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Nos Lecteurs ont la Parole

Le retour à la patrie

Le déracinement déracine tout sauf le besoin de racine. Dans ce monde où le progressisme déchaîné est de moins en moins une promesse et de plus en plus une menace, le pouvoir d’achat n’est qu’un moyen, jamais une fin. À l’aube de la civilisation européenne, Héraclès a deux femmes devant lui, la somptueuse Volupté et l’élégante Vertu. La première lui propose de faire de sa vie une suite de fêtes, de repas, de bons vins et de plaisirs s’il la suit sur la voie de la fainéantise. La Vertu, après l’avoir mis en garde sur une pitoyable vie inutile où l’on se transforme en outre gonflée de vin, lui propose une vie de labeur, de sacrifices, un chemin semé d’embûches, mais un chemin d’action et d’héroïsme, Héraclès prend la voie vertueuse.

L’Occident aujourd’hui perd son âme, dans cet espace, tout manque, sauf la consommation et les consommateurs. Vidée de ses traditions populaires et religieuses, cette immense salle de marché fabrique des citoyens code-barres à la chaîne, on ignore souvent la vie de Jeanne d’Arc, de Napoléon, de Jules César ou même de saint Jean-Paul II. Ce matérialisme athée rend les gens malheureux de ne pas être heureux. Les gens se méfient les uns les autres, barricadés dans l’anonymat et la solitude dans cet espace mondialisé et désincarné. Ils s’ignorent, n’ont pas de liens, ne se parlent pas. Bien souvent ils finissent chez les psychologues, ces confesseurs laïcs aux prestations onéreuses qui ont aujourd’hui remplacé le curé de campagne ou de ville. L’abandon du sacré forme une absence de communauté où règnent la froideur humaine, l’angoisse et l’insécurité. Dans ce monde, les hôpitaux marchent encore, les transports et les services publics également, mais de moins en moins bien, car malheureusement, dans un monde sans fierté et sans but, tout se dégrade. De nombreux Occidentaux sont malheureux et pensent au suicide dans ce monde grand consommateur d’antidépresseurs. Dans cet espace où règnent les communicants, quelques réussites sont vantées, mais ça concerne une infime minorité, et l’histoire de celui qui fabrique un objet du futur seul dans son garage relève du mythe pur et simple.

Le Liban est beau et mystérieux, soyez les pousses de cèdre qui referont le Liban de demain, comme vos ancêtres ont fait celui d’hier. Les sentiers parfumés de la Qadicha sont bien plus reposants que le métro ou le RER, les ruines de Baalbeck sont bien plus impressionnantes, instructives, qu’un Disneyland, le souk de Sidon bien plus vivant que les allées d’un supermarché. Il est facile de liquider un héritage, de partir, il est improbable de retrouver le fruit des siècles de sacrifices des ancêtres dans le passé, communiquer consiste à transporter un message dans l’espace, transmettre consiste à transférer un message dans le temps long. Si vous y mettez de la volonté et avec l’aide de Dieu, vous pouvez refaire du Liban un pays où coulent le lait et le miel. Si vous vous dites s’ils partent, moi je reste, si tous moi pas, le Liban de demain peut être sur le chemin de la Vertu, aucune situation n’est irréversible. Sous cet Occident, qui sous nos yeux se termine, c’est une Europe en dormition qui un jour se relèvera également, aujourd’hui c’est une volupté qui part en fumée dans un gigantesque éclat de rire. L’Europe doit retrouver ses fondamentaux civilisationnels, comme le « Kalos Kagathos », l’homme beau et bon qui nous vient du fond des âges et qui rayonnait naguère dans tout l’espace hellénique dont faisait partie le Liban. Ainsi Chateaubriand disait-il : j’aurais voulu mourir avec Léonidas et vivre avec Périclès ! Ce gentilhomme semble être un écho du « Kalos Kagathos ». Car est archaïque non pas ce qui meurt, mais ce qui ne meurt jamais. Avoir une diaspora, c’est bien, mais si vous partez tous, le dernier éteindra la lumière. Dispersés dans le monde comme une poignée de sable emportée par le vent, et cela sera la fin du Liban millénaire. Comme pour Ulysse dans son Odyssée, le retour à la patrie est laborieux, mais quelle belle perspective et quelle belle récompense de sauver le pays de ses ancêtres pour donner plus qu’un futur au Liban, lui donner un avenir !

Que vous y fassiez retour ou que vous fassiez le choix de rester, sous le Mont-Liban le soleil revient. Le Liban appelle ses enfants, c’est ici votre pays !

Corse et profondément amoureux du Liban

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le déracinement déracine tout sauf le besoin de racine. Dans ce monde où le progressisme déchaîné est de moins en moins une promesse et de plus en plus une menace, le pouvoir d’achat n’est qu’un moyen, jamais une fin. À l’aube de la civilisation européenne, Héraclès a deux femmes devant lui, la somptueuse Volupté et l’élégante Vertu. La première lui propose de faire de sa...
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