Au troisième jour de l’opération « Déluge d’al-Aqsa », le paysage général, tant à Gaza que dans l’ensemble de la région, reste confus. Il est sans doute un peu tôt pour faire des pronostics, mais la question que se posent toutes les parties concernées et probablement l’ensemble des Libanais et des populations arabes porte sur les scénarios possibles au cours des prochains jours, voire des prochaines semaines.
Selon une source militaire qui s’occupe de stratégie, le choc provoqué par l’opération qui a commencé aux premières heures de l’aube du samedi 7 octobre est encore trop fort pour qu’on puisse réellement y voir clair. Mais ce qui est sûr c’est que quelle que soit l’issue finale de ce « round », il marquera forcément le cours des événements à venir.
Selon cette même source, pour pouvoir faire des pronostics réalistes, il faut bien comprendre l’ampleur de ce qui s’est passé.
Avant le 7 octobre, la région, et en particulier les pays impliqués dans ce qu’on appelle « l’axe de la résistance » (à savoir l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban et les groupes de la résistance palestinienne), s’enlisait dans des problèmes économiques et politiques inextricables, sur fond de sanctions américaines, de blocus déclaré ou non et d’absence d’horizon politique, tant interne que régional. Face à ce paysage d’effondrement à petit feu, il y avait l’image « lumineuse » des processus de normalisation entre les États du Golfe et Israël, qui, disait-on, étaient sur le point d’ouvrir de nouvelles perspectives de prospérité, de calme et de stabilité pour ces pays et leurs populations respectives.
C’est dans ce contexte contradictoire qu’a commencé l’opération appelée « Déluge d’al Aqsa ». En quelques heures, elle s’est imposée comme l’événement qui peut modifier les équations et les données régionales. Les combattants du Hamas, épaulés par d’autres combattants d’autres organisations, notamment le Jihad islamique et le FPLP, sont sortis de Gaza pour attaquer à la fois par mer, air et terre des colonies israéliennes autour de ce territoire. Comment ont-ils pu franchir le gigantesque mur de séparation érigé autour de Gaza et déjouer les systèmes sophistiqués d’alerte israéliens ? Les Israéliens n’ont pas encore réussi à trouver des réponses convaincantes. Comment ont-ils pu lancer des milliers d’obus, en quantité telle que le fameux dôme de fer n’a pas pu fonctionner efficacement sur les territoires au-delà de Gaza jusqu’à Tel- Aviv et même au Néguev ? Comment ont-ils pu faire un si grand nombre de prisonniers israéliens (on parle de plus de 150) et les cacher à Gaza sans être arrêtés ? Autant de questions qui hantent désormais les Israéliens et les fait pour la première fois douter de leurs dispositifs de sécurité et de leur armée.
Au cours du premier jour, les Israéliens se disaient que les Palestiniens du Hamas et ceux qui sont avec eux ont réussi leur coup en misant sur l’effet de surprise. Mais ils pensaient que l’armée israélienne allait rapidement reprendre l’initiative et donner à ces « terroristes » une bonne leçon. Mais au troisième jour de l’opération, les combats continuent à se dérouler en dehors de Gaza, dans au moins 7 colonies israéliennes, et les Palestiniens continuent à prendre des Israéliens en otage et à bombarder différentes régions en profondeur israélienne. L’armée israélienne, la troisième du monde selon le classement international, a sollicité l’aide des Américains qui ont envoyé les fleurons des navires de guerre de l’armée américaine, et le monde occidental s’est solidarisé avec les Israéliens.
Que va-t-il se passer maintenant ? C’est la grande question, surtout que la région tout entière semble être à la veille de grands changements.
Selon la source précitée, les Israéliens sont devant deux scénarios, soit le déclenchement d’une opération terrestre à Gaza pour éradiquer complètement le Hamas et ses semblables, soit absorber le choc et faire traîner les choses en bombardant sans relâche Gaza pour faire oublier le traumatisme des premiers jours et le revers subi par l’armée israélienne. Le premier scénario serait sans doute le préféré de nombreux Israéliens. Mais, selon la même source, il sera forcément très coûteux. D’abord parce que le message envoyé par le Hezbollah au cours des deux premiers jours de l’offensive était clair : si vous allez vers une invasion terrestre de Gaza, les autres fronts de l’axe dit de la résistance s’embraseront et au lieu d’une guerre contre Gaza, il y en aura plusieurs. D’ailleurs, le Hezbollah a sciemment lancé des obus à partir de la zone de conflit dans le secteur des fermes de Chebaa. Tout en montrant qu’il respecte les règles de la confrontation établies depuis la guerre de 2006 et la résolution 1701, il a quand même adressé un message sur la disposition de sa formation à se lancer dans la guerre si le besoin s’en fait sentir. Israël a riposté en bombardant la tente érigée par le Hezbollah à Bastara dans le secteur des fermes de Chebaa. Le Hezbollah en a aussitôt dressé une autre et il a placé des combattants pour la garder. Les Israéliens n’ont pas réagi. Ce qui montre bien qu’ils cherchent (pour l’instant en tout cas) à éviter l’extension de la confrontation vers le Liban. De même, les médias proches de l’axe dit de la résistance ont insisté sur une éventuelle participation des houthis du Yémen à la confrontation pour rappeler que les missiles des rebelles chiites peuvent atteindre le désert du Néguev. Même l’armée syrienne a récemment fait des manœuvres dans la partie non occupée du Golan. Sans parler des surprises que peuvent encore réserver les combattants palestiniens (qui ont un grand nombre de prisonniers) aux Israéliens si ceux-ci venaient à occuper de nouveau le territoire de Gaza. Pour toutes ces raisons, la source précitée estime qu’une opération terrestre israélienne reste très risquée, même si elle constitue une option possible. Elle serait en tout cas de nature à entraîner la région dans une nouvelle guerre à grande échelle.
L’autre scénario, c’est de continuer à maintenir la pression sur Gaza à coups de raids aériens et d’opérations limitées, laissant le conflit s’enliser dans une sorte de statu quo, tout en ouvrant la voie aux médiateurs qui déjà commencent à tâter timidement le terrain. Les négociations pourraient commencer par les prisonniers et s’élargir ensuite à d’autres dossiers. Si ce scénario se vérifie, cela signifierait que « Déluge d’al-Aqsa » aurait en quelque sorte réussi à rebattre les cartes dans la région en remettant les Palestiniens au cœur de l’équation.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Enfin un article équilibré et objective qui ne fais pas de propagande de l’axe dit de la résistance de la part de Mme Haddad !
11 h 21, le 11 octobre 2023