles arrêter les remakes et réveiller une société « civilisée » du déni ?

 * Cinéaste et enseignant-chercheur à l’Iesav, Université Saint-Joseph de Beyrouth

Alors que les bombardements à Gaza se déroulent en direct, perpétuant la Nakba palestinienne de 1948, une grande interrogation se pose sur le rôle des images. Rien n’arrête la machine de la guerre et tout devient par conséquent mort.Comment continuer à vivre dans tout ce contexte de mensonges et de défaites des grands slogans et des droits humains ? S’octroyer une rupture avec ce qui...

commentaires (3)

Les européens ont colonisé le monde entier et les Etats-Unis l’Amérique du Nord et du Sud en tuant, massacrant et pillant les autochtones de ces régions, ce n’est pas une théorie gauchiste, c’est la réalité vraie. Est-ce une raison pour que l’on continue à tolérer l’intolérable ? Il me semble que non !

TrucMuche

16 h 34, le 15 novembre 2023

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Commentaires (3)

  • Les européens ont colonisé le monde entier et les Etats-Unis l’Amérique du Nord et du Sud en tuant, massacrant et pillant les autochtones de ces régions, ce n’est pas une théorie gauchiste, c’est la réalité vraie. Est-ce une raison pour que l’on continue à tolérer l’intolérable ? Il me semble que non !

    TrucMuche

    16 h 34, le 15 novembre 2023

  • SUITE Les Palestiniens sont certes des victimes mais ils ne sont pas les seuls tout comme les juifs ne sont pas les seules victimes de génocides historiques

    Liban Libre

    15 h 13, le 15 novembre 2023

  • Avec cette fixation sur les Palestiniens vous commettez l’erreur des gauchistes Européens qui ont plus une haine pour Israël qu’un désir de justice pour les peuples opprimés. Pour que votre comparaison entre les Indiens d’Amérique dépossédés de leurs terres et des peuples qui en subissent aujourd’hui les conséquences soit complète vous n’avez pas le droit d’occulter les Kurdes, les Arméniens, les Tibétains ou les Uigurs peuples qui souffrent loin des projecteurs et pour qui ces comparaisons pourraient AUSSI très bien s’appliquer.

    Liban Libre

    15 h 12, le 15 novembre 2023

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