Rechercher
Rechercher

Sport - Serie A

Le Juve recule de 15 points

Sanctionnés par la justice sportive pour avoir enregistré des plus-values artificiellement élevées sur le marché des transferts, les Bianconeri perdent quinze unités au classement en attendant l’ultime recours possible.

Le Juve recule de 15 points

De gauche à droite : Maurizio Arrivabene, Andrea Agnelli, Federico Cherubini et Pavel Nedved lors d’un match de Serie A entre Torino et la Juventus le 15 octobre 2022 au Stade olympique de Turin. Marco Bertorello/AFP

En l’espace d’un week-end, la Juventus est passée de la 3e à la 10e place de Serie A. Une dégringolade nullement causée par les performances de ses concurrents, mais par l’impéritie de ses propres dirigeants. De ses « anciens » plutôt, puisque ces derniers ont préféré quitter le navire en novembre dernier, sentant bien que le vent était en train de tourner en leur défaveur, après plusieurs années de gestion scabreuse qui ont fait rentrer la « Vieille Dame » dans le rang.

En infligeant à la Juve cette pénalité de quinze points, « à purger dans la saison en cours », selon les termes du communiqué, la justice italienne est allée au-delà des réquisitions du procureur qui avait préconisé un retrait de neuf points lors de l’audience vendredi.

L’équipe la plus titrée du football italien (36 titres de champion) a déjà annoncé dans un communiqué qu’elle déposerait un recours devant le collège d’arbitrage du Comité olympique italien (CONI). Mais on voit mal comment la Juve, qui avait pourtant été acquittée avec dix autres clubs (dont Naples ou le Genoa) dans ce dossier au printemps 2022 avant sa réouverture par la cour d’appel de la Fédération italienne, pourrait s’en sortir tant les éléments semblent accablants.

42 transferts suspects

Habitué aux achats onéreux sur le marché des transferts, le club du Piémont était dans le collimateur du parquet financier depuis un long moment. L’ouverture de l’enquête remonte en effet à octobre 2021, dans le sillage de plusieurs transactions douteuses qui avaient éveillé les soupçons.

Parmi les 42 transferts suspects effectués par la Juventus, un cas revient tout de suite à l’esprit : celui de l’échange conclu avec le FC Barcelone entre Miralem Pjanic et Arthur à l’été 2020.

Respectivement évalués à 60 et 72 millions d’euros, des sommes bien plus élevées que les valeurs réelles de deux milieux de terrain en difficulté sportive, le Bosnien et le Brésilien avaient en réalité servi d’écrans de fumée pour masquer les déficits colossaux des deux écuries.

Lors d’un transfert, le coût d’achat d’un joueur est étalé sous forme d’amortissements sur la totalité de la durée de son contrat. Une pratique qui évite aux clubs de dépenser d’un seul coup des sommes astronomiques comme celles évoquées plus haut.

En revanche, une éventuelle plus-value à la vente figure immédiatement dans le bilan comptable. Ce qui avait permis à la Juve d’inscrire « +43 millions € » dans la colonne des recettes, par rapport à ce qu’elle avait déboursé pour s’attacher les services du Bosnien en provenance de l’AS Rome quelques années auparavant.

Or, dans les faits, très peu d’argent a circulé entre le club italien et le FC Barcelone, la différence entre les deux transactions n’étant que de 12 millions d’euros.

Quelles conséquences immédiates ?

Avec la pénalité infligée par la cour d’appel de la Fédération italienne, la Juve ne compte désormais plus que 22 points et se retrouve engluée dans le ventre mou de la Serie A.

Déjà à la peine pour figurer dans les quatre premières places du championnat italien ces deux dernières saisons, voilà qu’elle se retrouve à 12 points de la 4e place. Les hommes de Massimiliano Allegri sont désormais condamnés à l’exploit pour disputer la prochaine Ligue des champions, compétition ô combien lucrative pour ses participants et importante pour les finances, déjà dans le rouge, du club bianconero.

« Ça ne change rien, nous devons prendre des points », a assuré le club samedi, avant d’accueillir dimanche l’Atalanta Bergame, plaçant ses espoirs dans le recours annoncé.

En outre, la cour d’appel a infligé de longues suspensions à l’encontre des ex-dirigeants turinois : deux années et demie pour l’ex-directeur sportif Fabio Paratici, aujourd’hui en poste à Tottenham, et deux années pour l’ex-président Andrea Agnelli, officiellement remplacé la semaine dernière par Gianluca Ferrero à la tête du club.

L’ex-gloire du club Pavel Nedved, ancien vice-président, écope quant à lui d’une suspension de huit mois. Cette pénalité, contre laquelle la Juve a annoncé un recours, est la première sanctionnant la gestion comptable du club. Mais ce n’est peut-être pas la dernière, en raison d’autres procédures en cours, à la fois à la Fédération italienne mais aussi à l’UEFA et auprès de la justice ordinaire.

Une sanction peut en cacher une autre

Si les trois avocats du club ont dénoncé l’« inégalité de traitement au détriment de la Juventus par rapport aux autres clubs », d’autres procédures sont en cours sur les comptes de la « Vieille Dame ».

La Juve a été en effet la seule condamnée dans ce dossier des plus-values, la justice sportive ayant blanchi vendredi d’autres clubs poursuivis pour cette pratique parfois comparée à du « dopage financier ».

Le conseil du CONI peut confirmer la sanction ou la casser pour un éventuel vice de forme et renvoyer le dossier à la Fédération de football. Cela devrait prendre quelques semaines après le dépôt du recours. Si la sanction est maintenue, la Juve pourra saisir la justice administrative.

Outre les plus-values « fictives », le parquet reproche à la Juve, cotée en Bourse, des « manœuvres » concernant les salaires. Pendant la pandémie de Covid, le club a publiquement annoncé des accords avec ses joueurs pour ne pas leur régler certains mois de salaire, mais il se serait engagé, via des accords privés avec eux, à en régler une partie en différé.

En vertu d’un tel accord, la Juve devrait encore près de 20 millions d’euros à Cristiano Ronaldo, parti en 2021. Selon les médias, la justice sportive examine aussi ce volet « salaires » et pourrait lancer une procédure distincte.

L’UEFA, enfin, a annoncé le 1er décembre l’ouverture d’une enquête sur les « violations financières présumées » de la Juve. Laquelle est sous étroite surveillance de l’instance européenne avec qui elle a conclu l’été dernier un plan de redressement sur trois ans pour respecter le fair-play financier.

Quel avenir pour les joueurs ?

Plusieurs cadres de l’effectif turinois ont exprimé leur soutien à leur club, comme Leonardo Bonucci : « La Juventus est comme un dragon à sept têtes. Tu en coupes une et une autre apparaît. Elle ne lâche jamais », a écrit le capitaine, en appelant à l’union sacrée.

Mais certains pourraient être tentés de regarder ailleurs après cette sanction. La possibilité de voir rester Adrien Rabiot ou Angel Di Maria, en fin de contrat en juin, semble ainsi faible dans ce contexte lourd.

D’autres joueurs-clés, comme l’attaquant Dusan Vlahovic ou la star des Bleus Paul Pogba, venu pour se relancer à Turin mais encore éloigné des terrains, pourraient aussi s’interroger.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle de 2006 quand la Juventus avait été reléguée en Serie B dans le cadre de l’affaire du « calciopoli » (influence dans le choix des arbitres). Plusieurs cadres étaient partis, comme Patrick Vieiria, Lilian Thuram ou Fabio Cannavaro, quand d’autres étaient restés, tels Gianluigi Buffon, Alessandro Del Piero, Pavel Nedved ou Giorgio Chiellini.

Ce dernier, parti l’été dernier, a apporté son soutien à son club de cœur sur Twitter : « Quand tu es de la Juve, tu l’es pour toujours. »

G.B. avec AFP


En l’espace d’un week-end, la Juventus est passée de la 3e à la 10e place de Serie A. Une dégringolade nullement causée par les performances de ses concurrents, mais par l’impéritie de ses propres dirigeants. De ses « anciens » plutôt, puisque ces derniers ont préféré quitter le navire en novembre dernier, sentant bien que le vent était en train de tourner en leur...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut