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Monde - REPÈRES

Ce qu’il faut savoir sur l’escalade de violence au Haut-Karabakh

L’Azerbaïdjan a attaqué dès mardi après-midi des positions dans l’enclave majoritairement peuplée d’Arméniens et disputée par Erevan et Bakou.

Ce qu’il faut savoir sur l’escalade de violence au Haut-Karabakh

Des civils fuient les explosions et les tirs à Stepanakert, capitale du Haut-Karabakh, après les attaques menées par Bakou, le 19 septembre, selon des images diffusées par la télévision publique du Haut-Karabakh. Photo Reuters

L’escalade de violence est sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre du Haut-Karabakh en novembre 2020. Soldée par une victoire de Bakou, ce dernier avait conquis d’importants territoires de l’enclave montagneuse, auparavant contrôlée par l’Arménie depuis la fin de la première guerre du Haut-Karabakh en 1994, remportée par Erevan. Alors que ce dernier accuse, depuis la fin 2022, l’Azerbaïdjan de bloquer le corridor de Latchine – unique voie d’accès reliant l’Arménie au territoire disputé –, l’arrivée de camions d’aide humanitaire par cette route lundi avait pourtant laissé espérer une désescalade des tensions. Avant que Bakou ne lance ses attaques jeudi. 

Pour suivre tous les développements de l'offensive :

L'Azerbaïdjan promet une « réintégration pacifique » du Karabakh après sa victoire éclair

Le contexte

• L’escalade de violence dans le Haut-Karabakh survient au lendemain de la livraison de denrées alimentaires et de médicaments de première nécessité à l’enclave par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

• Cette mesure avait été interprétée par certains observateurs comme un apaisement des tensions, alors que les camions chargés d’aide humanitaire ont emprunté deux routes, parmi lesquelles le corridor de Latchine reliant l’Arménie au Haut-Karabakh.

• Unique voie d’accès à l’enclave montagneuse depuis le territoire arménien, Erevan dénonce depuis la fin 2022 le blocage de ce corridor par Bakou. Un événement qui avait ravivé les tensions entre les deux ex-Républiques soviétiques. Le 11 juillet dernier, l’Azerbaïdjan a également instauré un barrage routier à l’entrée de cette route, prétextant des motifs sécuritaires.

• Ces derniers mois, l’Union européenne et Washington n’ont eu de cesse d’appeler à la réouverture de ce corridor, la région étant en proie à une grave crise humanitaire en raison de la pénurie de médicaments et de produits alimentaires.

• Dans le territoire disputé sont déployés des soldats de maintien de la paix russes, arrivés après le cessez-le-feu de novembre 2020 ayant mis fin à la deuxième guerre du Haut-Karabakh et négocié par Moscou. Ankara y dispose également d’une présence, alors qu’il avait fait savoir qu’il contrôlerait avec le Kremlin l’application du cessez-le-feu.

• Si la Turquie avait été un soutien essentiel pour Bakou à l’automne 2020 – fournissant aux forces armées azéries de l’aide opérationnelle, du matériel militaire moderne, à l’image de ses drones, et ayant déployé des mercenaires syriens –, l’attitude de Moscou à l’égard de son allié historique arménien avait été vécue par Erevan comme un abandon.

• Malgré le traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle qui lie la Russie à l’Arménie depuis 1997, Moscou s'était contenté de multiplier les déclarations appelant les deux parties à cesser les hostilités, avec comme objectif d’être le principal arbitre du conflit.

• Déclenchée en septembre 2020 par l’Azerbaïdjan, la dernière guerre s’était soldée par une victoire de Bakou, qui a repris à l’Arménie d’importants territoires qu’elle contrôlait à l’issue de la première guerre du Haut-Karabakh en 1994, remportée par Erevan.

• Si la Russie, l’UE et les États-Unis multiplient les efforts de médiation sur le dossier, aucun accord de paix n’a été conclu entre les deux rivaux.

• La veille de lancer son offensive, le ministre azéri de la Défense recevait par ailleurs le directeur général du ministère homologue israélien. En échange de pétrole et d’un accès à l’Iran, l’État hébreu est en effet le principal fournisseur d’armes de l’Azerbaïdjan, qui testait encore mercredi dernier un système de défense Barak-8 ER lors d’un exercice de grande ampleur des forces armées aériennes.

Les enjeux

• Moscou, garant de la paix signée entre les deux pays en 2020, s’est dit mardi « préoccupé » par « l'escalade brutale » de la situation, s’efforçant de faire revenir Bakou et Erevan « à la table des négociations ». Selon Ragip Soylu, chef du bureau Turquie du Middle East Eye, les forces de maintien de la paix russes n’auraient été averties des opérations azerbaïdjanaises que quelques minutes avant leur lancement. 

• Embourbé dans sa guerre contre l’Ukraine, qu’il inscrit dans une confrontation plus globale avec l’Occident, la question se pose de savoir si le Kremlin a donné son feu vert à l’opération. Auparavant soutien de l’Arménie, la Russie semble avoir changé de camp, tandis qu'Erevan trouve encore un soutien auprès des Occidentaux. Le Premier ministre Nikol Pachinian s’est ainsi entretenu mardi avec le président français Emmanuel Macron, appelant à la désescalade, et avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken pour souligner « l'inadmissibilité du recours à la force ».

• Ces derniers mois, les Européens ont néanmoins adouci leur position face à l’Azerbaïdjan, dont ils ont augmenté les importations de gaz dans une volonté de diversifier leurs sources d'approvisionnement après l’invasion russe de l’Ukraine. Un accord avait ainsi été signé entre Bruxelles et Bakou en juillet 2022 pour doubler les volumes d’ici à 2027, afin d’atteindre 20 milliards de mètres cubes. Si l’Union européenne a récemment cherché à jouer les médiateurs entre les deux parties, sans grand succès, il reste à voir si elle pourra avoir un rôle effectif dans cette confrontation aux portes de l’Europe.

• Bakou a affirmé avoir prévenu la Turquie de ses opérations à venir, ce qui n’a pas été commenté officiellement du côté d’Ankara à l’heure de publication. Cet allié a intérêt à ce que le projet azerbaïdjanais du « corridor de Zanguezour » se concrétise pour relier Bakou à l’Europe en passant par la Turquie. Un plan auquel s’oppose pourtant Téhéran, dont l’accès à l’Arménie, qu’il soutient, pourrait de ce fait être coupé. C’est avec l'Iran dans le viseur qu’Ankara a ainsi facilité une rencontre inédite au plus haut niveau entre des représentants de l’Azerbaïdjan et la région autonome du Kurdistan irakien en juillet dernier, selon le média Amwaj. L’attaque azerbaïdjanaise sur le Haut-Karabakh intervient en outre le jour de l’ultimatum lancé par Téhéran contre les kurdes iraniens basés au Kurdistan irakien, que Bagdad et Erbil sont censés désarmer.

• Le conflit pourrait enfin être utilisé comme une démonstration de force d’Israël (allié de Bakou) à l’Iran (qui soutient l'Arménie), alors que la République islamique vient de conclure un échange de prisonniers avec les États-Unis et qu’un accord sur le nucléaire serait en négociation pour assurer le statu quo avant le 18 octobre, date à laquelle les sanctions onusiennes devraient être levées. L’État hébreu s’inquiète en effet du développement du programme nucléaire iranien, qui a en outre normalisé ses rapports avec l’Arabie saoudite en mars dernier et dont le gouvernement de Benjamin Netanyahu espère obtenir l’établissement de relations diplomatiques dans les prochains mois.

L’escalade de violence est sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre du Haut-Karabakh en novembre 2020. Soldée par une victoire de Bakou, ce dernier avait conquis d’importants territoires de l’enclave montagneuse, auparavant contrôlée par l’Arménie depuis la fin de la première guerre du Haut-Karabakh en 1994, remportée par Erevan. Alors que ce dernier accuse, depuis la...
commentaires (3)

Quelle salade russe…

Eleni Caridopoulou

17 h 46, le 20 septembre 2023

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Commentaires (3)

  • Quelle salade russe…

    Eleni Caridopoulou

    17 h 46, le 20 septembre 2023

  • Je ne pense pas qu'un monastère daté du 4ème sciècle appartienne à l'Azerbaijan musulman et en plus qui est né en 1921, et l'Artsakh/Karabakh est un cadeau de Staline aux "Azerbaijanais" en 1918 rien que pour diviser l'Arménie... Harry

    Hary

    10 h 25, le 20 septembre 2023

  • CE MATIN ON PEUT LIRE « Armenia asks US to intervene in Nagorno-Karabakh conflict » ,ET « the Armenian diplomat appealed to US President Joe Biden, French President Emmanuel Macron, and EU leaders» , or , NO ONE IS THERE !! Toujours de la même place , du haut de l’Ararat Prince Américanian, voit à sa gauche, en Géorgie , la Neuland faire le signe du doigt d’honneur en direction de l’Arménie…(habitude américaine ).

    aliosha

    09 h 00, le 20 septembre 2023

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