Le Capitole qui abrite le très puissant et sérieux Sénat américain. Photo AFP
La semaine dernière, le journal politique Roll Call qui rapporte quotidiennement les faits (et méfaits) du Capitole abritant le Congrès américain a publié une information au sujet d'une note émise par Chuck Schumer, le leader de la majorité démocrate au Sénat, intitulée « Relax the Senate’s Informal Dress Code » (donner libre cours aux vêtements informels du Sénat). Il a ajouté : « Les sénateurs sont libres de s’habiller comme ils veulent. Pour ma part, je conserve ma tenue officielle dont ne devront pas non plus se séparer les sergents d’armes. » En plus d’être en charge de la sécurité des lieux, les sergents d’armes avaient jusqu’à présent le devoir de faire respecter le port de la tenue de rigueur des sénateurs, les empêchant même, s’ils ne l’arboraient pas, de pénétrer dans les salles de travail. Et, s’ils venaient pour voter en tenue débraillée, ils devaient le faire à partir du seuil de la porte. Les choses ont été ainsi depuis des siècles et il semble qu’aujourd’hui les traditions n’ont plus la vie aussi dure qu’on le dit. À l’unanimité, on admet qu’il faut d’abord chercher dans cette perturbation des règles centenaires le malin virus du Corona dont, après s’en être débarrassé, tout le monde a gardé l’habitude acquise durant deux ans de confinement, celle de se passer des tenues classiques de bureau.
Fetterman, électron libre en short baggy
Ainsi, un nouveau sénateur, John Fetterman, originaire de la Pennsylvanie (et joliment tatoué !) s’est permis certaines libertés. Après avoir brièvement enfilé un costume et une cravate pendant ses premiers mois au Congrès, il a récemment retrouvé ses sweat-shirts et amples shorts baggy. Les plus conservateurs avaient fermé les yeux, car il avait été traité pour dépression clinique plus tôt cette année, même s’il était connu pour ce look qu’il avait adopté en tant que lieutenant-gouverneur de Pennsylvanie.
Le sénateur John Fetterman par qui le changement arrive et, en arrière-plan, la tenue réservée de jeunes visiteurs. Photo tirée du compte X @US senate
Bien sûr, ce décoincement de l’illustre Sénat a ses partisans et ses détracteurs. Les républicains, y compris certains qui ont régulièrement brisé les normes de décorum et de conduite au Capitole, ont exprimé leur indignation. La représentante républicaine d'extrême droite de Géorgie, Marjorie Taylor Greene (qui avait publiquement traité Joe Biden de menteur), a qualifié le changement de politique vestimentaire de « honteux ».
Pour Kara Allan, consultante en image de marque basée à Washington DC, elle a déclaré sur sa page web que les sénateurs ne devraient pas s'habiller en short comme s'ils allaient à un barbecue ou à un autre événement décontracté. « Il s'agit d'une institution américaine, et si ce qu'ils font n'exige pas ce niveau de sérieux, cela s’étendra plus loin. »
Quant aux sénatrices, elles ont commencé à se délester graduellement du sévère ensemble-pantalon bien avant le nouveau Dress Code.
Exit la rigidité
À ce sujet, Martha McSally (ancienne sénatrice républicaine représentant l’Arizona) s’est ainsi exprimée : « Je tiens à souligner que je suis là dans ma tenue professionnelle, qui se trouve être une robe sans manches et des chaussures à bout ouvert. » À la Chambre des représentants, on a également modifié les règles vestimentaires en 2019 pour permettre le port d'un couvre-chef religieux, afin d'accueillir la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota qui porte un hijab et qui est l’une des deux premières femmes musulmanes élues au Congrès.
La volonté d’assouplir les strictes réglementations des espaces officiels de travail avait débuté avec le Casual Friday. Cette coutume a été lancée aux USA dans les années 1950 et 1960, lorsque Hewlett-Packard a permis à ses employés de s'habiller de manière plus décontractée le vendredi et de travailler sur de nouvelles idées. En fait, la tendance est venue d'Hawaï et de son Aloha Friday du milieu du siècle, qui s'est lentement répandue en Californie. En ce jour, précédent le week-end de repos, les entreprises, qui exigeaient généralement de leurs employés de porter des costumes, des chemises habillées, des cravates et des chaussures adéquates, ont autorisé l’apparence « cool ». Valerie Steele, conservatrice du musée de la mode du Fashion Institute of Technology à New York depuis 2003, décrit l'introduction du « vendredi décontracté » comme le changement le plus radical dans la mode de travail depuis les années 70, lorsque les femmes ont demandé le droit de porter des pantalons au bureau. Puis, on a invité les enfants à se familiariser avec les lieux où travaillent leurs parents en instaurant la journée intitulée « Take your Children to Work Day » (Emmenez vos enfants sur votre lieu de travail). La première célébration a eu lieu le 22 avril 1993, et depuis lors se célèbre le quatrième jeudi d'avril. Décrocher les habits-barrières et autres tabous rigides tombent pour réduire les clivages.


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