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Moyen-Orient - FOCUS

La déportation d’une activiste met en lumière la condition des « bidounes » koweïtiens

L’activiste Mona Kareem a été déportée du Koweït sans avoir pu voir sa famille. Un acte dénoncé sur les réseaux sociaux mettant en avant la question des populations apatrides, les « bidounes ».

La déportation d’une activiste met en lumière la condition des « bidounes » koweïtiens

Des bidounes participant à une manifestation pour exiger la citoyenneté koweïtienne et d’autres droits fondamentaux à Jahra, à 50 km au nord-ouest de la ville de Koweït, le 9 novembre 2013. Yasser al-Zayyat/AFP

Les autorités koweïtiennes ont expulsé mardi soir l’auteure et activiste « bidoune », Mona Kareem, alors qu’elle s’apprêtait à rendre visite à sa famille résidant sur place. Faisant appel à l’ambassade des États-Unis au Koweït, celle qui est devenue Américaine durant son exil a posté sur Twitter : « Je suis à l’aéroport du Koweït pour voir ma famille et l’on veut m’expulser. Aidez-moi s’il vous plaît. » C’est avec son nouveau passeport qu’elle avait ainsi pu rejoindre sa famille l’été dernier. Mais cette année, après un interrogatoire sur ses engagements politiques en faveur de la population bidoune du Koweït, et une longue attente dans les couloirs de l’aéroport, elle a finalement dû rebrousser chemin vers Beyrouth, d’où elle était arrivée. Le choix lui avait été laissé entre faire demi-tour ou la mise en détention sur place. Elle-même issue de la population bidoune, la docteure en littérature comparée a quitté le Koweït en 2011 pour les États-Unis après avoir obtenu une bourse et un permis de voyage temporaire. Sur place, elle décroche son doctorat à l’Université d’État de New York ainsi que la nationalité américaine, quittant ainsi son statut d’apatride, et est aujourd’hui professeure à l’université de Princeton.La population bidoune tire son nom de sa condition apatride depuis l’indépendance du pays, acquise en 1961. La jeune monarchie avait alors lancé des campagnes pour identifier et enregistrer les citoyens. Cependant, à cette époque beaucoup de nomades n’ont pas pu, ou pas souhaité, s’enregistrer, ne comprenant notamment pas toujours les enjeux de ce processus. Un argument utilisé aujourd’hui par le régime, qui présente les bidounes comme des « résidents illégaux » qui auraient délibérément détruit les preuves de leur appartenance aux pays voisins. Alors que dans les années 1960 et 1970 les bidounes jouissaient presque des mêmes droits que les citoyens koweïtiens, les choses changent dès 1980, au moment où la minorité est vue comme une menace sécuritaire. Ils ne sont plus autorisés à recevoir la plupart des services gouvernementaux de base ni à travailler dans le secteur public, puis privé. Seule une petite partie d’entre eux a pu conserver ses emplois dans les organes militaires et la police. Traités comme « illégaux », ils se voient aussi refuser l’obtention de documents tels que les actes de naissance, de mariage et de décès ainsi que l’accès aux écoles publiques gratuites. Ils doivent également vivre sous la menace constante des arrestations arbitraires et des expulsions.

« Politique d’apartheid »

Leur situation s’aggrave après l’invasion irakienne, face à la crainte des autorités d’agents infiltrés. Human Rights Watch (HRW) dénonce ainsi un « système de discrimination institutionnalisée ». Ayant précédemment fui vers l’Irak, une large partie des bidounes se retrouve ainsi bloquée de l’autre côté de la frontière. « C’est une politique d’apartheid, une vérité qui se vérifie dans plusieurs autres pays du Golfe » avance Ali al-Ahmad, fondateur et directeur du Gulf Institute. Afin d’éviter les contraintes posées par leur statut, de nombreux bidounes ont fait le choix de demander ou de s’acheter un passeport dans d’autres pays. Alors qu’il étaient estimés à 300 000 en 1995, HRW en dénombrait près de 106 000 en 2011 sur le territoire koweïtien.

Dans la vague des printemps arabes, des centaines de bidounes avaient organisé des rassemblements pour protester contre le gouvernement et l’inaction dans le traitement de leurs demandes de reconnaissance de citoyenneté. Si les autorités koweïtiennes avaient alors promis de faire des efforts pour améliorer leurs conditions de vie, à ce jour rien de concret n’a été mis en place. « Le clan au pouvoir ne fera rien pour la question bidoune à moins qu’une demande formelle n’émane des États-Unis. Or, comme nous l’avons vu dans le cas du Dr. Mona Kareem, le département d’État ne compte pas réagir », condamne Ali al-Ahmad.


Les autorités koweïtiennes ont expulsé mardi soir l’auteure et activiste « bidoune », Mona Kareem, alors qu’elle s’apprêtait à rendre visite à sa famille résidant sur place. Faisant appel à l’ambassade des États-Unis au Koweït, celle qui est devenue Américaine durant son exil a posté sur Twitter : « Je suis à l’aéroport du Koweït pour voir ma...

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