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Nos Lecteurs ont la Parole

La grandeur du pardon

Qui de nous n’a pas été gêné, dérangé, embarrassé ou même blessé par quelqu’un ?

Qui de nous n’en a pas voulu à son offenseur en refusant radicalement de lui pardonner ? En criant « en lui-même » ou en public « Que justice soit faite ! »

Ainsi, la rancune serait-elle un remède certain à la souffrance morale et/ou physique causée par cet autrui ?

Si on classifie les dommages selon leur ampleur, on aura ce qui suit : d’abord, face aux crimes nationaux qui nous envahissent, et qui sont commis par les politiciens « irresponsables », que dire et quoi faire ?

Est-ce que le pardon est possible? Ou bien la rancune va l’emporter pour éteindre le feu du malaise que ces crimes auraient imprégné en nous ? Prenons pour exemple l’explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020.

Quelle maladresse de demander aux parents des victimes de ce crime, ou à leurs proches, d’arrêter tout l’effort qu’ils font pour soutenir le juge et l’encourager à prononcer le verdict du siècle !

À votre avis, ces parents ou ces proches affligés par la perte de l’être cher sont-ils capables de pardonner? Et s’ils gardent le silence, n’est-ce pas parce qu’ils y sont contraints par les méthodes hypocrites des politiciens ? Dans ce cas, malheureusement, ils n’auront plus comme échappatoire que le feu de la rancune !

Par contre, si la justice est rendue, d’ailleurs on l’espère de tout cœur, cela aiderait ces parents à réanimer leurs cœurs déchirés en petites pièces, et à rendre ainsi la vie plus douce loin de leurs sources de joie… Et surtout, cela les aiderait à se débarrasser de la rancune !

Mais quelle utopie ! Et de quelle société parle-t-on ? De la nôtre ? Où au fil des années les politiques sont restés impunis et continuent de l’être ? Et encore plus où ces derniers demeurent au pouvoir et jouent des lois comme bon leur semble !

D’autre part, sur le plan personnel, y aurait-il une place pour le pardon ? De prime abord, et sans le moindre doute, c’est la rancune qui aide la victime à agir pour récupérer son ou ses droits aussi bien moraux que financiers. C’est elle, cette force qui s’empare de nous pour se fier à la justice. Cependant, il ne faudrait pas éliminer la possibilité que la rancune nous pousse parfois à nuire, à notre tour, à autrui, et ce, en se faisant justice soi-même, dans une société comme la nôtre, parce qu’on n’arrive plus à attendre la justice ou par manque de confiance, à juste titre, dans cette dernière !

Mais dans tous les cas, et quel que soit le dommage causé, il ne faudrait pas oublier l’importance du temps pour apaiser la tempête interne qui nous ronge au seul souvenir de la personne qui nous a blessé ou humilié !

Et là on se demande, est-ce que cet apaisement est lié à l’oubli qui s’impose au fil du temps ou bien à la bonté du cœur qui agit en nous à travers le pardon ? Non, le pardon n’est pas du tout une amnésie, mais le pardon est un oubli volontaire !

Cependant, certains considèrent le pardon comme une attitude surhumaine et héroïque, et d’autres comme une faiblesse, car celui qui pardonne, c’est comme s’il disait à la personne « méchante » : « Félicitations pour votre méchanceté et pour votre fourberie. Bravo pour votre hypocrisie, continuez de l’être... »

Pour ma part, je pense que la rancune est un sentiment humain, mais c’est en même temps un lourd fardeau sur notre cœur et notre rentabilité, puisqu’elle nous transforme en esclave d’une idée fixe, celle de se venger de l’autre et de le voir périr sur tous les plans, et nous fait perdre aussi notre paix intérieure ! On sera ainsi emprisonné dans un cercle vicieux duquel on ne pourra plus sortir !

Et si on pardonne, cela signifie-t-il qu’on ne devrait plus se fier à la justice ? On pardonne pour ne pas se venger, mais pas nécessairement pour laisser le « méchant » sans punition, bien sûr dans les cas où l’on peut l’introduire en justice.

Sinon, on n’a qu’à confier notre affaire à la Justice suprême qui prend tout son temps, plutôt tout notre temps, parce qu’elle est dans l’éternité !

Quelle grandeur alors de se voir libéré de ce sentiment de vengeance, ce sentiment qui nous place au même niveau que notre agresseur...

Quelle merveille de se relever encore pour regagner notre place, mais cette fois-ci avec une expérience qui ne change pas notre bon fond, mais qui, à l’encontre de la vengeance, nous soulage énormément et nous rend plus prudent.

Ainsi, notre objectif ne sera plus l’autre, mais soi-même : quoi qu’on fasse, le jaloux, l’hypocrite, le menteur, le trompeur restera tel quel ! Notre rancune l’aura aidé à nous déformer, mais le pardon lui fait comprendre qu’on est intact, bien qu’humain ; qu’on est fort bien que blessé.

Finalement, le pardon ne nous oblige pas à entrer de nouveau en contact avec ces mêmes personnages, mais nous libère certainement de leur ombre dans notre for intérieur.

Cynthia Hatem ABI GHANEM

Avocate à la cour

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Qui de nous n’a pas été gêné, dérangé, embarrassé ou même blessé par quelqu’un ? Qui de nous n’en a pas voulu à son offenseur en refusant radicalement de lui pardonner ? En criant « en lui-même » ou en public « Que justice soit faite ! »Ainsi, la rancune serait-elle un remède certain à la souffrance morale et/ou physique causée par cet autrui ? Si on...
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