Le 28 février 2013, à l’approche de ses 86 ans, Joseph Ratzinger annonce sa renonciation en latin en invoquant l’affaiblissement de ses forces, surprenant le monde entier. Jam Sta Rosa/AFP
Monté sur le trône de saint Pierre en 2005, Benoît XVI, théologien allemand inhumé jeudi à Rome, restera dans l’histoire comme le premier pape ayant démissionné depuis le Moyen Âge, à l’issue d’un pontificat de huit ans miné par une crise profonde.
Le 28 février 2013, à l’approche de ses 86 ans, Joseph Ratzinger annonce sa renonciation en latin en invoquant l’affaiblissement de ses forces, surprenant le monde entier.
Depuis, ce brillant professeur de théologie bavarois vivait discrètement, retiré dans un monastère au Vatican. Malgré sa volonté de rester discret, son autorité morale avait continué de peser sur une partie de la curie et sur son successeur, François.
Élu le 19 avril 2005, ce proche collaborateur de Jean-Paul II est vite confronté à la plus grave crise de l’Église contemporaine : le drame de la pédocriminalité, aggravé par l’« omerta » de la hiérarchie catholique. Devant le drame de la pédocriminalité, il prône la « tolérance zéro » et devient le premier pape à rencontrer des victimes.
Mais des associations lui reprochent de ne pas avoir assez fait et d’avoir couvert des agresseurs. Début 2022, un rapport allemand le met en cause pour son inaction à l’époque où il était archevêque de Munich. Défendu par le Vatican, Benoît XVI sort alors de son silence pour demander « pardon », tout en assurant ne jamais avoir couvert de pédocriminel.
« Sur la question des agressions sexuelles, il n’a pas résolu les problèmes mais a indiqué des voies correctes pour les affronter », assure le père Federico Lombardi, ancien porte-parole du Saint-Siège et président de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoît XVI gérant son œuvre.
Polémiques
Mais le geste fort de son pontificat restera sans conteste sa renonciation, la première d’un pape depuis 1415, une décision personnelle qu’il qualifiera plus tard d’« évidence » en reconnaissant « les difficultés » qu’il avait dû affronter. Ce fut « un geste courageux, un geste de gouvernement », estime le biographe italien Giovanbattista Brunori, relevant pourtant que Ratzinger « n’a jamais été un pape de gouvernement, mais un pape de pensée » et « de la doctrine ».
Dans une Église en perte d’influence, son pontificat est émaillé de polémiques, à l’image de la levée en 2009 de l’excommunication de quatre évêques intégristes.
En 2012, le pontife allemand se retrouve plongé dans « Vatileaks », un scandale de fuites de documents confidentiels auquel est mêlé son majordome, mettant au jour la gabegie financière au Vatican.
Avant son élection, le cardinal Ratzinger avait pendant 24 ans lutté contre toute dérive au dogme de l’Église, ce qui lui avait valu le surnom de « Panzerkardinal ».
Timidité et maladresses
Benoît XVI ne lâche rien sur le célibat des prêtres ou l’ordination des femmes, et défend une ligne conservatrice face aux évolutions sociétales, comme sur l’avortement ou l’euthanasie. Il tente aussi d’éliminer les frasques dans une Église qu’il souhaite moins « mondaine », un objectif repris par son successeur François.
Fustigeant les dérives du capitalisme, dans la lignée de la crise financière de 2008, il se dresse contre la sécularisation croissante de l’Occident et s’investit dans le dialogue œcuménique et interreligieux, au fil de ses 25 voyages à l’étranger.
Mais ce mélomane timide, loué pour sa gentillesse en petit comité, ne s’impose pas en public comme son charismatique prédécesseur Jean-Paul II. Manquant de poigne, souvent mal entouré, il ne parvient pas à réformer la curie, enlisée dans la paralysie. Desservies par une communication maladroite, ses déclarations peuvent même créer l’incompréhension, comme lorsqu’il suggère en 2006 que l’islam est intrinsèquement lié à la violence, provoquant une vague d’indignation dans le monde musulman.
En 2009, avant son premier voyage en Afrique, il crée la polémique en déclarant que la distribution de préservatifs aggrave le problème du sida, mais admettra en 2010 l’usage du préservatif « dans certains cas » pour éviter la contamination.
Terre à terre
Né le 16 avril 1927 en Bavière dans une famille catholique antinazie, ce fils de gendarme entre au petit séminaire dès l’âge de 12 ans. Il est inscrit aux Jeunesses hitlériennes, enrôlement alors obligatoire. Devenu pape, il dénoncera « l’inhumanité » du régime nazi. Ordonné prêtre en 1951, Joseph Ratzinger enseigne la théologie durant 25 ans dans des universités allemandes. Lors du concile réformateur Vatican II, il fait partie des théologiens partisans de l’ouverture mais, face au choc libertaire de 1968, il prend un tournant conservateur.
Il est ordonné archevêque de Munich puis créé cardinal en 1977 par Paul VI, avant de prendre la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi pendant près d’un quart de siècle.
L’intellectuel auteur d’une centaine de livres, qui rêvait de prendre sa retraite dans sa Bavière natale, a toujours considéré son élection comme « un fardeau », même s’il passa les quatre dernières décennies de sa vie au Vatican. Ses derniers mots, prononcés en italien en présence d’une infirmière à son chevet, ont été : « Seigneur, je t’aime », a rapporté son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein.
Clément MELKI/AFP

