Le 27 octobre 2020, dans la rubrique « Courrier » de L’Orient-Le Jour, j’ai écrit un texte sous le titre « Pour un État fédéral afin de vivre en harmonie dans le respect de l’autre ». Ce texte avançait l’idée qu’un État fédéral pourrait être la clé d’une coexistence paisible entre les différentes communautés libanaises. De plus, il soulignait l’importance de la laïcité comme pierre angulaire pour renforcer et protéger cet État fédéral. Aujourd’hui, j’aimerais revisiter ce que j’avais écrit en 2020.
Certains plaident en faveur de cet État, tandis que d’autres s’y opposent.
L’État fédéral apparaît comme une solution commode, un peu comme une séparation de couple qui refuse de divorcer, une trêve fragile. Chaque partenaire accepte de laisser l’autre vivre à sa guise tant que cela n’entrave pas le bien-être général. Les opposants à la fédération craignent que cette séparation ne soit qu’un prélude au divorce. Pour d’autres, qui estiment que le Liban a toujours existé tel quel, il suffirait de trouver la bonne formule pour la coexistence.
Je voudrais insister sur l’idée d’un Liban fédéral et laïc pour une période plus ou moins longue, jusqu’à ce que le peuple libanais soit prêt à accepter et à aimer l’autre dans toute sa diversité. Comme le disait le pape François : « La différence ne doit pas seulement être tolérée, elle doit être célébrée. » Être différents est quelque chose que nous devrions non seulement accepter, mais aussi célébrer.
Un État fédéral ? Oui ! Mais un État provisoire ! Comme un patient immunodéprimé qu’on isole dans une chambre stérile en attendant que son système immunitaire se renforce. Le Liban est malade. Depuis la fin de la guerre civile (si fin il y a eu et si elle était réellement civile), les Libanais ne se sont jamais vraiment réconciliés. Ils ont besoin de se replier sur eux-mêmes, chaque communauté à part, pour guérir leurs blessures.
Un État fédéral ? Oui ! Pour que chaque communauté puisse prendre le temps de découvrir, pacifiquement et intelligemment, l’autre. De le comprendre vraiment. D’accepter ses différences pour ensuite l’aimer.
Un État fédéral ? Oui ! Pour que le Hezbollah dépose les armes et comprenne qu’au Liban, personne ne peut gouverner seul, même par la force.
Un État fédéral ? Oui ! Mais un État laïc. Seule la laïcité permet le respect de l’autre dans toutes ses différences ! Les lois civiles traitent tous les citoyens sur un pied d’égalité. Combien de temps faudra-t-il pour que l’islam, radical ou non, comprenne que le monde peut être gouverné par des lois non islamiques ? Qu’il est possible de vivre côte à côte sans parler de religion et sans se sentir menacé ? Que même si l’on ne faisait pas abstraction des religions, celles-ci révèrent le même Dieu et concernent la même humanité ?
Un État fédéral ? Oui ! Si le Hezbollah veut enseigner l’iranien dans ses écoles de la banlieue sud, c’est son droit, tout comme les chrétiens ont le droit d’enseigner le français en gardant toujours (malheureusement) à l’esprit que la France est leur seconde nation. Il faudra beaucoup de temps pour que les Libanais se redécouvrent et tissent à nouveau une identité libanaise qui a pour origine et pour fin le Liban, et le Liban seul.
Un État fédéral ? Oui. Pour que les Libanais puissent réapprendre l’éducation civique, la loyauté envers le Liban, le respect des valeurs, la réécriture l’histoire du Liban, ancienne et moderne, et son enseignement dans toutes leurs régions sans rien cacher ni modifier.
Un État fédéral ? Oui. Pour que je puisse aller à la messe le dimanche et célébrer mon congé, tandis que mon ami Mo peut prendre son congé le vendredi et écouter la prédication de son cheikh. Les athées, quant à eux, pourraient travailler tous les jours en changeant de région selon leurs besoins !
Un État fédéral ? Oui ! Le temps que le Liban mette en place des lois qui interdisent le radicalisme et le fanatisme religieux, sous toutes leurs formes, et qui punissent sévèrement ceux qui les enfreignent.
Un État fédéral ? Oui ! Tant que nous n’aurons pas compris que le Liban est un pays arabe, même s’il n’est pas sous les lois coraniques. Que le pouvoir ne doit plus être partagé selon des critères religieux ; de même pour les postes-clés de l’État.
Un État fédéral ? Oui ! Jusqu’à ce que les gens comprennent que le féodalisme et les partis politiques issus de la prétendue guerre civile ne sont pas les seuls qui ont le droit de gouverner. Que l’on vote pour un programme de travail et non pas pour faire plaisir au zaïm. Que les personnalités publiques peuvent, et doivent, être jugées si elles ne mettent pas en application leur programme électoral.
Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, le Liban a besoin d’être un État fédéral. Aujourd’hui, trois projets d’État fédéral sont proposés. Je laisse le soin aux politiciens de choisir....
Tant que nous les Libanais ne sommes pas assez éduqués et mûrs pour nous accepter et accepter l’autre avec toutes nos différences, voire jusqu’à le protéger… Ce jour-là, nous pourrions passer du fédéralisme à une autre formule si jamais nous jugions cela nécessaire !
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Inchallah
18 h 25, le 12 juillet 2023