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Culture - Exposition à Paris

Revisiter l’exil et la catégorisation identitaire dans l’art contemporain avec Amanda Abi Khalil

C’est dans le cadre de la grande foire internationale d’art contemporain, Art Paris, que la curatrice Amanda Abi Khalil a imaginé un parcours qui explore l’exil au-delà son acception habituelle.

Revisiter l’exil et la catégorisation identitaire dans l’art contemporain avec Amanda Abi Khalil

Les artistes viennent du Brésil, d’Inde, du Myanmar, de Colombie, du Maroc, du Liban ... et ils remettent en cause la notion d’appartenance dans leurs œuvres. Photomontage L’OLJ

Entre le 30 mars et le 2 avril, le Grand Palais éphémère du Champ-de-Mars reçoit pour ses 25 ans plus d’une centaine de galeries et leurs artistes, originaires de 25 pays, dans le cadre de la foire d’art contemporain Art Paris. Les questions de l’exil et de l’engagement sont au cœur de la construction thématique et spatiale d’Art Paris Art Fair. La commissaire indépendante Amanda Abi Khalil a été invitée à imaginer un parcours artistique intitulé « L’exil : dépossession et résistances ». Familière d’une réflexion artistique qui interroge les pratiques contextuelle, publique et sociale, la jeune curatrice libanaise a préparé un itinéraire original et conceptuel au sein de la scène artistique contemporaine.

Celle qui a fondé la TAP (Temporary Art Platform) en 2014 a fait ses études de commissariat d’art contemporain en France, avant de se spécialiser dans l’art pour l’espace public. « J’ai ensuite fondé une plateforme curatoriale à Beyrouth pour encourager et diffuser des projets en lien avec des problématiques de société, ancrés dans l’espace public ou alors participatifs, afin de créer une interaction entre les artistes et les visiteurs. Cela fait 3 ans que la plateforme est internationale, on travaille entre la France, le Liban et le Brésil », explique Amanda Abi Khalil, qui a conçu le parcours thématique sur l’exil en articulant le travail de 18 artistes. « Ils viennent du Brésil, d’Inde, du Myanmar, de Colombie, du Maroc… Parmi les artistes libanais, Christine Safa, ainsi que Majd Abdel Hamid, qui est basé à Beyrouth. Je souhaitais également intégrer l’artiste syrien Anas Albraehe, de la galerie Saleh Barakat, qui proposera également des œuvres d’Ayman Baalbaki, Nabil Nahas, Walid Sadek… », ajoute la curatrice, qui rappelle cependant que l’enjeu du parcours est justement de remettre en cause les étiquettes d’appartenance. « Il s’agit dans ce projet de dépasser la catégorisation identitaire qui précise les origines et la nationalité de l’artiste, en apportant un regard critique sur la définition de l’exil. D’autant plus que c’est une foire commerciale, où ce type de catégorisation est dangereux car il peut mener à une instrumentalisation du thème, si on associe des œuvres à la guerre en Ukraine ou la cause palestinienne, par exemple. L’idée est d’aller au-delà du contexte sociopolitique actuel, où l’exil est une forme de résistance à une situation tendue : j’ai voulu élargir son acception », précise la commissaire artistique.

Le Grand Palais éphémère du Champ-de-Mars reçoit pour ses 25 ans plus d’une centaine de galeries et leurs artistes, originaires de 25 pays. Photo Art Paris

Le temps suspendu d’un sablier horizontal

Au fil du parcours, le champ sémantique de l’exil s’enrichit. « J’ai souhaité rendre justice à la porosité et la complexité de cette situation d’exilé, qui est liée à une forme de passage, et qui ne concerne pas uniquement des personnes d’origines différentes ou qui se déplacent d’un pays à l’autre. L’exil est une notion plus globale, qui peut être liée à d’autres contextes, autour des questions de genre, par exemple. On peut se sentir exilé dans son propre pays, ce qui est souvent le cas des artistes, qui ne se reconnaissent pas dans leur environnement. En somme, c’est une façon de réfléchir à la notion d’altérité », poursuit Amanda Abi Khalil, qui a déjà travaillé sur ce thème dans une grande exposition à Rio de Janeiro l’année passée. « Il s’agissait d’aborder la notion d’hospitalité, les rapports entre les deux types d’hôtes, et les formes d’accueil de l’étranger, qui n’est pas forcément de nationalité différente, mais qui ne nous ressemble pas », constate la spécialiste d’art contemporain avec conviction.

Parmi les œuvres qui envisagent le rapport à l’altérité, Amanda Abi Khalil cite une série de Nabil el-Makhloufi. « L’artiste marocain peint des individus inscrits dans une foule, ils se démarquent par un regard, une couleur… Ce qui est intéressant, c’est l’interprétation d’autrui à l’intérieur du collectif, et comment on peut à la fois être différent et ensemble », analyse la commissaire.

Le travail de Roberto Cabot illustre quant à lui la notion d’exil dans un registre original. « Cet artiste brésilien parle de l’exil choisi par l’artiste, dans un courant actuel lié à la célébration du nomadisme, où l’on valorise le fait d’être basé dans un pays autre que le nôtre. Cabot joue avec cette tendance avec humour et sarcasme, en proposant un photomontage de la Seine parisienne avec, en arrière-plan, le Pain de sucre brésilien, présentant ainsi les deux villes iconiques superposées avec dérision », décrit Abi Khalil.

La fondatrice de la TAP s’intéresse aussi aux accents dans la trajectoire imaginée à Art Paris, selon elle, ils incarnent un écart tangible entre les individus. « On peut se demander ce qui émerge dans cet interstice, ce que cela peut catalyser comme imaginaire possible, comme invention d’un nouveau langage. L’accent ne fait pas forcément référence à la parole, on évoque un décalage, ce qui me fait penser à une autre œuvre de notre parcours, imaginée par Taysir Batniji. C’est la sculpture d’un sablier horizontal : dans cet arrêt du temps, une autre forme émerge, et cela fait écho à l’invention d’un nouvel accent, à une nouvelle interprétation de ce que le temps peut être », suggère la commissaire, dont l’actualité n’est pas exclusivement parisienne le week-end prochain. « La TAP prépare un événement sur le toit du Beirut Art Center samedi soir : c’est une rencontre avec l’artiste Christian Sleiman, qui travaille sur des graines. Elle se situe dans la continuité d’un projet proposé il y a un an et demi à Sin el-Fil, autour d’une forêt urbaine : Art, Ecology and the Commons. L’équipe de la TAP à Beyrouth essaie de dynamiser autant que possible la scène artistique sur place, et on prévoit un grand festival d’art contemporain pour 2025 », conclut la curatrice qui semble avoir la main verte pour faire germer ses idées.

Entre le 30 mars et le 2 avril, le Grand Palais éphémère du Champ-de-Mars reçoit pour ses 25 ans plus d’une centaine de galeries et leurs artistes, originaires de 25 pays, dans le cadre de la foire d’art contemporain Art Paris. Les questions de l’exil et de l’engagement sont au cœur de la construction thématique et spatiale d’Art Paris Art Fair. La commissaire indépendante Amanda...
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Un grand bravo dans un pays où la créativité se fond dans les marasmes du non-état.

Chaden Maalouf Najjar

11 h 39, le 30 mars 2023

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Commentaires (1)

  • Un grand bravo dans un pays où la créativité se fond dans les marasmes du non-état.

    Chaden Maalouf Najjar

    11 h 39, le 30 mars 2023

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