En couverture de « Vogue Arabia » en juillet 2021. Photo Louis Christopher tirée du site officiel Vogue Arabia
Le 11 juin 2023, l’Égypte annonçait le décès de Magda Saleh, survenu au Caire à l’âge de 79 ans. Avec elle, c’est une tranche de l’histoire culturelle de l’Égypte de la moitié du siècle dernier qui disparaît. Toute la presse du pays lui a rendu un vibrant hommage, à commencer par le quotidien al-Ahram dans ses versions arabe et anglaise, ainsi que d’autres titres internationaux parmi lesquels Vogue Arabia. Témoin également de sa solide réputation au-delà des frontières de l’Égypte, sa large évocation dans le New York Times sous l’intitulé « Magda Saleh, ballerine égyptienne influente », en ces termes : « Formée au Bolchoï, elle devient une star du Ballet du Caire et joue un rôle-clé pour rendre cet art accessible à toutes les classes sociales. »
Le blog Oasis partage également les grandes lignes de la biographie de cette artiste en avance sur son temps, à une période où il était difficile pour une jeune bourgeoise de grimper sur scène, même au nom de la danse classique. Née d'une mère écossaise et d'un père égyptien, Magda Saleh a grandi au Caire à un moment particulier de l'histoire culturelle de l'Égypte où l'État parrainait les arts dans des écoles financées par le gouvernement, encourageant de nombreux échanges culturels entre les artistes égyptiens et ceux d'autres pays. Pendant son adolescence, Magda, qui poursuivait avec assiduité des cours de danse classique, a eu la chance d’en faire part.
En couverture de « Vogue Arabia » en octobre 2018. Photo Jacob and Carroll tirée du site officiel Vogue Arabia
Prima Ballerina
À la fin des années 1950, son talent neuf et émergeant avait été repéré par des professeurs de danses russes venus au Caire donner des cours dans son école subventionnée par le gouvernement et affiliée au Ballet du Caire. Elle sera ensuite invitée avec quatre autres adolescents à aller étudier à Moscou, et plus précisément à l'académie de ballet du Bolchoï où elle reçoit une formation de 1963 à 1965. Une fois les sessions terminées, elle et ses camarades égyptiens retournent chez eux et intègrent le Ballet du Caire. L’année suivante, ils participent à la présentation du ballet soviétique La fontaine de Bakhtchissaraï de Pouchkine, qui relate l'histoire d'une princesse polonaise enlevée par un chef tatar et tuée par le favori jaloux du harem. Cette performance immensément applaudie et considérée comme un grand succès a surtout servi de tremplin à la brillante carrière que devait mener Magda Saleh, très remarquée pour sa performance. Un envol qui lui a valu d’être nommée par la presse égyptienne la « Prima Ballerina » du Caire. À l'étranger, elle est invitée par plusieurs troupes de ballet soviétiques : le Kirov à Leningrad, le Bolchoï au Palais des congrès du Kremlin de Moscou et d'autres théâtres, notamment à Novossibirsk et à Tachkent.
En 1979, elle se tourne vers les États-Unis pour achever son doctorat sur les traditions des danses ethniques égyptiennes, à l'Université de New York. À ce sujet, elle réalise un documentaire sur les danses égyptiennes traditionnelles méconnues , soulignant « qu'il y aurait une perte culturelle » si l'évolution des modes de vie dans les zones rurales allaient obliger les villageois à abandonner ces traditions. À cette époque aussi, elle rencontre à New York l'égyptologue Jack Josephson, qu'elle épouse en 1983. De retour en Égypte, elle est nommée professeur et doyenne de l'Institut supérieur de ballet.
La Prima Ballerina en plein envol. Photo tirée de sa page facebook
À la tête du New Cairo Opera House
Magda Saleh jouera ainsi un rôle actif dans l'ouverture du New Cairo Opera House, (l’ancien ayant été brûlé en 1971) dont elle deviendra la directrice fondatrice en 1987. En 1992, elle s'installe à New York et devient mécène d'artistes égyptiens en herbe, notamment en organisant des événements à leur intention. Pour ses contributions à l’art, Saleh a été honorée par le New York's Theatre en 2018 dans le cadre de la série From the Horse's Mouth. Révélant qu'elle était moins intéressée par les galas et le glamour que par le fait de pouvoir partager l’art du ballet à des personnes plus défavorisées, elle évoquait souvent une représentation du Ballet du Caire à Assouan, au cours de laquelle un ouvrier du barrage d’Assouan, qui avait observé le spectacle, est ensuite monté sur scène et lui avait confié que « le spectacle était un beau moment ».
Ce rayonnement des arts qui avait touché toutes les couches sociales d’Égypte, la Prima Ballerine Magda était persuadée qu'il n'aurait pas été possible sans Tharwat Okasha, écrivain et ministre de la Culture à l’époque de Nasser. Parmi ses grandes réalisations, qui avaient ravivé les instituts des arts et de la culture, il faut citer l’Institut supérieur du ballet où Magda Saleh a laissé une trace indélébile.


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