Novak Djokovic célébrant son 10e titre à l’Open d’Australie après sa victoire en finale face à Stefanos Tsitsipas, dimanche à Melbourne. Paul Crock/AFP
Après visionnage des images de ses 21 précédents sacres en Grand Chelem, le constat est clair : jamais Novak Djokovic n’avait craqué de la sorte. Submergé par l’émotion, il est resté de longues secondes au sol, en larmes, sous les regards compatissants de son clan, qu’il était venu retrouver dans les gradins de la Rod Laver Arena dans la foulée de l’ultime point du match.
« Je dois me pincer parce que je n’arrive pas à y croire. Seule mon équipe sait ce que nous avons traversé ces quatre-cinq dernières semaines. C’est pour ça que c’est la plus belle victoire de ma carrière! » a clamé Djokovic, la coupe entre les mains et vêtu d’une veste avec le nombre 22 déjà dessiné sur la poitrine.
« Quelle aventure ! J’espère que vous me pardonnerez tout ce que je vous fais subir depuis toutes ces années, et ce trophée, il est autant à vous qu’à moi », a-t-il lancé en direction de son box, où figuraient notamment Goran Ivanisevic, son entraîneur depuis 2019, et sa mère Dijana, qu’il a longuement enlacés.
« J’ai craqué parce que soudain, ce poids que j’avais sur les épaules s’est dissipé. Ça a été un des tournois les plus compliqués », a-t-il expliqué en affirmant qu’il n’aurait vraisemblablement pas joué « s’il ne s’était agi d’un tournoi du Grand Chelem ».
374 semaines
Expulsé d’Australie l’an dernier avant le début du tournoi, Djokovic n’avait pu que constater, impuissant, le retour en force de Rafael Nadal qui avait pris une longueur d’avance dans la course aux titres du Grand Chelem avec un 21e sacre majeur (20 pour Djokovic et Federer). Quelques mois plus tard, l’Espagnol poussait son avantage à Roland-Garros.
Vainqueur ensuite à Wimbledon mais interdit d’entrée aux États-Unis pour l’US Open, le Serbe a donc dû attendre le Majeur australien pour revenir à hauteur de Nadal. Ces impossibilités de jouer et l’absence de points distribués à Wimbledon lui ont fait perdre l’an dernier sa place de numéro 1 mondial.
Il l’a récupérée dimanche et va entamer lundi sa 374e semaine au sommet de la hiérarchie mondiale, nouveau record. Depuis 2021, il détient également le record du nombre de saisons terminées au sommet du classement ATP.
« Mes rêves, enfant, étaient de remporter Wimbledon et de devenir numéro 1. Les deux se sont réalisés en 2011. Je ne pouvais pas imaginer que j’en serais encore là douze ans plus tard... et pourtant, j’ai une grande imagination », a-t-il commenté.
« J’admire ce que tu fais pour ce sport »
Oubliée la crise politico-sanitaire de son expulsion l’an dernier, oublié le bandage à la cuisse qu’il a porté tout le tournoi, oubliée la crise diplomatique provoquée par une vidéo montrant son père en train de fêter sa victoire en quarts de finale avec des supporteurs prorusses. Djokovic est redevenu le roi de Melbourne et aucun des sept adversaires rencontrés ne l’a menacé.
Pas même Stefanos Tsitsipas, dont le jeu varié et la confiance affichée tout au long de la quinzaine en faisaient, sur le papier, un adversaire redoutable.
Mais comme les autres, le Grec a dû s’incliner devant le maître des lieux, sans parvenir à prendre un set au Serbe qui s’est imposé 6-3, 7-6 (7/4), 7-6 (7/5). Le 5e joueur mondial a pourtant tenu la dragée haute à son adversaire pendant la majeure partie de la rencontre, au point de le faire sortir de ses gonds à plusieurs reprises à la fin du 2e set, lors duquel il a concédé une balle de set sur son service à 5-4 contre lui.
Mais comme on ne cesse de l’écrire et de le répéter depuis le premier sacre de « Nolé » à Melbourne quinze ans en arrière : Djokovic a été le meilleur lors des points importants. Cela en deviendrait presque un pléonasme tant ce dernier a maintes fois prouvé son incroyable capacité à ne (presque) jamais avoir la raquette qui tremble dans les instants fatidiques de ces rencontres au sommet.
Et même lorsque, par mégarde, le Serbe enchaînait une faute directe puis une double faute dans le jeu décisif de cette même deuxième manche, il sait toujours quoi faire pour ne jamais laisser son rival revenir à sa hauteur.
C’est d’ailleurs pourquoi Djokovic n’aura finalement perdu qu’une seule manche, lors du 2e tour face au Français Enzo Couacaud, le long de son parcours et de ses sept rencontres qu’il aura outrageusement dominées, quitte à parfois rendre cette quinzaine australienne un brin ennuyeuse tant l’issue finale semblait évidente.
« Je ne sais pas quoi dire de ce que tu as accompli... les chiffres parlent d’eux-mêmes. J’admire ce que tu fais pour ce sport, et quand je joue contre toi, tu me fais toujours mieux jouer », lui a rendu hommage Tsitsipas.
Le Grec jouait sa seconde finale de Grand Chelem, après avoir perdu celle de Roland-Garros en 2021, déjà contre Djokovic, durant laquelle il avait mené deux sets à zéro. Une performance qu’il n’a pas été en mesure de réitérer cette fois à Melbourne, tant Djokovic est apparu nettement supérieur malgré les deux jeux décisifs joués.
Le match a même été plus serré en tribunes, pour ce qui est des encouragements, entre les nombreux supporters grecs et les encore plus nombreux supporters serbes, dont plusieurs centaines sans billets pour la Rod Laver Arena ont regardé le match sur un écran géant dans l’enceinte du Melbourne Park.
Aussi bien que Nadal est chez lui à Roland-Garros (14 titres en autant de finales), Djokovic a une fois de plus démontré que Melbourne était son territoire (10 titres en autant de finales). « Il est l’un des plus grands de notre sport », a souligné Tsitsipas, avant de se reprendre, sous la pression du public : « Il est le plus grand de tous ceux qui ont un jour tenu une raquette ! »
G.B. avec AFP


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